Réduction du tabagisme : ce qu'on n'a jamais osé vous dire

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le 14/06/2005 - 02h00
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Après avoir prôné l'arrêt brutal et total du tabac, on commence à entendre parler de réduction tabagique. Nouvelle mode tabagique ? Astuce pour pousser les plus récalcitrants à l'arrêt ? Technique de renforcement de motivation ? Nous avons interrogé le Dr Béatrice Le Maître, tabacologue au CHU Côte de Nacre à Caen et auteur du livre « Le tabac en 200 questions ».

e-sante : La réduction du tabagisme permet-elle de diminuer les risques induits par le tabac et dans quelle proportion ?

Dr Béatrice Le Maître : Réduire sa consommation de tabac, décider de fumer moins de cigarettes par jour, mettre 10 cigarettes dans son paquet, le matin, alors qu'on en fume régulièrement une vingtaine, beaucoup de fumeurs l'ont déjà tenté : cela tient quelques jours, les yeux rivés sur la montre… Les cigarettes fumées le sont alors deux fois plus intensément. Ceci signifie tout autant, voire davantage de fumée inhalée, sans aucun impact sur sa dépendance et sans aucun bénéfice sur sa santé. Pourquoi en est-il ainsi ? Le fumeur répond à un besoin, indépendant de sa volonté, de maintenir un certain niveau de nicotinémie (taux de nicotine dans le sang), sous peine de souffrir de symptômes de manque.OUI, la réduction de la consommation quotidienne de cigarettes, avec utilisation conjointe de substituts nicotiniques (gommes à mâcher, inhaleur …), signifie naturellement moins de fumée inhalée (plus de 4.000 composants chimiques, dont le monoxyde de carbone ou CO, dont des irritants bronchiques, des cancérogènes…), avec déjà un plus pour la santé. Moins de CO inhalé, c'est déjà un sang plus oxygéné.Moins d'irritants bronchiques inhalés, c'est déjà une certaine amélioration des signes d'inflammation respiratoire, et déjà aussi, l'impression de respirer un peu mieux.Moins de nicotine gazeuse inhalée, ce sont des artères qui souffrent aussi un peu moins.Pour réduire efficacement sa consommation de cigarettes, sans devoir les fumer plus intensément, le fumeur doit utiliser un nombre suffisant de gommes à mâcher ou de cartouches d'inhaleur. L'idéal est d'arriver à couper par deux sa consommation. Ce faisant, le fumeur reprend confiance dans ses capacités à gérer de nombreuses situations sans fumer, il découvre l'efficacité de l'aide apportée par les substituts nicotiniques. L'idée de l'arrêt fait son chemin, tandis que la motivation à l'arrêt augmente. L'arrêt de toute consommation de tabac doit toujours rester l'objectif à atteindre.

e-sante : Parmi les personnes qui pratiquent la réduction de leur tabagisme, combien finissent par arrêter définitivement ?

Dr Béatrice Le Maître : Bien conduite, c'est-à-dire avec l'utilisation conjointe et en quantité suffisante de substituts nicotiniques par voie orale, la réduction de la consommation de cigarettes doit conduire, naturellement vers l'arrêt, un maximum de fumeurs.Cette période de réduction de la consommation permet de prendre peu à peu de la distance avec ses habitudes de prise de cigarettes : suppression progressive des automatismes, gestion active des envies de fumer quand on a décidé qu'on ne fumerait pas ou qu'on n'a pas la possibilité de pouvoir fumer, etc. Cette période peut durer quelques mois. Sa durée varie avec les habitudes de vie et d'environnement du fumeur, que ce soit sur le plan personnel et/ou professionnel.Pour de nombreux fumeurs, la réduction de la consommation de cigarettes avec substituts nicotiniques constitue un premier pas vers l'arrêt. L'arrêt peut intervenir dans les mois qui suivent. Même en cas de reprise de la consommation antérieure, pour des raisons psychologiques ou environnementales, la marche vers l'arrêt total est enclenchée.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le 14/06/2005 - 02h00
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DAN38

J'ai 69 ans et je fume depuis l'âge de 15-16 ans, mon souffle est court et je crache. Le risque de bronchite obstructive ne m'aide pas à galvaniser mon énergie pour m'arrêter de fumer.

Le snus abaisse le risque tabagique de 90%, fort bien, mais il est interdit en France ! Conflit d'intérêt entre recettes fiscales et santé publique !

