Infarctus du myocarde : les règles d’or pour le prévenir chez la femme

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mercredi 11 Novembre 2015 : 12h51
Mis à jour le Lundi 15 Mai 2017 : 16h52
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L’infarctus du myocarde ne frappe pas au hasard. Comme l’ensemble des maladies cardiovasculaires, il est de moins en moins l’apanage des femmes ménopausées, passé la soixantaine ; il progresse chez les jeunes femmes qui paient au prix fort leur nouveau mode de vie à risque. 

L’infarctus du myocarde est devenu une affaire de femme

L’urgence est bien là : de plus en plus de femmes jeunes - de moins de 60 ans- sont touchées par l’infarctus du myocarde (registres français FAST MI.) Le nombre d’hospitalisations a tout particulièrement progressé chez les 45-54 ans. En unité de soins intensifs, la part des femmes hospitalisées pour infarctus est passée de moins de 10% en 1995 à plus de 20% en 2010. La crise cardiaque chez la femme de moins de 50 ans a triplé ces 15 dernières années : c’est devenu la première des causes de décès cardiovasculaires chez la femme.

Les oestrogènes ne sont pas tout-puissants

L’idée tenace que leurs hormones féminines les protègent, envers et contre tout, leur porte préjudice : cet effet protecteur des estrogènes est battu en brèche par l’hygiène de vie à risque et certaines maladies comme le diabète. Or les femmes sont de plus en plus nombreuses à adopter des comportements risqués : 28% des femmes fument et au moins 60% des infarctus du myocarde chez la femme de moins de 60 ans sont attribuables au tabac. Quant à l’obésité, c’est dans la tranche d’âge 18-25 ans qu’elle a le plus augmenté et les femmes ont dépassé les hommes : 15,7% contre 14,3% ! (Enquête Obepi 2012).

Pr Mounier-Vehier, chef de service de cardiologie au CHRU de Lille : « Si, avant 50 ans, les femmes n’ont pas de facteurs du risque, alors elles sont effectivement protégées par leurs oestrogènes dont l’action est à la fois antiagrégante plaquettaire (empêche les caillots sanguins responsables des thromboses), vasorelaxante et antiproliférative (l’artère ne va pas s’hypertrophier). Les oestrogènes naturels favorisent le bon métabolisme du cholestérol et protègent du diabète. Mais tout change à la ménopause, et leur risque rejoint en quelques années à peine celui de l’homme, voire le dépasse. Car la femme cumule les handicaps : ses artères sont plus petites que celles des hommes et plus sensibles aux effets toxiques du tabac et du cholestérol, du diabète mais aussi du stress. De plus, chez la femme, les plaques d’athérome se développent plutôt vers l’intérieur de l’artère ; celle-ci se bouche d’autant plus rapidement ».

Privées de leurs oestrogènes, elles vont développer le fameux « syndrome métabolique de la ménopause » avec une obésité abdominale favorisant la synthèse de mauvais cholestérol (le LDL cholestérol), de l’inflammation et provoquant aussi une résistance à l’insuline, le premier pas dans la maladie diabétique. Le syndrome métabolique est un véritable accélérateur de la maladie vasculaire athéromateuse (constitution de plaques d’athérome).

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mercredi 11 Novembre 2015 : 12h51
Mis à jour le Lundi 15 Mai 2017 : 16h52
Source : D’après des entretiens avec le Dr Christelle Diakov, cardiologue, unité Cardiologie médicale et interventionnelle (Institut Mutualiste Montsouris) et le Pr Claire Mounier-Vehier, cardiologue au CHRU de Lille (chef de service) et 1ère vice-présidente de la Fédération française de cardiologie.
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