Cancer du sein : une spécialiste répond à 7 idées reçues

Publié par Freya Yophy
le 06/10/2026
soutien gorge
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La mammographie serait dangereuse, les soutiens-gorge favoriseraient les tumeurs, le jeûne pourrait remplacer les traitements… Ces affirmations alimentent les inquiétudes. À l’occasion d’Octobre Rose, distinguer les connaissances établies des promesses infondées permet de faire des choix éclairés.

Avec environ 61 000 nouveaux cas estimés en France métropolitaine en 2023, le cancer du sein demeure le cancer le plus fréquent chez les femmes. Les campagnes de sensibilisation rappellent l’importance du dépistage, mais elles s’accompagnent parfois de messages trompeurs sur les réseaux sociaux.

Pour autant, combattre la désinformation ne consiste pas à nier les risques des examens ou les effets indésirables des traitements. L’enjeu est de les expliquer avec précision, sans dramatisation ni fausse réassurance.

1. « La mammographie provoque davantage de cancers qu’elle n’en évite »

Les données disponibles ne soutiennent pas cette affirmation. La mammographie utilise des rayons X, dont l’exposition comporte un risque faible, mais non nul.

Dans une évaluation publiée en 2026, l’Institut national du cancer estime à environ 22 pour 100 000 femmes dépistées le nombre cumulé de cancers radio-induits pour des mammographies réalisées tous les deux ans entre 50 et 74 ans. Il s’agit d’une estimation issue d’une modélisation, avec une hypothèse haute de dose d’exposition, et non de cas directement observés.

Le dépistage présente aussi d’autres limites : fausses alertes nécessitant des examens complémentaires et surdiagnostic, c’est-à-dire découverte d’un cancer qui n’aurait pas entraîné de symptômes au cours de la vie.

Ces inconvénients doivent être expliqués. Ils ne remettent pas en cause l’intérêt du programme organisé pour les femmes auxquelles il s’adresse. En France, celui-ci propose une mammographie tous les deux ans entre 50 et 74 ans, en l’absence de symptômes et de risque particulier. Une situation à risque élevé nécessite un suivi de dépistage adapté.

2. « Les déodorants et les soutiens-gorge favorisent les tumeurs »

La théorie selon laquelle les armatures bloqueraient la circulation lymphatique et provoqueraient un cancer ne repose pas sur des preuves solides.

Une étude publiée en 2014 par des chercheurs du Fred Hutchinson Cancer Research Center, menée auprès de femmes ménopausées, n’a retrouvé aucune association entre le port du soutien-gorge et le risque de cancer du sein, qu’il s’agisse des armatures, de la durée de port ou de la taille du bonnet.

Concernant les déodorants et les anti-transpirants, le National Cancer Institute américain indique qu’aucune preuve claire ne démontre que leur utilisation, y compris lorsqu’ils contiennent de l’aluminium, augmente ce risque.

Cette conclusion ne signifie pas que tous les produits cosmétiques conviennent à toutes les peaux. Une irritation ou une allergie relève toutefois d’un autre problème que le cancer.

3. « Supprimer le sucre ou jeûner permet d’affamer le cancer »

L’idée paraît simple : puisque les cellules tumorales utilisent du glucose, il suffirait de supprimer le sucre pour les priver d’énergie. Mais le fonctionnement de l’organisme ne permet pas de cibler ainsi une tumeur par l’alimentation.

Le jeûne et les régimes restrictifs n’ont pas démontré qu’ils guérissaient le cancer. L’Institut national du cancer déconseille ces pratiques pendant les traitements, notamment en raison des risques de dénutrition et de perte musculaire.

L’objectif est au contraire de préserver des apports adaptés aux besoins et à la tolérance digestive. Une perte de poids involontaire, une diminution de l’appétit ou des difficultés à manger doivent être signalées à l’équipe soignante.

Un accompagnement diététique peut aider à ajuster les repas sans imposer d’interdits inutiles. Il ne s’agit ni de manger « parfaitement », ni de culpabiliser les patientes sur le contenu de leur assiette.

4. « Les compléments naturels sont forcément sans danger »

La mention « naturel » ne garantit ni l’efficacité ni l’innocuité. Certains produits à base de plantes, vitamines ou antioxydants peuvent interagir avec les médicaments anticancéreux.

Aucun complément alimentaire n’a démontré qu’il pouvait, à lui seul, traiter un cancer. Une supplémentation peut néanmoins être utile lorsqu’une carence ou une indication médicale la justifie.

Avant de commencer une cure, présentez à votre oncologue ou à votre pharmacien la liste de vos compléments alimentaires, avec leur composition et leur dosage.

Les soins de support ont une autre fonction : prise en charge de la douleur, soutien psychologique, nutrition ou activité physique adaptée. Ils font partie de l’accompagnement et ne se substituent pas aux traitements de la tumeur.

5. « La chimiothérapie est toujours plus dangereuse que le cancer »

Cette affirmation générale est trompeuse. Mais présenter la chimiothérapie comme pratiquement sans risque le serait également.

Elle n’est pas proposée systématiquement à toutes les femmes atteintes d’un cancer du sein. Son intérêt dépend notamment des caractéristiques de la tumeur, du stade, du risque de récidive et de l’état de santé de la patiente.

Ses effets indésirables peuvent être importants. Certains sont transitoires ; d’autres, comme certaines atteintes nerveuses ou cardiaques, peuvent persister. Il n’existe donc pas de pourcentage unique de complications graves applicable à toutes les chimiothérapies.

La discussion doit porter sur une question concrète : quel bénéfice ce traitement peut-il apporter dans votre situation, pour quels risques ? Demandez à l’équipe de préciser l’objectif, les alternatives et les symptômes à signaler rapidement. Exprimer ses craintes ou solliciter un deuxième avis permet d’éclairer la décision, sans interrompre seul un traitement.

Sources

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