Naissance de bébés génétiquement modifiés : une enquête est ouverte

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Des jumelles seraient nées en Chine après avoir reçu une modification génétique les rendant résistantes au VIH. Une enquête a été ouverte pour savoir s’il s’agit d’une inquiétante première mondiale ou d’une fraude scientifique.

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Elles s’appellent Lulu et Nana et sont nées en Chine il y a quelques semaines. Ces jumelles, dont la naissance a été annoncée dans une vidéo YouTube postée le 25 novembre 2018 par He Jiankui, professeur à l’université de Shenzhen, auraient la particularité d’être les premiers bébés humains génétiquement modifiés grâce à l’outil d’édition génétique CRISPR-Cas9. Selon le professeur à l’origine de ces manipulations, leur ADN aurait été modifié de façon à les rendre résistantes au virus du Sida. Mais face aux soupçons de fraude scientifique, la Chine a ouvert une enquête le 26 novembre pour vérifier les affirmations du chercheur.

CRISPR-Cas9 : des "ciseaux" génétiquesCRISPR-Cas9 est un outil d’édition de l’ADN développé par deux chercheuses, Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier en 2012. Il fonctionne de la façon suivante : CRISPR-Cas9 est composé d’un brin d’ARN, une molécule proche de l’ADN mais qui ne comporte qu’un brin au lieu de deux, et d’une protéine capable de couper des liaisons moléculaire. La séquence de l’ARN est homologue à celle de l’ADN que l’on veut éditer : le brin d’ARN va donc reconnaitre l’ADN, s’y accoler et la protéine va couper la séquence d’ADN problématique qui pourra alors être réparée par l’organisme.

Une FIV classique additionnée d'une édition génétique

Que déclare ce professeur dans sa vidéo promotionnel ? He Jiankui assure que ces deux nourrissons sont "en aussi bonne santé que n’importe quels autres bébés" et qu’elles "sont maintenant chez elles, avec leur mère Grace et leur père Mark". Lulu et Nana seraient nées d’une fécondation in vitro (FIV) "classique avec une seule différence : juste après avoir envoyé le sperme de son mari dans ses ovules, nous avons aussi envoyé quelques protéines et des instructions pour une chirurgie des gènes. Quand Lulu et Nana n’étaient encore qu’une seule cellule, cette chirurgie a enlevé la porte par laquelle le VIH entre et infecte les organismesé décrit le professeur dans sa vidéo. Il assure par ailleurs avoir vérifié que la modification génétique s’était déroulée sans encombre en réalisant un séquençage complet de leur génome avant d’implanter les embryons dans l’utérus de leur mère puis à nouveau après la naissance.

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L’université "profondément choquée"

Mais comment savoir si cette annonce est fiable ou s’il s’agit d’une information frauduleuse ? La manipulation génétique vantée par le professeur He Jiankui n’a fait l’objet d’aucune publication scientifique, ce qui contribue à faire grandir le doute chez ses confrères, et ce à une échelle mondiale. Au sein de son propre pays, plus de 100 scientifiques ont désavoué l’annonce du chercheur et ont déploré dans un communiqué une "folie" qui porte "un grand coup à la réputation mondiale et au développement de la recherche biomédicale en Chine", rapporte France Info avec l’AFP.

L’université de Shenzen a par ailleurs publié un communiqué le 26 novembre dans lequel elle s’est dite "profondément choquée" et a affirmé ne pas avoir été informée de cette recherche médicale. L’enquête devrait permettre prochainement de savoir s’il s’agit d’une fraude ou d’une véritable information. Dans ce dernier cas, il s’agirait des premiers bébés nés après modification génétique.

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