Pédiatrie : bien utiliser les médicaments

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 29 Octobre 2002 : 01h00
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La fréquence des erreurs d'utilisation des médicaments révèle une information insuffisante des familles. Chaque année, les 15 Centres Anti-poisons français reçoivent en moyenne 6.000 appels pour mésusage des médicaments en pédiatrie, soit le 3e motif d'appel. Ces erreurs d'utilisation sont principalement le fait des familles (dans 87% des cas) et de l'automédication.

L'enfant est davantage exposé que les adultes au mésusage des médicaments. Même si les conséquences sont presque toujours favorables, elles sont néanmoins pénibles pour l'enfant.

Qu'entend-on par " erreur d'utilisation d'un médicament " ?

« Toute erreur qui empêche le patient de recevoir le médicament adéquat, à la posologie correcte, à l'horaire préconisé et par la bonne voie d'administration. »

Pourquoi l'enfant est-il plus souvent exposé ?

  • Les parents constituent un intermédiaire supplémentaire entre le prescripteur, le pharmacien et le patient.
  • L'automédication est fréquente en raison de nombreuses affections d'aspect identique, souvent bénignes, se succédant durant l'enfance (plutôt que de consulter encore une fois son médecin, on ressort les médicaments restant, prescrits le mois dernier).
  • Il existe peu de formes galéniques propres à l'enfant, d'où une grande fréquence des prescriptions non conformes à l'autorisation de mise sur le marché (AMM).

Selon une étude réalisée en collaboration avec les Centres Anti-poisons, en six mois, 1.108 erreurs d'utilisation médicamenteuse chez les enfants ont été recensées. Ces erreurs ont été symptomatiques chez 17% d'entre eux : manifestations neurologiques (38%), digestives (34%), cardiaques (7%) ou autres. Ces petits patients ont en moyenne trois ans.

  • La personne à l'origine de l'erreur est : la famille (dans 87% des cas), le pharmacien (4%), le médecin (3%) ou l'infirmière (1%).
  • L'origine du mésusage est : une automédication (dans 31% des cas), une mauvaise exécution de la prescription (30%), une erreur de délivrance (3%), une incompréhension de l'ordonnance (2%), une mauvaise rédaction de l'ordonnance (1%).
  • Le type d'erreur concerne : la posologie (31%), le médicament (30% - le plus souvent en raison d'une automédication), le dosage administré (15%), la voie d'administration (11%), le non-respect des contre-indications dues à l'âge (4%), la forme galénique (2%), la vitesse d'administration (1,5%), la dilution (1%). Les erreurs de posologie surviennent surtout avec la voie orale (80%), notamment avec les solutions, les gouttes et les sirops (si le goût est apprécié, on en prend un peu plus en se disant qu'on guérira plus vite, s'il n'est pas apprécié, on en prend un peu moins pensant que l'effet sera suffisant). Les erreurs de médicament et de voie d'administration se rencontrent plutôt avec les solutions pour usage externe (29%) et les solutions pour inhalation (19%), administrées de façon erronées par voie orale (73%). Le suppositoire est la forme galénique entraînant le plus d'erreurs, certainement parce qu'il ne permet pas un fractionnement, qu'il est souvent prescrit chez l'enfant en raison de son utilité lors de vomissements ou du refus de prise parce que son mode d'administration le banalise. Viennent ensuite les sirops, les formes orales solides et les gouttes ORL (à usage externe), fréquemment confondues et administrées à la place d'un autre médicament, donc par une voie d'administration inadaptée.
Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 29 Octobre 2002 : 01h00
Source : Conférence de presse, Combattre le mésusage du médicament en pédiatrie, Pr Elisabeth Autrer-Leca (Tours), Dr Daniel Vasmant (Groupe Médicament, SNIP), Micheline Bernard-Harlaud (Conseil national des associations familles laïques), 21 octobre 2002. Les erreurs d'utilisation des médicaments en pédiatrie : étude française prospective, Dr Annie-Pierre Jonville, Pr Elisabeth Autret, Service de Pharmacologie Clinique - Centre Anti-Poisons, CHRU Bretonneau - Tours, octobre 2002.
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