Demain, la santé sera trop chère pour vous !

Avec cet avertissement, Hervé Réquillart* souhaite alerter les usagers de l'assurance maladie et attirer l'attention sur l'importance de nos comportements. Au-delà de son analyse du dysfonctionnement du système de soins, il nous incite à devenir des consommateurs de soins avisés et nous fournit les clés de la réussite.
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e-sante : Comment changer nos comportements ?

Hervé Réquillart : Plusieurs axes doivent être explorés.Le choix d'une complémentaire santéLes assurés doivent comprendre qu'ils vont devoir intégrer une nouvelle donnée économique. Jusqu'à présent, les dépenses de santé n'étaient pas intégrées dans le budget familial car l'assurance maladie était particulièrement généreuse et que, par ailleurs, 92% des Français ont une complémentaire santé.

Aujourd'hui, les gens sont bien couverts, sauf que les remboursements des soins vont peu à peu et inexorablement, se rééquilibrer entre l'assurance maladie et l'assurance complémentaire.

Mais en intégrant davantage les assurances complémentaires, le système risque d'être moins solidaire demain. Certaines sociétés d'assurance ont un but commercial et souhaitent attirer les personnes qui ont les risques sanitaires les moins élevés.

Le risque est qu'il y ait d'un côté les personnes atteintes d'une maladie grave et chronique, qui coûtent très cher à soigner et qui seront de plus en plus majoritairement prises en charge par le régime de base. De l'autre, des personnes bien portantes ou avec des pathologies bénignes qui, elles, seront dans l'obligation de s'assurer dans le secteur privé.

Ce n'est pas gênant si les garde-fous sont bien posés en permettant par exemple, lorsque vous êtes bien portant un jour et très malade le lendemain, de bénéficier réellement d'une prise en charge par la collectivité.

Une des failles à venir est que si les gens n'ont pas un comportement rationnel et avisé dans l'achat de leur complémentaire santé, ils risquent de ne pas trouver le produit qui correspond à leurs besoins. Or si un problème de santé lourd se présente, ils ne seront pas bien couverts.

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Le patient est maintenant obligé d'avoir un comportement de consommateur éclairé, et par exemple, de tenter de définir son profil de consommation de soins, afin de choisir la complémentaire qui convient à ses besoins. Pour cela, il faut soigneusement comparer les offres et les prix.

Renforcer la préventionLe système de santé français est extrêmement faible en matière de prévention (risques, dépistages, vaccinations, informations nutritionnelles). Malheureusement, les actes de prévention de la part des médecins sont peu valorisés et les patients peu invités à pratiquer cette prévention et à réduire leurs comportements à risque. Or c'est une clé essentielle pour être en meilleure santé et freiner l'augmentation des coûts.

En effet, si on intervient lorsque la maladie s'est déjà installée, c'est cinq fois plus cher que si on agit en amont et qu'on empêche la maladie de se déclarer.

La démographie médicale est un réel problème. La baisse démographique a déjà commencé dans un certain nombre de spécialités (gynécologues, anesthésistes, ophtalmologistes) et elle va toucher les médecins généralistes dès 2007-2008. Le processus est déjà en marche dans certaines zones rurales ou semi-rurales, dans des banlieues dortoirs ou des cités difficiles, où les généralistes vieillissent et ne sont pas remplacés.

Pourquoi ? Pendant des années, on a considéré qu'il y avait trop de médecins en France. Le flux a alors été régulé dans les années 91-92, en diminuant par deux le nombre d'étudiants formés. Dix ans plus tard, certaines classes d'âges de médecins sont moins importantes et il existe maintenant un risque de pénurie qui se traduit par un problème d'accès aux soins.

Il n'est pas acceptable que, sous prétexte que vous habitiez dans une petite ville ou loin des grands centres urbains, vous devez faire 25 km pour voir un médecin, qui de plus, n'aura pas le temps de vous recevoir longtemps car sa salle d'attente est pleine depuis 2 heures. Le risque est également sanitaire en termes d'organisation des urgences, de permanences des soins, etc.

Les pouvoirs publics ont le devoir de se mobiliser au plus vite. Un certain nombre de projets existent déjà comme le partage de compétences, qui consiste à alléger les médecins des actes simples par des personnels paramédicaux (infirmière, kiné). Ce système est en cours d'expérimentation, mais il faudra longtemps pour qu'il fasse ses preuves et se généralise.

Soulignons aussi le problème de la démographie des paramédicaux, comme les infirmières.

e-sante : Quel est l'impact du médecin traitant sur ce problème démographique ?

Hervé Réquillart : Le médecin traitant est un concept intéressant sur le papier. Dans la réalité, le généraliste a beaucoup de travail pour gérer administrativement les patients qui viennent consulter. Depuis le médecin traitant, la charge est plus lourde avec notamment des courriers plus nombreux pour adresser les patients aux spécialistes et la nécessité d'organiser le retour d'informations du spécialiste vers son cabinet pour centraliser toutes les données concernant des patients. Toutes ces démarches sont chronophages.

Parallèlement, le travail du médecin traitant va encore aller croissant car avec le vieillissement de la population, les pathologies chroniques s'alourdissent. Globalement, ils devront gérer plus de consultations avec moins de temps.

Publié par Rédaction E-sante.fr le Lundi 26 Juin 2006 : 02h00