"Le moustique-tigre fait de l'auto-stop pour coloniser la France"

Depuis quelques semaines, les moustiques se font plus présents en métropole. Et particulièrement le moustique-tigre qui progresse d'année en année. On vous explique d'où il vient et pourquoi il faut s'en méfier.

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Il aura suffi d'une vague de chaleur pour que le calvaire annuel reprenne : les piqûres de moustique. Dans 42 départements, c'est un cousin de petite taille qui fait des siennes, l'Aedes albopictus - aussi appelé moustique-tigre.

Avant 2004, cet insecte piqueur était inconnu de la France métropolitaine. Comment expliquer son avancée fulgurante ? Explications avec Didier Moulis, directeur technique à l'EID (Entente Interdépartementale de Démoustication) Méditerranée.

Comment le moustique-tigre est-il arrivé en France ?

Didier Moulis : A l'origine, c'est un moustique qui vient d'Asie du Sud-est. Il est arrivé en Europe par le transport de pneus. En effet, il a une préférence pour les endroits sombres où il y a de l'eau, ce qui est un gîte idéal pour pondre. C'est comme cela qu'il s'est installé en Italie, il y a une trentaine d'années.

Mais le moustique-tigre est plutôt moderne, puisqu'il "fait de l'auto-stop" pour voyager : les femelles sont assez agressives et suivent les gens pour leurs repas de sang. Lors des arrêts à l'aire d'autoroute, il descend. Il a donc avancé par sauts de puce, en s'invitant dans les voitures ou les trains, jusqu'à coloniser le sud de la France en 2004, à Menton. On suppose fortement qu'il est arrivé en France de cette manière.

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Pourquoi certains départements sont plus infestés ?

Didier Moulis : Le moustique-tigre est arrivé par l'Italie et l'Espagne, ce qui a créé deux fronts au niveau du sud de la France. Petit à petit, il colonise les autres départements. C'est un moustique qui vole assez mal et qui, de ce fait, ne s'écarte pas d'un rayon de 100 à 150 mètres.

Mais en empruntant les transports modernes, les moustiques-tigre peuvent parcourir de longue distance, un Nice-Lyon par exemple. C'est de cette manière qu'il a colonisé une partie du pays et qu'il en colonisera d'autres. D'ailleurs, il est déjà présent jusque dans des départements de région parisienne.

Est-ce que le climat joue un rôle dans sa progression ?

Didier Moulis : C'est un moustique de zone intertropicale, au départ. Or, le climat du sud de la France n'est pas intertropical. Donc, visiblement, c'est un moustique qui s'adapte très bien aux différentes conditions climatiques, et qui est très opportuniste.

Il est particulièrement adapté à la vie urbaine, puisqu'il pond dans de très petits récipients, plutôt dans les jardins de particulier, ce qui rend difficile de s'en débarrasser.

Pourquoi est-il sous surveillance ?

Didier Moulis : Ce moustique est potentiellement vecteur de certaines maladies comme la dengue, le chikungunya  ou le Zika. Elles n'existent pas à l'état endémique en métropole, mais les gens peuvent revenir de voyage en étant porteurs de ces virus.

C'est dans ce cadre que le plan anti-dissémination a été mis en place en 2006. Après la grosse épidémie de 2005 à La Réunion, le gouvernement a souhaité éviter de telles épidémies en France métropolitaine.

Alors comment le surveille-t-on ?

Didier Moulis : Par l'intermédiaire du plan anti-dissémination. Mais restons prudents. Quand on dit que 42 départements sont colonisés, cela signifie qu'on l'a signalé de manière récurrente dans certains quartiers.

Même s'il n'est repéré qu'à un endroit, le ministère place tout le département en niveau 1 du plan anti-dissémination. Dans l'Ariège, par exemple, le moustique-tigre n'a été repéré qu'autour de Foix. Par contre, des départements comme le Var ou les Alpes-Maritimes sont entièrement colonisés.

Que se passe-t-il quand un cas de dengue ou de chikungunya se déclare ?

Didier Moulis : Quand un département est considéré comme colonisé et que le corps médical détecte un cas suspect chez un voyageur revenant de pays où ces maladies sévissent, on met en place un dispositif qui consiste à vérifier si le moustique-tigre est présent.

Si c'est le cas, on organise alors un traitement de la zone pour tuer les moustiques-tigres qui pourraient transmettre la maladie à d'autres personnes du quartier, pour éviter une transmission autochtone. Cela n'arrive que très ponctuellement; l'an dernier, un foyer d'une dizaine de cas s'est déclaré dans le Var.

Quels sont les risques pour la population ?

Didier Moulis : Le moustique-tigre est surtout un nuisant pour la population car il est particulièrement agressif. Quand sa présence est forte, cela représente une vraie gêne pour le citoyen. Or, environ 80 % des gîtes de ce moustique se situent dans les jardins privés. Une grande partie de la lutte contre sa prolifération passe donc par l'implication du public.

Quelles sont les mesures de prévention ?

Didier Moulis : Il faut faire attention à ne pas lui proposer des gîtes qui lui conviennent parfaitement. Il faut savoir que le moustique-tigre pond ses œufs sur des parois de récipients qui sont susceptibles de se remplir. Prenons l'exemple d'un verre à moitié plein : le moustique pond à la lisière de l'eau. Il suffit qu'on remplisse le verre ou qu'il pleuve pour que les œufs soient immergés et éclosent.

Les surfaces concernées peuvent être très petites : un verre, un pied de parasol, une gouttière… Il suffit donc de vider régulièrement les endroits où l'eau s'accumule, comme les soucoupes des plantes. Lorsqu'on recueille des eaux de pluie, c'est plus compliqué de retourner le récipient. On conseille donc d'utiliser une moustiquaire adaptée et l'équiper de manière étanche.

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