Pilule : 1,6 million de femmes vont recevoir une lettre de l’ANSM
Environ 1,6 million de femmes vont recevoir une lettre d’information sanitaire de l’Agence nationale de sécurité du médicament. Cette campagne concerne les utilisatrices de certaines pilules contraceptives contenant du désogestrel. L’objectif n’est pas de demander un arrêt immédiat du traitement, mais de faire connaître un risque rare de méningiome et d’encourager une réévaluation régulière de la contraception.
Quelles femmes vont recevoir le courrier de l’ANSM ?
L’Assurance maladie a identifié, à partir de ses données de remboursement, les femmes majeures ayant obtenu au cours des douze derniers mois un contraceptif contenant uniquement 75 microgrammes de désogestrel.
Les spécialités mentionnées dans le courrier sont :
- Antigone 75 µg ;
- Cerazette 75 µg ;
- Elfasette 75 µg ;
- Optimizette 75 µg ;
- les génériques commercialisés par Biogaran, Cristers et Sandoz.
Le courrier sera également adressé aux professionnels ayant prescrit ces médicaments. Les médecins et les sages-femmes ont déjà reçu plusieurs informations depuis 2025, puis une nouvelle communication après la décision européenne de juillet 2026.
Cette opération ne constitue donc pas une première alerte tardive, mais une nouvelle étape dans la diffusion de l’information auprès des utilisatrices elles-mêmes.
D’autres contraceptifs sont-ils concernés ?
Le courrier nominatif cible uniquement les pilules au désogestrel seul dosées à 75 µg. Les nouvelles informations de sécurité européennes concernent cependant un ensemble plus large de contraceptifs contenant du désogestrel ou son métabolite actif, l’étonogestrel.
L’ANSM cite notamment :
- certaines pilules combinant désogestrel et éthinylestradiol ;
- l’implant contraceptif Nexplanon ;
- les anneaux vaginaux Nuvaring, Etoring et certains génériques.
Ne pas recevoir de lettre ne signifie donc pas nécessairement que son contraceptif n’est pas concerné par la mise à jour des notices. En cas de doute, le nom des substances actives peut être vérifié sur l’emballage, la notice ou avec un pharmacien.
Un risque réel, mais qui demeure très faible
L’étude nationale conduite par Epi-Phare a comparé 8 391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023 avec 83 910 femmes témoins.
Elle met en évidence un faible surrisque associé à l’utilisation continue du désogestrel 75 µg. En moyenne, les chercheurs estiment qu’un cas supplémentaire de méningiome nécessitant une opération survient pour environ 67 300 utilisatrices.
Lorsque l’exposition dépasse cinq ans, ce chiffre passe à environ un cas supplémentaire pour 17 000 femmes. Le risque relatif est multiplié par 1,7 après plus de cinq ans d’utilisation et par environ deux après sept années ou davantage.
Le surrisque apparaît également plus marqué après 45 ans et chez les femmes précédemment exposées à certains progestatifs déjà connus pour favoriser les méningiomes, comme l’acétate de cyprotérone, de chlormadinone ou de nomégestrol.
Ces données doivent rester correctement interprétées : la très grande majorité des utilisatrices ne développera pas de méningiome.
Qu’est-ce qu’un méningiome ?
Un méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges, les membranes entourant le cerveau et la moelle épinière. Il ne s’agit donc pas, au sens strict, d’une tumeur née dans le tissu cérébral.
Cette lésion est généralement non cancéreuse et évolue lentement. Selon sa taille et sa localisation, elle peut néanmoins comprimer le cerveau ou certains nerfs et provoquer des symptômes neurologiques parfois importants.
Quels symptômes doivent conduire à consulter ?
L’ANSM recommande de prendre un avis médical en présence de manifestations inhabituelles ou persistantes :
- des maux de tête fréquents ou différents des céphalées habituelles ;
- des troubles de la vision ou de l’audition ;
- une faiblesse dans un bras ou une jambe ;
- des vertiges ou des troubles de l’équilibre ;
- des difficultés à parler ;
- des pertes de mémoire inhabituelles ;
- l’apparition ou l’aggravation de crises d’épilepsie.
Une IRM peut alors être prescrite après l’évaluation médicale. En revanche, compte tenu de la faiblesse du risque, aucune IRM cérébrale systématique n’est recommandée chez les femmes ne présentant aucun symptôme.
Une imagerie peut également être envisagée à l’instauration du désogestrel lorsqu’une patiente a précédemment utilisé pendant plus d’un an un progestatif fortement associé au risque de méningiome.
Faut-il arrêter immédiatement sa contraception ?
L’ANSM demande explicitement aux utilisatrices de ne pas interrompre leur contraception de leur propre initiative. Un arrêt non accompagné expose rapidement à une grossesse non désirée.
La réception du courrier ne signifie ni qu’un méningiome a été diagnostiqué ni que sa présence est suspectée. En l’absence de symptôme, il n’est pas nécessaire de solliciter un rendez-vous en urgence.
Le sujet doit être abordé lors de la prochaine consultation avec le médecin, le gynécologue ou la sage-femme. La pertinence du traitement sera notamment réévaluée selon l’âge, la durée d’utilisation et les éventuels traitements hormonaux pris auparavant.
En cas de méningiome actuel ou d’antécédent de méningiome, les contraceptifs concernés sont désormais contre-indiqués. Une autre méthode devra être choisie avec un professionnel de santé.