Quelqu'un pourrait-il m'indiquer comment m'en procurer ?

DAN38

Il y a conflit d’intérêt entre recettes fiscales et santé publique, même avec de bonnes intentions !

L’histoire des prohibitions, est un échec constant et permet la création de mafias !

Sous prétexte qu’une personne pourrait devenir dépendante en consommant du snus, mieux vaudrait éviter de diminuer le risque tabagique snus (10%) et conserver le risque tabac à fumer (100%)! La logique élémentaire est bafouée, chacun en conviendra !

Les sociétés tabagières ont réussi à vendre des patchs nicotiniques à prix d’or alors que le litre de nicotine * ne coûte que 350€ le litre !

* Sans radio, sans télévision, sans affiches, sans industrie tabagière, sans promotions, uniquement par le bouche à oreille, le tabac a gagné le monde entier en moins d'un siècle après la découverte de Colomb.

Pendant 70 ans de régimes communistes dans l'ancienne URSS et en Chine, il n'existait aucune publicité pour quelque produit que ce soit. Pourtant l'usage de l'alcool et du tabac y était aussi intense que dans les pays occidentaux.

Les interdictions et pénalités actuelles dont sont menacés les fumeurs font bien pâle figure à côté des mesures extrêmes prises dans le passé. Qu'on songe au degré d'exclusion sociale que représentait l'excommunication. Elles n'ont pas empêché la diffusion du tabagisme.

La pire des sanctions que fait peser le tabac sur le fumeur est le cancer ou l'infarctus. Nul n'est censé ignorer la loi. Pourtant, combien de médecins, même parmi les plus avertis, pneumologues, cardiologues, ne peuvent s'abstenir de l'enfreindre…

Un des grands problèmes que pose la dépendance que crée le tabac, c'est qu'il asservit non seulement les fumeurs, mais aussi l'Etat.

http://www.ac-reunion.fr/fileadmin/rep_services/rep_caps/risques/risque…

p 446

La nicotine n’a jamais fait l’objet d’un tel usage toxicomaniaque.

Sa toxicité ne peut l’expliquer : les toxicomanes trouvent vite les dilutions et les voies d’administration adéquates. Même dans des circonstances de guerre où les cigarettes s’achetaient au marché noir, elle n’a jamais été un objet de trafic. Le prix de nicotine extra-pure est en 2003 de 350 euros le litre chez Fluka, soit 0,00035 euro le mg, soit l’équivalent de 150 paquets de cigarettes pour un euro.

Aucune « drogue » n’est aussi bon marché...

On obtient facilement que des rats appuient avec une fréquence élevée sur des leviers pour s’auto-injecter de la cocaïne. Quelques rares équipes dans le monde ont réussi à obtenir de telles auto-administrations de nicotine (Corrigall et Coen, 1994). L’analyse des protocoles expérimentaux n’est pas toujours très convaincante. Lorsque avant de passer à la nicotine on doit affamer les animaux pour les entraîner à presser sur un levier afin d’obtenir de la nourriture, ou à s’injecter de la cocaïne, on peut discuter de l’interprétation à donner aux résultats positifs.

Une méta-analyse récente a certes montré que la nicotine OTC était aussi efficace que la nicotine sur prescription (Hughes et coll., 2003), mais le taux de succès de 7 % qu’elle signale après 6 mois est désespérément bas.

Qui sait si de subtiles émanations du tabac n’auraient pas sur le fumeur des effets voisins de quelque phéromone participant au processus addictif ? Le silence de la littérature mondiale sur le sujet est impressionnant.

Une voie pragmatique dans ce sens a été ouverte par les Suédois qui ont éliminé les nitrosamines de leur tabac oral (snus). Seule la recherche académique désintéressée pourrait faire progresser ces connaissances nécessaires.

Activistes de l’anti-tabagisme 453

Pour ces personnes, le tabac étant défini comme le mal absolu, le démon, il suffit de le combattre. Un « bon sens » primaire leur suffit pour commanditer des actions spectaculaires médiatiques, faire édicter des réglementations, promulguer des lois. La recherche est considérée comme un luxe, susceptible de les amputer d’une part de leurs subsides pour des résultats aléatoires et de toute façon inutiles.

DAN38

Le risque tabagique est multiplié par 2 en doublant la dose et 20 par la durée !

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