Régime carnivore : principes et controverses de la diète "tout-viande"

Publié par Stéphane Leduc
le 13/01/2026
plan moyen sur Un couple souriant avec un enfant de 10 ans et en pleine forme, d'une trentaine d'ann
New Planet Media
Éliminer totalement les végétaux pour ne consommer que des produits animaux : tel est le pari audacieux du régime carnivore. Popularisée par des figures médiatiques comme Jordan Peterson, cette diète radicale suscite autant de fascination pour ses promesses de perte de poids que d'inquiétudes au sein de la communauté scientifique concernant ses effets à long terme.

L'engouement actuel pour les diètes d'exclusion a mis en lumière une pratique extrême qui prend le contrepied des recommandations nutritionnelles classiques. Loin d'être une simple mode passagère pour ses adeptes, cette méthode repose sur une refonte totale de l'alimentation, excluant fibres et glucides. Avant de se lancer, il est crucial de comprendre les mécanismes biologiques en jeu et ce qui distingue cette approche des autres régimes faibles en sucre.

Une exclusion radicale pour activer la cétose

Si l'on cherche une définition précise du régime carnivore, il faut l'envisager comme l'antithèse du végétalisme : seuls les produits d'origine animale sont permis, excluant de facto fruits, légumes, céréales et légumineuses. L'objectif métabolique est drastique : réduire l'apport en glucides à une quantité quasi nulle, souvent entre 0 et 5 grammes par jour. Cette privation force l'organisme à basculer dans un état spécifique où il puise son énergie directement dans les graisses. C'est ici que le lien entre régime carnivore et cétose devient évident, le corps produisant des corps cétoniques pour fonctionner en l'absence de sucre.

Il est fondamental de ne pas confondre cette approche avec le régime cétogène classique. Si le "Keto" limite les glucides à environ 20 grammes et encourage la consommation de légumes verts et de bonnes graisses végétales, la diète carnivore vise une suppression totale. Cette distinction est cruciale car elle élimine toute source de fibres végétales, modifiant profondément le fonctionnement digestif. 

Historiquement, cette capacité de survie sur une alimentation exclusivement carnée a été documentée dès les années 1920 avec les explorateurs Vilhjalmur Stefansson et Karsten Andersen, qui vécurent un an sous surveillance médicale en ne mangeant que de la viande pour prouver la viabilité de ce mode de vie, une expérience qui reste une référence curieuse dans l'histoire de la nutrition.

Aliments autorisés et influence médiatique

La mise en œuvre de la diète carnivore varie selon le degré de tolérance de chacun. La base de l'alimentation repose sur les viandes rouges comme le bœuf et l'agneau, les volailles, le gibier, ainsi que les poissons et les œufs. Pour pallier l'absence de végétaux, les aliments autorisés dans le régime carnivore incluent fortement les abats, tels que le foie ou le cœur. 

Ces derniers sont essentiels car ils constituent l'une des rares sources animales de vitamine C et de minéraux, aidant à prévenir certaines carences. Les graisses animales comme le saindoux ou le suif sont également privilégiées pour maintenir un apport énergétique suffisant.

La popularité récente de cette méthode est indissociable de l'influence de Jordan Peterson sur ce régime viande. Le célèbre psychologue canadien, suivant l'exemple de sa fille Mikhaila Peterson qui cherchait à soulager ses maladies auto-immunes, a adopté une version très restrictive. Il rapporte avoir perdu du poids, réduit son anxiété et amélioré sa clarté mentale en ne consommant que du bœuf, de l'eau et du sel. 

Cette variante extrême applique les principes de la Lion Diet, ou diète du lion, qui élimine même les œufs et les produits laitiers pour se concentrer uniquement sur la viande de ruminant, considérée par ses défenseurs comme l'aliment le moins inflammatoire possible.

Précautions sanitaires et risques potentiels

Malgré les témoignages enthousiastes concernant la perte de poids rapide ou la réduction des inflammations, la prudence est de mise. Les risques d'un régime tout-viande à long terme préoccupent de nombreux experts, principalement en raison de l'absence de recul scientifique sur des périodes prolongées. 

De plus, la consommation exclusive de produits animaux soulève des questions sur la santé cardiovasculaire. Une alimentation riche en graisses saturées et en cholestérol alimentaire peut, chez certains individus prédisposés, augmenter les marqueurs de risque cardiaque. Il existe également des inquiétudes concernant la fonction rénale face à un apport protéique massif et le risque de développer des calculs. Comme le souligne Science Feedback, les bénéfices santé ne sont pas cliniquement avérés par des études robustes, rendant impératif un suivi médical strict avant d'envisager une telle transition.

Voir les commentaires