La rosacée, une maladie de peau fréquente et méconnue

Publié le 27 Mars 2006 à 2h00 par Rédaction E-sante.fr
La rosacée est une maladie de peau fréquente qui touche 10% de la population active. Cette maladie se traduit par des rougeurs du visage, des petits vaisseaux apparents et des boutons, autant de signes à l'origine d'une gêne considérable dans la vie sociale. Le Dr Anne Le Pillouer Prost*, dermatologue, fait le point sur cette maladie de la peau.

e-sante : Quels sont les symptômes de la rosacée ?

Dr Anne Le Pillouer Prost : Les premiers symptômes sont des rougeurs intermittentes, c'est ce que l'on appelle des « flushes » en termes médicaux. Elles deviennent ensuite permanentes et gênantes. Sur ces rougeurs, des vaisseaux dilatés peuvent se développer. Les symptômes sont de plus en plus difficiles à masquer, ce qui gêne considérablement l'image sociale, familiale et professionnelle. Au-delà de ces signes courants de rosacée, on peut observer des épaississements de la peau particulièrement inesthétiques au niveau du nez. Ce sont par exemple ces personnes qui présentent un gros nez un peu boursouflé et qui sont souvent prises, à tort, pour des alcooliques. Bien que l'alcool puisse être un facteur favorisant ponctuellement les poussées, ce n'est pas une cause de rosacée.

e-sante : Quand faut-il consulter ?

Dr Anne Le Pillouer Prost : Il est conseillé de consulter quand on ressent une gêne. Mais la rosacée atteignant souvent des femmes ayant déjà une peau sensible et irritable, une consultation plus précoce peut être bénéfique. En effet, le respect de certaines mesures d'hygiène peut contribuer à retarder, voire à enrayer l'évolution de la rosacée. Attention, tous les visages rouges ne sont pas des rosacées, surtout si les rougeurs sont d'apparition brutale et s'il n'existe pas d'antécédents familiaux. Dans ces conditions, une consultation s'impose afin de vérifier qu'il ne s'agit pas d'une simple allergie ou d'une autre pathologie plus grave (connectivite, tumeur du tube digestif, de la glande surrénale, excès de globules rouges…).

e-sante : Quels sont les traitements de la rosacée ?

Dr Anne Le Pillouer Prost : Précisons qu'il n'existe pas une seule rosacée. Elles sont décrites en fonction de leur stade, allant de 1 à 4 : rougeurs intermittentes, rougeurs permanentes et vaisseaux dilatés, puis apparition de boutons rouges avec des têtes blanches et enfin épaississement. Surtout elles évoluent sur différents types de peau (sensible, claire, souvent d'origine celte ou à l'inverse épaisse, anciennement séborrhéique, etc.). Il existe donc plusieurs types de prise en charge.

Le traitement de la rosacée doit être global. Il comprend des conseils d'hygiène cutanée (nettoyage, maquillage, démaquillage, protection solaire) et des médicaments topiques comme ceux à base de métronidasol (crème). En cas de résistance, on peut recourir à des médicaments de 2e intention. De même, lorsqu'il existe des signes sévères, notamment oculaires, on peut utiliser d'autres molécules, les plus prescrites actuellement appartiennent à la famille des cyclines. Il existe également des méthodes physiques pour atténuer les rougeurs et fermer les vaisseaux dilatés : l'électrocoagulation, mais surtout les lasers vasculaires. Le principe du laser repose sur l'utilisation d'un faisceau lumineux, qui, dirigé spécifiquement sur les vaisseaux, se transforme en chaleur et entraîne leur fermeture. Par rapport à l'électrocoagulation (qui est aujourd'hui moins utilisée au profit du laser), le laser est plus sélectif. En effet, une aiguille d'électrocoagulation brûle le vaisseau, mais aussi les tissus environnants, alors que le faisceau lumineux respecte les tissus alentour et entraîne donc moins d'effets secondaires, comme des fibroses ou un aspect blanchâtre au sein de la zone traitée. Le laser vasculaire représente un progrès très important dans le traitement des rougeurs, qu'il s'agisse de lésions congénitales (angiomes plans) ou de la rosacée. Il permet de « dérougir » de 50 à 80% selon les études publiées, avec plus de 75% d'amélioration de la qualité de vie. Par contre, il ne guérit pas la cause de la rosacée et il faut continuer ensuite les soins locaux.

e-sante : Quels sont les principaux conseils d'hygiène et de maquillage en cas de rosacée ?

Dr Anne Le Pillouer Prost : Le nettoyage de la peau doit être très doux et impérativement réalisé avec des produits sans savon. Attention, il faut utiliser de l'eau tiède, car le chaud et le froid aggravent la rosacée, ou encore des pulvérisations d'eau thermale.

Pour le maquillage, il faut préférer les formes en poudre, car les crèmes, les lotions ou les gels contiennent beaucoup d'excipients et peuvent être irritants. Il faut également éviter le maquillage « waterproof » car très irritant. Tous les maquillages de couleur claire sont à privilégier (poudres, fards à paupières…) car, là encore, moins irritants et plus faciles à enlever. Et enfin, il est indispensable de se protéger du soleil (écran solaire d'indice supérieur ou égal à 50 et contenant plutôt des filtres organiques minéraux, moins irritants que les filtres chimiques). La rosacée se développe essentiellement sur les zones exposées du visage, les convexités, et le soleil, on en est certain, est l'un des facteurs majeurs d'entretien et d'aggravation.

* Le Dr Anne Le Pillouer Prost est dermatologue et membre du groupe Laser (Marseille).

Pour en savoir plus:

rosaceinfo.com

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Mots-clés : Rosacee, Rougeur
Source : Interview du Dr Anne Le Pillouer Prost, dermatologue et membre du groupe Laser (Marseille).