Artères bouchées : les 4 examens non invasifs conseillés par un chirurgien
L’athérosclérose peut progresser pendant plusieurs décennies avant de provoquer une douleur thoracique, un accident vasculaire cérébral ou une difficulté à marcher. La tension artérielle et le bilan lipidique classique restent indispensables, mais certains examens complémentaires permettent d’affiner le risque. Ils ne visualisent cependant pas directement les plaques et ne doivent pas être prescrits systématiquement à toute la population.
Commencer par une évaluation cardiovasculaire complète
L’athérosclérose correspond à l’accumulation progressive de lipides, de cellules inflammatoires et de tissu fibreux dans la paroi des artères. Une valeur de cholestérol LDL située dans la norme du laboratoire ne garantit pas l’absence de plaques, notamment en présence de tabagisme, de diabète, d’hypertension ou d’antécédents familiaux précoces.
L’évaluation initiale repose sur l’âge, les antécédents, la consommation de tabac, la tension, le bilan lipidique, la glycémie et la fonction rénale. Le médecin peut ensuite calculer un risque cardiovasculaire global à l’aide d’outils comme SCORE2 ou SCORE2-OP.
Le chirurgien cardiovasculaire américain Jeremy London a lui-même subi un infarctus en 2022, alors qu’il avait une cinquantaine d’années. Son parcours l’a conduit à promouvoir plusieurs indicateurs complémentaires. Ceux-ci peuvent sensibiliser à la prévention, mais ils ne constituent pas un protocole officiel de dépistage de l’athérosclérose.
Mesurer la tension en dehors du cabinet
Une mesure unique peut être faussée par le stress médical ou, à l’inverse, manquer une hypertension masquée. L’automesure tensionnelle et la mesure ambulatoire de la pression artérielle sur 24 heures, appelée MAPA, fournissent une vision plus représentative des variations diurnes et nocturnes.
Le terme « holter tensionnel » est parfois employé dans le langage courant, mais il ne faut pas le confondre avec le Holter ECG, qui enregistre l’activité électrique du cœur et non la pression artérielle.
Les recommandations européennes visent, chez la majorité des adultes traités, une pression comprise autour de 120 à 129/70 à 79 mmHg, à condition que ce niveau soit bien toléré. Une cible moins stricte peut être retenue chez les personnes très âgées, fragiles ou souffrant d’hypotension orthostatique. Les recommandations américaines retiennent plus largement un objectif inférieur à 130/80 mmHg. La cible doit donc rester individualisée.
Affiner le bilan avec l’ApoB et la lipoprotéine(a)
L’apolipoprotéine B, ou ApoB, est présente sur la plupart des particules susceptibles de pénétrer dans la paroi artérielle. Son dosage reflète approximativement leur nombre et peut préciser le risque lorsque le LDL paraît rassurant malgré un diabète, une obésité abdominale ou des triglycérides élevés.
La lipoprotéine(a), ou Lp(a), est principalement déterminée par la génétique. Une valeur élevée concerne environ un adulte sur cinq et augmente le risque d’infarctus, d’AVC et de sténose de la valve aortique. Les recommandations européennes conseillent de la mesurer au moins une fois au cours de la vie adulte.
Un second dosage peut néanmoins être indiqué dans certaines situations particulières, notamment en cas de maladie rénale, de trouble inflammatoire ou de résultat difficile à interpréter. Ces marqueurs complètent le bilan lipidique, sans remplacer le dosage du LDL ni les autres facteurs de risque.
Tour de taille et capacité physique : des marqueurs de risque
Le rapport entre le tour de taille et la taille constitue un indicateur simple de graisse abdominale. Un ratio inférieur à 0,5 correspond au repère pratique : le tour de taille devrait rester inférieur à la moitié de la taille. Pour une personne mesurant 1,70 m, cela représente environ 85 cm.
La DEXA peut mesurer plus précisément la composition corporelle et estimer la graisse viscérale. Elle n’est toutefois pas recommandée comme examen cardiovasculaire systématique. Elle utilise également une faible dose de rayonnement ionisant, même si l’exposition demeure limitée.
La capacité cardiorespiratoire peut être évaluée pendant une épreuve d’effort, parfois avec mesure des échanges gazeux pour déterminer le VO2 maximal. Dans une étude portant sur 122 007 patients adressés pour un test sur tapis roulant, une faible condition physique était associée à une mortalité plus importante. Cette étude observationnelle ne permet cependant pas d’affirmer qu’un VO2 max bas est plus dangereux, à lui seul, que le tabagisme ou le diabète.
Quand faut-il réellement examiner les artères ?
Chez une personne sans symptôme, le score calcique coronaire peut être proposé lorsque le niveau de risque demeure incertain et que son résultat est susceptible de modifier une décision thérapeutique, notamment la prescription d’une statine. Réalisé par scanner sans injection, il expose à une faible irradiation et mesure uniquement les dépôts calcifiés.
Le coroscanner, ou angiographie coronaire par scanner, est un examen différent. Il nécessite généralement l’injection d’un produit de contraste et permet d’observer plus directement les artères coronaires. Il ne constitue pas un dépistage de routine chez tous les adultes asymptomatiques.
Une douleur du mollet apparaissant à la marche, un pied froid, une plaie qui cicatrise mal ou l’abolition d’un pouls peuvent conduire à rechercher une artériopathie à l’aide de l’index de pression systolique et d’un écho-Doppler.
Enfin, une oppression thoracique irradiant vers le bras, le dos ou la mâchoire, surtout si elle s’accompagne de sueurs, de nausées ou d’essoufflement, impose d’appeler immédiatement le 15 ou le 112.
Sources
- Société européenne de cardiologie – recommandations 2024 sur la pression artérielle
- Recommandations européennes 2025 sur la Lp(a)
- NICE – rapport entre tour de taille et taille
- Étude de Mandsager sur la capacité cardiorespiratoire
- RadiologyInfo – fonctionnement et irradiation de la DEXA