Une femme transgenre est parvenue à allaiter son bébé

© Istock

Allaiter sans même tomber enceinte, c'est possible. Et pour la première fois dans le monde, une femme transgenre y est parvenue, avec l'aide de médecins américains.

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C'est une première mondiale porteuse d'espoir que rapportent les médecins du Mount Sinai Hospital de New-York (Etats-Unis). Grâce à leur intervention, une femme transgenre est parvenue à allaiter son nouveau-né pendant six semaines. Une réussite qui est détaillée dans la revue scientifique Transgender Health.

La demande de cette femme de 30 ans n'était pourtant pas courante. A son arrivée dans le service spécialisé dans la prise en charge des personnes transgenre, elle demande l'impossible, ou presque : pouvoir allaiter l'enfant que porte sa partenaire, car celle-ci ne souhaite pas le faire.

Le cas est pour le moins complexe. La patiente n'a pas entamé de chirurgie de réattribution sexuelle. Mais, point positif, sa poitrine est pleinement développée grâce aux hormones féminines qu'elle prend.

Alors les spécialistes tentent le tout pour le tout. Car sur le papier, rien n'interdit une femme – qu'elle soit cisgenre ou transgenre – de pouvoir sécréter du lait en dehors d'une grossesse. Tout est une affaire d'hormones.

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Quatre médicaments pendant plusieurs mois

Lors de la gestation, trois hormones favorisent la production de lait chez la femme : les œstrogènes, la progestérone et le lactogène placentaire. Au moment de l'accouchement, leur effondrement permet la libération de la prolactine. Voilà pour la méthode naturelle.

De manière artificielle, ce processus peut être mimé par une thérapie hormonale à long terme – au moins 6 mois. Cette technique est déjà mise à profit chez les femmes enceintes qui souhaitent allaiter, mais ne produisent pas assez de lait, ainsi que chez celles qui veulent donner le sein à un enfant adopté.

Pour cela, plusieurs hormones sont nécessaires : la spironolactone – un diruétique qui a tendance à inhiber la testostérone – mais aussi estradiol et progestérone pour mimer la grossesse. En complément, un traitement dit galactologue – qui favorise la sécrétion de lait – est administré. Dans ce cas précis, les médecins ont eu recours à la dompéridone (Motilium®).

Un choix risqué puisque ce médicament anti-nauséeux est à haut risque cardiaque, à tel point que la Haute Autorité de Santé (HAS) a recommandé de ne pas l'utiliser chez l'enfant et de le limiter aux cas sévères chez l'adulte.

"Heureux, en bonne santé et mignon"

La dernière partie de la stratégie nécessite un peu d'huile de coude. Tout au long du traitement, la patiente a utilisé un tire-lait pour stimuler la production de lait. Avec succès : après un mois seulement, elle est parvenue à produire quelques gouttes de lait.

Au bout de trois mois, la technique livre des résultats : la femme produit 200 ml de lait par jour. Une quantité suffisante pour nourrir son bébé exclusivement au sein pendant 6 semaines. Elle a ensuite dû compléter avec du lait infantile.

"Il y a peu de cas de femmes qui ont produit suffisamment de lait pour recourir exclusivement à l'allaitement", souligne le site canadien About Kid's Health. Cela n'a, en tout cas, pas eu d'effet délétère sur le nourrisson.

A 6 semaines, le bébé remplissait tous les critères de bonne santé sur le plan de la croissance, l'alimentation et la digestion. Et d'après Tamar Reisman, co-auteur de l'étude interrogé par le Washington Post, l'enfant de 6 mois était "heureux, en bonne santé et très mignon". De quoi inciter à retenter l'expérience.

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Vendredi 16 Février 2018 : 13h00
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