La folie au Moyen-Age

Publié le Vendredi 31 Mars 2000 : 02h00
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Au Moyen-Âge, on hésitait entre responsabilité du patient, ou de son entourage, ou irresponsabilité, et entre traitement par l'isolement et l'enfermement, ou prise en charge dans la communauté.

Deux problématiques qui demeurent de la plus grande actualité. (Les intertitres sont de la rédaction) " De tous les maux décrits par les auteurs du Moyen-Âge, c'est [la folie] le plus complexe. (...) les médecins en distinguaient autre sortes : le délire, la manie, la mélancolie et la léthargie (..) l'influence de la lune frappait les lunatiques (...)

A partir du XIIe siècle, on tend à assimiler folie et perversion morale, les infidèles, les athées et les juifs étant considérés comme des fous en puissance (...) Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) renvoie à la physiologie de Galien pour expliquer le cheminement des désordres et déraisons qu'entraînent les péchés de passion tels que la colère. La folie s'enracine dans les fausses croyances et les mœurs dissolues. Les fous eux-mêmes en portent donc pour une bonne part la responsabilité.

La folie pouvait être d'origine divine

Mais la folie avait d'autres visages, parfois très positifs. N'était-ce pas une folie divine qui avait permis à David de composer ses Psaumes ? (...) De nombreux textes exaltent la joie de l'Idiot du village, qui chante faux mais dont la voix célèbre la gloire de Dieu. L'étymologie le précise : le crétin est un vrai chrétien (...)À cette diversité d'interprétations [de la folie] répondait une égale diversité de traitements. On avait souvent recours à la médecine : la saignée et les médicaments calment les esprits et assurent l'évacuation des humeurs peccantes. Certains recommandaient de ponctuer de chocs inopinés une thérapie longue et douce faite de paroles dans un environnement agréable : hurler à l'improviste ou plonger la tête du divaguant dans un poumon de vache récemment sacrifiée favoriserait son retour à la normalité par l'effroi. La plupart des médecins prônaient une cure de longue haleine : le fou guérirait si l'on parvenait à régulariser l'ensemble de sa vie.

À cette diversité d'interprétations [de la folie] répondait une égale diversité de traitements. On avait souvent recours à la médecine : la saignée et les médicaments calment les esprits et assurent l'évacuation des humeurs peccantes. Certains recommandaient de ponctuer de chocs inopinés une thérapie longue et douce faite de paroles dans un environnement agréable : hurler à l'improviste ou plonger la tête du divaguant dans un poumon de vache récemment sacrifiée favoriserait son retour à la normalité par l'effroi. La plupart des médecins prônaient une cure de longue haleine : le fou guérirait si l'on parvenait à régulariser l'ensemble de sa vie.

Mais la religion pouvait aussi exorciser les démons responsables de la folie

Pour ceux qui, de toute évidence, étaient en proie à des démons, le recours à la religion s'imposait. Les saints avaient la réputation de guérir les possédés que le hasard plaçait sur leur chemin. D'innombrables récits rapportent les guérisons survenues à proximité de leurs reliquaires. Entre 1200 et 1400, la liste des saints à qui l'on attribue de tels miracles, du lorrain saint Adelphe au sénonais Wulfran, se monte à plus de quatre-vingts. On dénombre trente-cinq saints spécialisés dans les maladies mentales : le sanctuaire de saint Willibrord à Echternach (Luxembourg) avait la faveur des épileptiques. Trois sanctuaires situés dans le nord de la France ou les Flandres se spécialisèrent dans le traitement de la folie - celui de saint Mathurin à Larchant, celui de saint Acaire à Haspres et celui de sainte Dymphne à Geel.

Publié le Vendredi 31 Mars 2000 : 02h00
Source : Nutton V. " La médecine au Moyen Âge en Europe occidentale (1000-1500) " In Conrad L. I. et coll. " Histoire de la lutte contre la maladie " ISPC éd. Paris 1999 : 195-198.
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