Qu'est-ce que la normalité en psychiatrie ?

Publié le Jeudi 08 Juin 2000 : 02h00
La norme et la normalité sont toujours difficiles à définir en médecine, et plus encore en psychiatrie. Pour Édouard Zarifian, la normalité psychique dépend de la personnalité propre et du contexte social.
PUB

Définir le normal et le pathologique, ou l'anormal, est déjà bien délicat en médecine somatique. En psychiatrie, cette définition est encore plus complexe et fragile. C'est ce que nous dit Édouard Zarifian, professeur de psychiatrie, dans le texte suivant (les intertitres sont de la rédaction) :" [ Chacun des troubles dits " psychiques "], du plus banal (l'anxiété) au plus complexe (le monde des schizophrénies), s'exprime de manière multiforme. Les symptômes (crise d'angoisse, hallucination, humeur dépressive) renvoient à des mécanismes biologiques et peuvent être traités par des médicaments.

Chaque symptôme a un sens qui n'a de valeur que pour un individu

Toutefois, le biologique n'est qu'un aspect d'une trilogie qui comprend aussi le psychologique et le social. En effet, tout symptôme a un sens qui n'a de valeur que pour un individu bien déterminé. Une crise d'angoisse n'est pas univoque. Elle est le reflet de la singularité même de l'individu qui en est affecté. Ce sens - propre à chaque patient - implique ce que l'on nomme - faute de mieux - " l'appareil psychique ". C'est la (ou les) psychothérapie(s) - d'inspiration analytique - qui donne(nt) sens aux symptômes. De plus, l'être humain ne vit pas isolé de ses semblables. L'une des grandes difficultés de l'existence consiste précisément à " co "-exister . Les rapports inévitables avec ceux qui nous entourent forment la troisième dimension de l'espace dans lequel évolue tout être humain. Dès lors, la psychiatrie - comme les comportements humains normaux ou pathologiques - ne peut obéir au modèle médical strict.

PUB

La " normalité " dépend du contexte social

Qui plus est, la " normalité " repose en médecine somatique sur des notions mathématiques bien définies, comme celle d'écart par rapport à la moyenne. En psychiatrie, il n'en est rien. La norme implique forcément des données culturelles, géographiques, temporelles, etc. Ce qui était " normal ", en matière de rapports sociaux, d'habillement, etc., dans le Paris du XIXe siècle ne l'est plus dans celui d'aujourd'hui. Ce qui est " normal " dans les échanges entre individus varie selon qu'on se trouve en Tasmanie, à Kyoto ou à Bécon-les-Bruyères ! La " norme " n'est que la convention d'un groupe social en un lieu donné, à un moment donné.

Publié le Jeudi 08 Juin 2000 : 02h00
Source : Zarifian É. " Des paradis plein la tête " Odile Jacob éd. (coll. opus), Paris 1997.
A lire aussi
Symptômes psychosomatiquesPublié le 02/06/2000 - 00h00

Pour Édouard Zarifian, les symptômes dits psychosomatiques font partie de nos moyens d'expression normaux. Ce qui explique leur fréquence et leur universalité historique, géographique et sociale.

L'hôpital et les personnes handicapéesPublié le 17/01/2008 - 00h00

La prise en charge et l'insertion des personnes handicapées, récemment améliorée par la loi du 11 février 2005, combine différentes approches : sociale, éducative, économique, sanitaire... Sur ce dernier point, les hôpitaux publics et les établissements participant au service public...

SchizophréniePublié le 06/09/2001 - 00h00

La schizophrénie est une maladie du cerveau. Ce n'est pas une maladie de l'âme, ni un manque de volonté, ni une double personnalité (maladie très rare à laquelle on a longtemps et faussement associé la schizophrénie), mais bien un "défaut" de certains circuits neuronaux du cerveau.

Plus d'articles