Psoriasis : pourquoi cette maladie de peau menace aussi votre cœur
Environ 2,4 millions de personnes vivent avec un psoriasis en France, selon les estimations relayées par les associations de patients. Pourtant, cette maladie reste souvent perçue comme une affection exclusivement cutanée. À l’occasion de la Journée mondiale du 29 octobre, France Psoriasis rappelle l’importance de regarder au-delà des lésions visibles.
L’objectif n’est pas d’inquiéter les personnes concernées, mais de repérer les maladies associées suffisamment tôt pour proposer une prise en charge adaptée.
Une inflammation qui ne se limite pas aux plaques
Le psoriasis résulte notamment d’un dérèglement du système immunitaire. Des cellules de défense entretiennent une réaction inflammatoire et accélèrent le renouvellement des cellules de l’épiderme, les kératinocytes.
Selon l’Inserm, ce renouvellement passe d’environ trois semaines à seulement trois jours. Les cellules s’accumulent alors à la surface de la peau, formant les plaques épaisses et squameuses caractéristiques.
Mais les conséquences de l’inflammation chronique peuvent dépasser la peau. Certains mécanismes inflammatoires participent également aux atteintes articulaires et au risque cardiovasculaire. Cela ne signifie pas que chaque personne atteinte développera ces complications.
Que signifie le chiffre de 70 % de maladies associées ?
Une enquête OpinionWay réalisée en juin 2025 pour France Psoriasis a interrogé 504 personnes souffrant de psoriasis, ainsi que 1 002 répondants représentatifs de la population française.
Dans cette enquête, 70 % des patients déclarent souffrir ou avoir souffert d’au moins une maladie associée. Il s’agit de déclarations recueillies par sondage, et non du résultat d’un dépistage médical systématique.
Ce chiffre ne signifie donc pas que le psoriasis provoque directement une autre maladie chez sept patients sur dix. Une « comorbidité » désigne une affection présente en parallèle : l’inflammation, des facteurs de risque communs et les habitudes de vie peuvent contribuer à cette association.
L’enquête révèle aussi un besoin d’information : si deux tiers des patients savent qu’il existe des maladies associées, leur nature reste souvent mal identifiée.
Pourquoi surveiller le cœur et le métabolisme ?
L’Assurance maladie souligne une augmentation du risque cardiovasculaire, particulièrement lorsque le psoriasis est sévère, étendu ou associé à un rhumatisme psoriasique.
L’inflammation peut favoriser l’athérosclérose, c’est-à-dire la formation de plaques dans les artères. Le tabac, l’hypertension, l’excès de cholestérol et le diabète doivent également être pris en compte.
Le psoriasis est aussi associé au syndrome métabolique, qui combine plusieurs anomalies comme une obésité abdominale, une pression artérielle élevée ou des perturbations de la glycémie et des lipides sanguins. Les relations sont complexes : l’obésité et le diabète peuvent eux-mêmes aggraver le psoriasis.
La prévention repose donc sur l’évaluation de l’ensemble de ces facteurs, et pas uniquement sur l’étendue des plaques.
Des douleurs articulaires à ne pas banaliser
Le rhumatisme psoriasique concerne environ 20 à 30 % des personnes atteintes de psoriasis, selon les sources et les populations étudiées. La Société française de dermatologie retient un ordre de grandeur de 20 % dans son information destinée aux patients.
Des douleurs qui réveillent la nuit, des articulations gonflées ou une raideur matinale prolongée doivent être signalées. Une atteinte des doigts, des orteils, des talons ou du dos peut justifier une évaluation rhumatologique.
D’autres associations sont décrites par France Psoriasis : maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, uvéite et troubles anxieux ou dépressifs. Il est important de parler également des symptômes digestifs, oculaires ou psychologiques, même lorsqu’ils semblent éloignés du problème de peau.
Quel bilan demander à son médecin ?
Pour organiser ces soins préventifs, le médecin traitant et le dermatologue constituent les premiers interlocuteurs.
Dans ses conseils de suivi du psoriasis, l’Assurance maladie recommande un bilan régulier comprenant notamment :
- La mesure de la pression artérielle.
- Le contrôle de la glycémie.
- Un bilan lipidique, pour surveiller le cholestérol et les triglycérides.
- La mesure du poids et du tour de taille.
La fréquence des examens dépend de la situation individuelle, des traitements et des résultats précédents. Une consultation cardiologique n’est pas automatiquement nécessaire pour tout le monde : l’orientation vers un spécialiste dépend des risques identifiés et des symptômes.
Le suivi doit aussi permettre d’aborder le tabagisme, l’activité physique, l’alimentation et le retentissement émotionnel de la maladie. Prendre en charge le psoriasis, c’est traiter la peau tout en restant attentif à la santé globale.