La prothèse de hanche : attendre ou pas...

Publié le 30 Avril 2003 à 2h00 par Dr Stéphanie Lehmann, gérontologue
L'arthroplastie de la hanche, c'est-à-dire le remplacement de l'articulation par une prothèse, est aujourd'hui très codifiée et les indications sont multiples. Des symptômes à l'opération, il se passe souvent une période d'observation de durée variable. L'intervention chirurgicale est le plus souvent nécessaire. Il faut alors trouver le bon moment : ni trop tôt, ni trop tard.
Cet article vous a intéressé ?

Recevez encore plus d'infos santé, en vous abonnant à la quotidienne de E-sante.

Votre adresse mail est collectée par E-sante.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.

Articulation de la hanche : les symptômes de la coxarthrose

La destruction plus ou moins rapide de l'articulation de la hanche est le plus souvent le fait de l'arthrose (coxarthrose).

  • Typiquement, la douleur se situe au pli de l'aine, parfois se dirige à l'avant de la cuisse.
  • Son apparition est progressive et ne survient initialement qu'après (ou pendant) une activité physique.
  • Elle s'accompagne parfois d'une boiterie par évitement de l'appui.
  • De façon moins typique, la douleur peut se projeter dans la fesse ou isolément, à l'avant du genou.
  • L'évolution se fait souvent par crises ou poussées arthrosiques pouvant faire mal au repos (la nuit), mais qui répondent généralement bien à un traitement par anti-inflammatoires.

Quel est le bon moment pour opérer et poser une prothèse de hanche ?

Il n'y a pas de consensus dans les critères d'intervention, mais il est particulièrement difficile de choisir le moment idéal.

La radiographie n'est en effet pas suffisante pour prendre la décision : d'autres éléments, comme la tolérance de la douleur, les nécessités de la vie personnelle, familiale et professionnelle, seront considérés avec la même importance.

La question de la mise en place d'une prothèse de hanche se posera après une période d'observation, de quelques mois à quelques années.

En moyenne, la prothèse de hanche est posée sept ans après le début de la coxarthrose. Pour un patient sur deux, ce délai est raccourci à deux ans après les premières douleurs.

L'âge n'est pris en compte que de façon indirecte : on hésite à intervenir chez un patient « trop jeune », car le matériel posé risque de devoir être remplacé (usure des matériaux), même si aujourd'hui les techniques ont fortement évolué. Inversement, on hésite également à opérer un patient très âgé, surtout lorsque d'autres affections augmentent le risque opératoire.

Finalement, quand les difficultés deviennent quotidiennes, sans effet suffisant des traitements médicamenteux, la maladie articulaire est jugée sévère.

Les chirurgiens utilisent volontiers un questionnaire, servant de base de réflexion. Cet outil donne un indice reconnu comme fiable dans la littérature médicale : c'est l'indice de Lequesne.

Calcul de l'indice de Lequesne

1. Douleur ou gêne :

La nuit ?

  • Non (0)
  • Seulement en remuant ou selon la posture (1)
  • Même immobile (2)

Lors du dérouillage matinal ?

(Au réveil les articulations sont comme « grippées », puis s'assouplissent après un certain temps, qu'il faut évaluer)

  • Moins de 1 minute (0)
  • Pendant 1 à 15 minutes (1)
  • Pendant plus de 15 minutes (2)

Lors de la station debout ou s'il faut piétiner une demi-heure ?

  • Oui (0)
  • Non (1)

Lorsque vous marchez ?

  • Non (0)
  • Seulement après une certaine distance (1)
  • Très rapidement et de façon croissante (2)

Votre hanche vous gêne-t-elle lorsque vous restez assis longtemps (deux heures) et avant de vous relever ?

  • Non (0)
  • Oui (1)

2. Distance de marche maximale possible sans s'arrêter

  • Aucune limitation (0)
  • Limitée, mais au-delà de 1 km (1)
  • Environ 1 km (environ 15 minutes) (2)
  • 500 à 900 m (environ 8 à 15 minutes) (3)
  • 300 à 500 m (4)
  • 100 à 300 m (5)
  • Moins de 100 m (6)
  • Une canne ou une béquille nécessaire (1)
  • Deux cannes ou deux béquilles nécessaires (2)

3. Difficultés dans la vie quotidienne pour

Aucune = 0 ; Petite = 0,5 ; Moyenne = 1 ; Grande = 1,5 ; Impossibilité = 2

  • Mettre vos chaussures par devant ?
  • Ramasser un objet par terre ?
  • Monter ou descendre un étage ?
  • Sortir d'une voiture ou d'un fauteuil profond ?

Est-il possible de retarder l'intervention de prothèse de hanche ?

Les médicaments luttent contre la douleur, mais ne ralentissent pas l'évolution de l'arthrose.

Tant que les traitements soulagent, qu'ils soient à base de paracétamol ou d'anti-inflammatoires lors des poussées, on peut dire que l'intervention n'est pas considérée comme urgente.

Un autre moyen, non médicamenteux, est très utile et souvent oublié : l'activité physique, régulière et raisonnable, permet en effet de lutter contre l'enraidissement tout en maintenant un bon capital musculaire.

Par contre, le poids n'est quant à lui pas un facteur reconnu comme aggravant, contrairement aux problèmes d'arthrose de genou.

Il faut se rappeler qu'à un certain âge, une articulation ne « s'use » que si l'on ne s'en sert plus.

De plus, la récupération après l'opération sera dépendante du statut musculaire antérieur. N'oublions pas que ce sont les muscles qui font bouger une articulation, même toute neuve.

A savoir :

Aujourd’hui, on tient également compte de l'activité physique, car si celle-ci est insuffisante, c'est le cœur qui se met à souffrir.

De ce fait, on pose des prothèses de hanche de plus en plus jeune chez les personnes qui ont l'envie de faire de l'activité physique et qui en sont empêchées par leur douleur de hanche.

Source : Pasquet C. Diagnostiquer une coxarthrose et prendre une décision chirurgicale. Concours médical 2002 ; 124(37) : 2439-2444. Galey C. Coxarthrose, de nouveaux facteurs de risque identifiés. Panorama du médecin, mars 2003 ; 4883 : 27-28.