Roquette et tension artérielle : ce que révèle une étude
L’alimentation végétale suscite un intérêt croissant dans la prévention cardiovasculaire, notamment grâce à sa richesse en nitrates et en molécules bioactives. Des chercheurs de Baylor University, aux États-Unis, ont récemment évalué les effets immédiats d’un extrait concentré de roquette (Eruca sativa) sur la circulation sanguine.
Leurs résultats, publiés en juillet 2026, suggèrent une amélioration ponctuelle de la fonction vasculaire. Ils doivent néanmoins être interprétés avec prudence en raison du très faible nombre de participants.
Une étude menée sur seulement huit volontaires
L’essai clinique a réuni huit hommes jeunes et en bonne santé. Chaque volontaire a participé successivement à trois expériences, dans un ordre déterminé aléatoirement :
- la prise de 3 000 mg d’extrait de roquette ;
- la prise de 6 000 mg d’extrait de roquette ;
- la prise d’un placebo.
Cette organisation dite « en cross-over » permet à chaque participant de servir de témoin pour lui-même. L’étude était réalisée en simple aveugle : les volontaires ignoraient quelle préparation ils recevaient, mais les chercheurs en avaient connaissance.
Pendant trois heures, l’équipe a effectué des prises de sang et relevé la fréquence cardiaque ainsi que la pression artérielle. La dilatation de l’artère brachiale a également été mesurée par échographie afin d’évaluer la capacité des vaisseaux à se détendre.
Comment la roquette agit-elle sur les vaisseaux sanguins ?
La roquette fait partie des légumes-feuilles naturellement riches en nitrates. Après leur ingestion, les bactéries présentes dans la bouche transforment une partie de ces nitrates en nitrites. Ceux-ci participent ensuite à la production d’oxyde nitrique, ou NO, dans l’organisme.
Cette molécule joue un rôle essentiel dans la régulation vasculaire. Elle favorise le relâchement des cellules musculaires entourant les artères, ce qui permet aux vaisseaux de se dilater et au sang de circuler plus facilement.
Les chercheurs ont effectivement constaté une augmentation importante des nitrates et des métabolites de l’oxyde nitrique dans le sang trois heures après la prise des deux doses d’extrait.
Cette transformation dépend en partie du microbiote buccal. L’utilisation très fréquente de bains de bouche antiseptiques peut perturber les bactéries impliquées et réduire la conversion des nitrates alimentaires en nitrites. Cet effet n’a toutefois pas été directement évalué dans cette petite étude.
Une diminution ponctuelle de la pression systolique
Par rapport au placebo, la baisse maximale moyenne de la pression artérielle systolique atteignait :
- 15,3 mmHg avec la dose de 3 000 mg ;
- 16,3 mmHg avec la dose de 6 000 mg.
Lorsque les chercheurs ont comparé les valeurs à celles mesurées avant l’ingestion, la baisse observée au bout de trois heures était de 8,63 mmHg avec 3 000 mg et de 10,88 mmHg avec 6 000 mg.
La fonction endothéliale s’est également améliorée. La dilatation médiée par le flux a progressé de 2,6 points avec 3 000 mg et de 2,21 points avec 6 000 mg, par rapport au placebo.
Doubler la dose n’a donc pas entraîné une amélioration proportionnelle. Dans les conditions très particulières de cette expérience, 3 000 mg semblaient suffisants pour obtenir l’essentiel de la réponse vasculaire observée.
Ces résultats ne font pas de la roquette un traitement
Ces chiffres peuvent paraître impressionnants, mais ils ne démontrent pas que manger de la roquette permet de traiter durablement une hypertension. L’expérience ne portait que sur huit hommes en bonne santé, sans hypertension chronique, et le suivi s’arrêtait seulement trois heures après la prise.
L’étude évaluait par ailleurs un extrait concentré, et non une portion habituelle de roquette consommée au cours d’un repas. Il est donc impossible de convertir directement les doses testées en quantité de salade à placer dans son assiette.
Des essais plus importants, incluant des femmes, des personnes âgées et des patients hypertendus, seront nécessaires pour déterminer si cet effet se maintient dans le temps et présente un véritable intérêt clinique.
Quelles précautions avant de prendre un complément ?
Un complément à base d’extrait de roquette ne doit jamais remplacer un médicament contre l’hypertension. Une baisse trop importante de la pression artérielle pourrait même favoriser des vertiges ou un malaise chez les personnes prenant déjà un traitement hypotenseur.
Les patients traités par antivitamines K doivent également maintenir un apport alimentaire régulier en vitamine K. La roquette en contient naturellement : ce n’est pas une raison pour la supprimer, mais une augmentation soudaine et importante de sa consommation peut perturber l’équilibre du traitement. Toute supplémentation concentrée doit donc être discutée avec le médecin ou le pharmacien.
Dans le cadre d’une alimentation variée, la roquette reste un légume intéressant. Mais les résultats de cette première étude constituent avant tout une piste de recherche, et non une nouvelle prescription contre l’hypertension.
Source scientifique : ACS Nutrition Science, juillet 2026.émentation active.