Vertiges : comment savoir s'il s'agit d'un simple tournis ou d'un AVC ?
Un monde qui se met soudainement à tourner crée une violente illusion sensorielle, où le cerveau reçoit des informations contradictoires de l'oreille interne et des yeux. Face à cette sensation de manège permanent, il est naturel de s'inquiéter, mais analyser les symptômes permet de différencier un trouble de l'équilibre bénin d'un accident vasculaire cérébral.
Identifier les pathologies de l'oreille interne
Les causes périphériques provoquent des crises intenses, parfois très invalidantes, mais sans danger immédiat. Les troubles les plus fréquents se divisent en trois catégories :
- Le Vertige Paroxystique Positionnel Bénin (VPPB) : C'est la cause de 17 % à 34 % des consultations. De petits cristaux de calcaire, la "poussière d'oreille", se fragmentent avec l'âge et migrent dans les canaux semi-circulaires. La crise dure moins d'une minute lors d'un changement de position de la tête. Le médecin pratique des manœuvres libératoires pour replacer ces otoconies avec un taux de guérison de 95 % dès la première séance, même si les cristaux peuvent se déplacer à nouveau au cours de la vie.
- La névrite vestibulaire : Cette inflammation virale du nerf déclenche un vertige violent sur plusieurs jours. Elle s'accompagne de fortes nausées, sans affecter l'audition.
- La maladie de Ménière : Ce trouble chronique découle d'une hyperpression des liquides de l'oreille. Il associe des vertiges prolongés, une perte d'audition fluctuante et des acouphènes.
Reconnaître la migraine vestibulaire sans céphalées
Le cerveau lui-même peut brouiller la perception spatiale. La migraine vestibulaire représente la deuxième cause de vertige récurrent et touche environ 1 % à 3 % de la population.
Le diagnostic s'avère souvent complexe, car vous pouvez très bien souffrir de ce syndrome de façon répétée sans n'avoir jamais eu mal à la tête de votre vie. Les épisodes s'étalent de cinq minutes à 72 heures et impliquent une forte hypersensibilité aux mouvements.
Dans la moitié des cas, l'interrogatoire médical révèle une gêne marquée à la lumière (photophobie), au bruit (phonophobie) ou la survenue d'une aura visuelle avant les pertes d'équilibre.
Repérer un AVC et les signes de gravité
À quel moment précis devez-vous cesser d'attendre que le tournis passe et appeler les secours ? Si l'étourdissement masque un accident vasculaire cérébral, appelez immédiatement le 15.
L'apparition simultanée de signaux neurologiques, appelés "Red Flags", exige une prise en charge médicale instantanée. Soyez extrêmement vigilant face aux symptômes suivants :
- Une vision double (diplopie).
- Des difficultés soudaines à articuler ou à parler (dysarthrie).
- Une maladresse anormale d'une main.
- Une impossibilité totale de se tenir debout en raison d'une forte instabilité.
« J'ai cru que j'allais tomber ». C'est ainsi que Marie, 67 ans, décrit la première crise de vertige qui l'a poussée à consulter. Lorsque nous l'avons interviewée, elle nous a raconté s'être levée un matin pour aller ouvrir les volets. « En quelques secondes, la pièce s'est mise à tourner. J'ai dû me rattraper au mur tellement je ne tenais plus debout. J'ai tout de suite pensé à un AVC. » Après plusieurs examens, le diagnostic est finalement tombé : il s'agissait d'un vertige paroxystique positionnel bénin (VPPB), un trouble fréquent de l'oreille interne lié au déplacement de petits cristaux. Quelques manœuvres réalisées par son médecin ont suffi à faire disparaître les symptômes.
Comme Marie, de nombreuses personnes confondent un vertige d'origine vestibulaire avec un accident vasculaire cérébral. Pourtant, certains signes permettent de faire la différence et de savoir quand il faut appeler immédiatement les secours.
À l'inverse, si ce vertige s'accompagne d'une difficulté à parler, d'une vision double ou d'une faiblesse d'un bras, il ne faut pas attendre : il peut s'agir d'un AVC nécessitant une prise en charge immédiate.
À l'hôpital, les médecins urgentistes chercheront un nystagmus vertical (un mouvement oculaire saccadé de haut en bas ou multidirectionnel), signe caractéristique d'une atteinte du tronc cérébral ou du cervelet. Ils utiliseront notamment le protocole HINTS, un examen clinique très pointu pour détecter un accident vasculaire dès les premières heures, souvent plus sensible qu'une IRM réalisée trop précocement.
La majorité des vertiges sont liés à un trouble de l'oreille interne et se traitent efficacement. En revanche, lorsqu'ils s'accompagnent de troubles de la parole, d'une faiblesse d'un membre, d'une vision double ou d'une impossibilité de tenir debout, chaque minute compte. Reconnaître ces signes d'alerte et appeler immédiatement le 15 peut permettre une prise en charge rapide et améliorer considérablement le pronostic.