Cancer du sein : "J’ai senti une petite boule, comme un caillou dans mon sein"

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Après deux cancers du sein à 38 puis à 55 ans et une double mastectomie, Nadine, aujourd’hui âgée de 64 ans, nous confie son témoignage. Diagnostic, chirurgie, traitement, peur de la récidive… Elle nous raconte comment elle a surmonté par deux fois l’épreuve de la maladie.

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E-santé : Vous avez souffert d’un premier cancer du sein à l’âge de 38 ans, dans quelles circonstances est-il survenu ?
Nadine : Depuis l’âge de 18 ans, j’avais des petites boules dans les seins. À l’époque j’avais réalisé une mammographie à l’Institut Curie et rien de grave n’avait été détecté. Puis, à 22 et à 26 ans, j’ai subi deux opérations pour ôter des micro-calcifications mammaires* qui n’étaient alors pas source d’inquiétude particulière.
J’ai ensuite eu trois enfants et, avec les grossesses et les allaitements, l’allure de mes seins a été modifiée à plusieurs reprises et je présentais toujours quelques grosseurs, sans inquiétude selon les médecins.

Mais trois ans après la naissance de ma troisième fille, lors d’une visite chez mon gynécologue, celui-ci me propose de passer une échographie mammaire en couleur, une nouveauté cette année-là, en 1992, pour s’assurer que tout va bien. Problème : l’image apparaît très vascularisée, l’échographe n’aime pas du tout ce qu’il voit et m’explique que les cancers sont toujours très vascularisés, même si une zone vascularisée ne correspond pas forcément à un cancer.

La biopsie directe par prélèvement n’était pas envisageable et j’ai donc été opérée du sein en mars 1992 à l’hôpital Saint-Louis à Paris. La partie du sein qui a été ôtée a été analysée en 15 jours. Je suis alors retournée voir le professeur qui m’avait opérée et j’ai compris que quelque chose n’allait pas : il était très désagréable, n’osait pas me parler, aurait voulu que je vois le gynécologue avant mais a fini par me dire qu’il y avait un souci et qu’il fallait réopérer pour enlever le sein en entier. Le lendemain, j’ai consulté mon gynécologue qui m’a dit : "vous n'avez que 38 ans, il vaut mieux prendre toutes les précautions possibles et procéder à une mastectomie".

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J'ai décidé de me faire enlever le deuxième sein

E-santé : Comment s’est déroulée cette opération et quels traitements ont ensuite été mis en place ?

Nadine : Cette opération était plus lourde, plus douloureuse que la première opération. Le professeur qui m’opérait à nouveau était toujours aussi désagréable et fermé à tout dialogue. Il ne répondait pas à mes questions et paraissait très mal à l’aise.

Comme j’étais très jeune pour avoir un cancer du sein, les médecins ont envisagé plusieurs traitements : chimiothérapie, ablation de l’utérus (hystérectomie, ndlr) préventive, radiothérapie… Grâce à une expérience professionnelle précédente, j’avais rencontré le professeur en oncologie Claude Jasmin et suis donc allée le consulter. Il était très humain et m’a conseillé une chimiothérapie, que j’ai suivie pendant neuf mois. Je ne comprenais pas bien car je me disais qu’on m’avait enlevé un sein et que je ne risquais donc plus rien.

Les médecins ont aussi beaucoup hésité pour procéder ou non à une ablation de l’utérus. J’étais jeune et ce traitement était radical et irréversible, le risque était que je me retrouve amorphe et déprimée au fond du lit, ce qui nous rebutait mes médecins et moi. Puis, en 1993, une mammographie du deuxième sein a révélé la présence de nouvelles micro-calcifications. J’ai donc décidé de me faire enlever le deuxième sein pour diminuer le risque de récidive mais de conserver mon utérus. Et trois mois plus tard, je me suis fait poser des prothèses mammaires.

À ce moment-là, j’ai plus pensé à ma survie qu’à l’esthétique

E-santé : comment avez-vous vécu votre double mastectomie ?
Nadine : Le plus dur a été l’ablation du premier sein car cela créait un gros déséquilibre avec l’autre côté, c’était un vrai choc. D’autant que cette première mastectomie s’accompagnait du souci de la maladie. Mes filles étaient alors âgées de quatre, sept et 10 ans et je me suis dit que je ne pouvais pas me permettre de disparaître maintenant. À ce moment-là, j’ai plus pensé à ma survie qu’à l’esthétique.

Je m’étais même dit que je pourrais garder des seins plats, que cela ne changerait pas grand-chose car je n’avais naturellement pas une forte poitrine. Mais sans sein, je me suis rendue compte qu’on voyait beaucoup plus son ventre ! Et surtout, je ne voulais pas que mon corps paraisse bizarre pour mes filles. Même si elles connaissaient ma maladie, ce doit être très dur d’avoir une maman sans sein. J’ai donc opté pour la pose de prothèses en sérum physiologique pour que mon image soit plus supportable aux yeux des autres et pour conserver une image de féminité notamment aux yeux de mes filles.

*Les micro-calcifications sont des dépôts de calcium qui peuvent témoigner d’une activité accrue de certaines cellules du sein et peuvent donc faire suspecter un cancer du sein.

Publié le 20 Novembre 2018
Auteur(s) : Laurène Levy, journaliste santé
Source : Merci à Nadine pour son témoignage sur ses deux cancers du sein.
Voir + de sources

Le cancer du sein : points clés. Institut national du cancer, octobre 2013
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