SRED : ce trouble du sommeil qui pousse à manger sans s’en souvenir

Publié par Freya Yophy
le 26/08/2026
manger en dormant
New Planet Media
Manger en dormant : les signes de cette étrange parasomnie
Le trouble du comportement alimentaire lié au sommeil transforme les nuits en prises alimentaires compulsives et inconscientes, exposant les dormeurs à des risques domestiques et métaboliques majeurs.

Découvrir au réveil une cuisine sens dessus dessous, des emballages ouverts ou une brûlure inexpliquée sans conserver le moindre souvenir de la nuit : telle est la réalité des personnes atteintes de SRED, pour Sleep-Related Eating Disorder. Décrit sous sa forme clinique actuelle en 1991, ce trouble se situe à la frontière entre parasomnie et comportement alimentaire involontaire.

Un éveil incomplet qui libère des comportements automatiques

Le SRED appartient à la famille des parasomnies du sommeil lent non paradoxal, comme le somnambulisme. Lors d’un épisode, la personne se trouve dans un état d’éveil incomplet : elle peut se lever, marcher jusqu’à la cuisine et manipuler des objets alors que sa conscience, son jugement et sa capacité à contrôler ses gestes restent fortement altérés.

Les mécanismes neurologiques exacts ne sont pas encore entièrement compris. Les spécialistes évoquent un état dissocié entre sommeil et éveil, au cours duquel certaines fonctions motrices sont actives tandis que le cerveau demeure partiellement endormi.

La personne peut avoir les yeux ouverts et sembler capable d’accomplir des gestes organisés. Pourtant, elle répond difficilement à son entourage et conserve au réveil un souvenir incomplet, voire aucun souvenir de l’épisode.

SRED et syndrome d’alimentation nocturne : quelle différence ?

Le SRED ne doit pas être confondu avec le syndrome d’alimentation nocturne, également appelé Night Eating Syndrome.

Dans ce second trouble, la personne est pleinement réveillée et consciente lorsqu’elle mange. Elle se souvient précisément de s’être levée et de ce qu’elle a consommé. Le comportement peut notamment être associé à des difficultés d’endormissement ou à des réveils nocturnes répétés.

Dans le SRED, au contraire, l’alimentation survient dans un état de conscience altérée, avec une amnésie partielle ou complète le lendemain.

Des aliments inhabituels et des accidents parfois graves

Pendant un épisode, le dormeur se dirige généralement vers des aliments très caloriques, gras ou sucrés. Mais l’altération du discernement peut également conduire à des associations inhabituelles ou à l’ingestion de produits impropres à la consommation.

Certaines personnes avalent des aliments congelés, du marc de café, de la nourriture pour animaux ou même des produits ménagers toxiques.

Les dangers ne se limitent pas à l’intoxication. La manipulation de couteaux, d’appareils électriques ou de plaques de cuisson expose à des coupures, des brûlures et des départs d’incendie. Le risque d’étouffement existe également lorsque les aliments sont consommés trop rapidement ou sans être suffisamment mâchés.

À plus long terme, la répétition des épisodes peut favoriser :

  • une prise de poids inexpliquée ;
  • un déséquilibre de la glycémie ;
  • des troubles digestifs ;
  • une fatigue liée à la fragmentation du sommeil ;
  • un sentiment de honte ou de culpabilité au réveil.

Les médicaments et troubles du sommeil en cause

Le SRED peut apparaître isolément, mais il accompagne fréquemment d’autres troubles perturbant le sommeil. Les médecins recherchent notamment des antécédents personnels ou familiaux de somnambulisme, un syndrome des jambes sans repos ou une apnée du sommeil.

Le manque de sommeil, le stress, l’alcool et une alimentation trop restrictive pendant la journée peuvent également favoriser les réveils incomplets.

Certains médicaments hypnotiques, en particulier le zolpidem, sont associés à des comportements complexes réalisés sans être pleinement éveillé : cuisiner, manger, conduire ou sortir du domicile. Les autorités sanitaires américaines ont signalé des accidents graves, parfois mortels, associés à ces comportements. Tout épisode doit donc être communiqué rapidement au médecin prescripteur. Ne modifiez toutefois pas votre traitement sans avis médical.

Comment le diagnostic est-il établi ?

Le diagnostic repose avant tout sur l’interrogatoire du patient et de son entourage. Des photographies de la cuisine, un inventaire des aliments consommés ou l’installation temporaire d’une caméra peuvent aider à documenter les épisodes.

Contrairement à une idée répandue, la vidéo-polysomnographie n’est pas systématiquement nécessaire pour confirmer un SRED. Cet examen réalisé dans un centre du sommeil peut néanmoins être proposé pour rechercher une apnée, un syndrome des jambes sans repos, une épilepsie nocturne ou une autre parasomnie.

Tenir un agenda pendant plusieurs semaines permet également de relever la fréquence des crises, leur horaire, les médicaments pris et les éventuels facteurs déclenchants.

Sécuriser la cuisine et traiter la cause

La prise en charge commence par le traitement des troubles associés et la réévaluation des médicaments susceptibles de favoriser les épisodes. Dans certaines formes persistantes, un spécialiste peut envisager le topiramate. Un petit essai clinique a montré une diminution des épisodes, mais les effets indésirables, notamment cognitifs, imposent un encadrement médical strict. Les traitements dopaminergiques sont surtout réservés aux patients présentant simultanément un syndrome des jambes sans repos.

En attendant l’avis médical, la sécurisation du domicile reste essentielle :

  • verrouillez les produits toxiques et les médicaments ;
  • rangez les couteaux et les appareils dangereux ;
  • sécurisez les plaques de cuisson ;
  • installez si nécessaire une alarme sur la porte de la cuisine ;
  • maintenez des horaires de sommeil réguliers ;
  • évitez l’alcool et la privation de sommeil.

Lorsqu’une personne se déplace en dormant, évitez de la secouer ou de la retenir brutalement. Parlez-lui calmement et guidez-la doucement vers son lit, sauf si une intervention immédiate est nécessaire pour l’éloigner d’un danger.

Une consultation dans un centre spécialisé du sommeil s’impose lorsque les épisodes se répètent, provoquent des blessures ou exposent la personne et son entourage à un accident.

Sources médicales : revue clinique sur le SRED, revue sur la polysomnographie, alerte de la FDA sur le zolpidem.arter tout danger domestique.

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