Rougeole aux États-Unis : un record de contaminations depuis 35 ans
es États-Unis traversent leur plus importante recrudescence de rougeole depuis trente-cinq ans. Alors que la transmission endémique avait été officiellement éliminée du pays en 2000, les flambées se multiplient au sein de communautés insuffisamment vaccinées. Cette situation rappelle la fragilité de la protection collective contre l’un des virus les plus contagieux connus.
Plus de 3 290 contaminations depuis janvier
Au 10 septembre 2026, les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies recensaient exactement 3 294 cas confirmés de rougeole. Il s’agit du bilan annuel le plus élevé observé aux États-Unis depuis 1991, alors que la saison épidémique n’est pas terminée. Les CDC précisent toutefois que ces chiffres restent provisoires et peuvent être révisés.
Cette hausse prolonge une reprise déjà très marquée en 2025, année durant laquelle 2 289 contaminations et trois décès confirmés avaient été enregistrés. La grande majorité des personnes malades étaient des enfants ou des adolescents non vaccinés, ou dont le statut vaccinal n’était pas connu.
La Pennsylvanie constitue l’un des principaux foyers de 2026. Au 14 septembre, son département de la Santé dénombrait 693 cas répartis dans 38 comtés, ainsi que 133 hospitalisations. Seuls quatre patients contaminés étaient présentés comme vaccinés, soit moins de 1 % des cas recensés dans cet État.
Quatre décès associés à la rougeole en Pennsylvanie
Quatre décès associés à l’infection ont désormais été annoncés par les autorités locales et les médecins légistes. Ils concernent deux nourrissons, une personne de 18 ans et une femme de 40 ans. Les deux bébés étaient trop jeunes pour recevoir la vaccination selon le calendrier habituel.
Le terme « décès associé à la rougeole » demande néanmoins une interprétation rigoureuse. Il signifie que la personne présentait une infection confirmée au moment de son décès et qu’aucune cause totalement indépendante n’a été identifiée. Des investigations supplémentaires peuvent être nécessaires pour déterminer si la rougeole constitue la cause directe, un facteur aggravant ou une affection concomitante.
Dans le cas de la victime de 18 ans, le médecin légiste a rapporté une encéphalomyélite aiguë disséminée, une complication neurologique rare mais reconnue de la rougeole. Les quatre personnes n’étaient pas vaccinées, selon les informations communiquées aux médias par les autorités sanitaires de Pennsylvanie.
Les nourrissons dépendent de l’immunité collective
Les premières doses du vaccin ROR contre la rougeole, les oreillons et la rubéole ne sont pas administrées dès la naissance. Durant leurs premiers mois, les nourrissons dépendent donc largement de la protection assurée par leur entourage et par une circulation virale limitée.
La rougeole se transmet par voie aérienne lorsqu’une personne infectée respire, tousse ou éternue. Les particules virales peuvent rester dans l’air d’une pièce jusqu’à deux heures après son départ. Parmi les personnes non immunisées placées à proximité d’un malade, jusqu’à 90 % peuvent être contaminées.
Cette contagiosité exceptionnelle explique pourquoi une couverture vaccinale proche de 95 % avec deux doses est nécessaire pour éviter une circulation communautaire durable. Or, selon les données américaines les plus récentes, la couverture des enfants scolarisés en maternelle est tombée autour de 92,4 % en 2025-2026, contre 95,2 % six ans plus tôt. Cette baisse s’accompagne d’une progression des exemptions non médicales aux vaccinations demandées pour la scolarisation.
Une infection capable d’effacer une partie de l’immunité
La rougeole ne provoque pas uniquement de la fièvre, une toux et une éruption cutanée. Elle peut entraîner une pneumonie, une déshydratation sévère, une encéphalite ou, plus rarement, le décès. Les jeunes enfants, les adultes, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées présentent un risque accru de complications.
Le virus possède également une capacité particulière appelée amnésie immunitaire. Une étude publiée en 2019 dans la revue Science, menée auprès de 77 enfants non vaccinés, a constaté la disparition de 11 à 73 % du répertoire d’anticorps préexistants après une infection naturelle.
La rougeole peut ainsi réduire une partie de la mémoire acquise contre d’autres agents infectieux de l’enfance. Ce phénomène ne signifie pas que toutes les protections vaccinales disparaissent systématiquement, mais il peut accroître la vulnérabilité à d’autres infections pendant une période prolongée.
Une bataille politique autour du décompte des décès
La crise sanitaire s’accompagne d’un affrontement entre le gouverneur démocrate de Pennsylvanie, Josh Shapiro, et le secrétaire fédéral à la Santé, Robert F. Kennedy Jr. Le gouverneur reproche au responsable fédéral d’alimenter la défiance vaccinale. De son côté, Robert F. Kennedy Jr. a contesté l’attribution directe de certains décès à la rougeole et accusé les autorités locales de politiser leur communication.
La divergence porte notamment sur la distinction entre une mort directement causée par la rougeole et un décès survenu chez une personne infectée. Le Centre national américain des statistiques de santé n’a pas encore intégré les décès de 2026 à son bilan définitif. Ce décalage administratif ne remet toutefois pas en cause la présence du virus ni la gravité potentielle de ses complications.
Le statut d’élimination américain sera réexaminé
Les États-Unis conservent actuellement leur statut national d’élimination de la rougeole. Pour le perdre, une même chaîne de transmission doit se maintenir sans interruption pendant au moins douze mois. La seule augmentation du nombre de cas ne suffit donc pas juridiquement.
L’Organisation panaméricaine de la santé prévoit néanmoins de réexaminer la situation américaine en novembre 2026. Le Canada a perdu son propre statut en novembre 2025 après avoir documenté une transmission continue durant au moins un an, entraînant également la perte du statut d’élimination pour l’ensemble de la région des Amériques.
La vaccination demeure le principal acte médical préventif contre cette maladie. Deux doses de vaccin ROR offrent une protection d’environ 97 % contre la rougeole.