Fibrome utérin symptomatique : un nouveau traitement très attendu
Publié le 14 Novembre 2015 à 13h43 par Hélène Joubert, journaliste scientifique

Fibrome utérin symptomatique : il touche 10% des quadras !

Le fibrome utérin est une tumeur sans gravité (bénigne). Elle se développe aux dépend du muscle de l’utérus (myomètre). La moitié des femmes caucasiennes et 80% des femmes afro-caribéennes ont des fibromes (aussi appelés myomes). Mais seuls 25 à 30% de ces fibromes utérins provoqueront des symptômes (symptomatiques) dont le retentissement sur la qualité de vie peut être tès important et touche les sphères sentimentale, sexuelle, sociale et professionnelle. C’est leur localisation - dans la cavité ou dans la paroi utérine- qui fait qu’ils entraînent des symptômes très douloureux et invalidants : des saignements de la muqueuse utérine (endomètre) et des douleurs, par compression des organes de voisinage (la vessie, le rectum "sigmoïde" etc.)

Pr Hervé Fernandez, chef du service de Gynécologie-Obstétrique de l’hôpital Bicêtre (kremlin Bicêtre) : « Le fibrome utérin est la maladie gynécologique la plus fréquente après 35 ans : selon notre étude, 8,8% des femmes sont atteintes d'un fibrome utérin symptomatique, dont 10% des 40-44 ans et 13,9% des 45-49 ans (1) ».

Fibrome utérin : chirurgie ou pas ?

  • Lorsque le fibrome utérin est asymptomatique, l’évolution naturelle est une diminution de son volume après la ménopause. En revanche, si la femme prend des traitements hormonaux de la ménopause (THM) à cause de bouffées de chaleur, d’une ostéoporose, etc... l’apport en estrogènes et progestérone via ces THM empêchera les fibromes de régresser. Néanmoins, l’existence d’un fibrome n’est absolument pas une contre-indication au THM !
  • En revanche, pour le fibrome utérin symptomatique, la solution a longtemps été chirurgicale : le fibrome est retiré (myomectomie). L’utérus peut lui aussi être enlevé (hystérectomie) quand il n’y a plus de désir de procréation ou quand la myomectomie n’est pas réalisable par voie naturelle (fibromes localisés dans la cavité utérine, volume de l’utérus et des fibromes rendant illusoire toute possibilité de conservation, sauf au prix de risques chirurgicaux incluant de nombreuses transfusions). Dans ce dernier cas, l’embolisation radiologique peut être indiquée, c’est-à-dire que l’on prive le fibrome de sang en injectant des microbilles synthétiques dans les artères de l’utérus. Dans les deux cas – myomectomie et embolisation - la guérison avoisine les 80%. Elle est de 100% en cas d’hystérectomie. En France, le fibrome utérin symptomatique reste la première cause d'hystérectomie (33 420 interventions en 2012). Un chiffre qui pourrait enfin diminuer avec l’arrivée depuis quelques mois d’un nouveau médicament : l’acétate d’ulipristal*.

Contre le fibrome utérin : Une nouvelle molécule peut épargner l’opération chirurgicale

Jusqu’à juin 2015, il n’existait pas de traitement médical du fibrome utérin au long cours. Les traitements médicaux s’attaquaient uniquement aux symptômes mais pas à la cause du fibrome elle-même : antalgiques, anti-fibrinolytiques (pour diminuer le volume des règles, efficace chez une femme sur deux), progestérone (diminue le volume des règles dans un tiers des cas mais fait grossir le fibrome) ou certains dispositifs intra-utérins (stérilets) progestatifs qui diminuent voire suppriment les règles. Les analogues de la GnRH (qui suppriment la sécrétion d'estrogènes) avaient une indication en pré-opératoire, en cas d’anémie (<8g d’hémoglobine) ou lorsqu’on souhaitait ponctuellement réduire la taille du fibrome en vue de faciliter l’opération chirurgicale (opération par voie vaginale ou coelioscopique au lieu de la chirurgie ouverte).

Faute de solution médicale satisfaisante, une nouvelle molécule qui agit sur des récepteurs de la progestérone (acétate d’ulipristal) * était très attendue. Au départ réservée en préopératoire (2013) son indication a été étendue en juin 2015 : désormais, toutes les femmes ayant un fibrome utérin entraînant des symptômes modérés à sévères peuvent être traitées.

Dénué d’effet secondaire, l'acétate d'ulipristal corrige l’anémie en quelques semaines, le volume du fibrome régresse (de 50% chez la moitié des femmes après deux traitements de 3 mois) et surtout il évite la chirurgie dans 50% des cas !

Pr Fernandez : « Dans une étude européenne que nous avons présentée en octobre 2015, trois mois sous acétate d’ulipristal a permis d’éviter l’opération chirurgicale pour 75 % des femmes qui avaient un fibrome utérin symptomatique (saignements), si l’on exclut celles qui devaient être opérées quoi qu’il arrive (2) ».

L’autorisation européenne de mise sur le marché accorde deux cures de trois mois, séparées par deux mois sans traitement. La France tarde à se mettre en conformité et n’accepte pour l’instant de rembourser qu’un nombre très largement insuffisant de boîtes d’acétate d’ulipristal !

Quels sont les signes d'un fibrome utérin ?

Le fibrome utérin est souvent diagnostiqué longtemps après les premiers symptômes, en moyenne dans un délai de 2,2 ans (1). Plusieurs raisons à cela : les femmes n’ont pas toutes la même conception des règles abondantes, peinent à évaluer l’importance du flux et la croyance qu’il est normal de saigner abondamment lors des règles est tenace.

Les symptômes sont parfois très invalidants :

  • Des règles très abondantes dans 70% des cas. Il est possible de quantifier le flux à l’aide le du score menstruel de Higham. La femme note sur un calendrier le nombre de tampons et/ou serviettes utilisés chaque jour et estime en fonction de repères la quantité de sang au moment du changement.
  • Des saignements en dehors des règles.
  • Des crampes et des douleurs abdominales.
  • L’augmentation de volume de l’abdomen.
  • L’envie fréquente d’uriner jour et nuit.
  • Des flatulences, une constipation.
  • Une infertilité, même si cette infertilité est souvent sans rapport, sauf pour les fibromes situés dans la cavité utérine : les fibromes sont rarement associés à une infertilité (dans moins de 5% des cas).

*Esmya ®Laboratoire Gedeon Richter France

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Source : (1) Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction 2014 ; (2) Présentation Congrès Européen Budapest 9/10/2015. Article sous presse
D’après un entretien avec le Pr Hervé Fernandez, chirurgien gynécologue et obstétricien, chef du service de Gynécologie-Obstétrique de l’hôpital Bicêtre (Kremlin Bicêtre)