Presbyacousie : comment vous dites ?

Publié le 09 Mars 2009 à 1h00 par Rédaction E-sante.fr
Il existe aujourd'hui des solutions efficaces contre la presbyacousie, baisse auditive liée au vieillissement qui touche 6 millions de Francais. Pour en bénéficier, encore faut-il se faire dépister. Quels sont les différents types de prothèses auditives ? Quand et pourquoi faut-il s'appareiller ? Réponses du Pr Bruno Frachet*.
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Les solutions sont-elles performantes pour tous ?

Pr Bruno Frachet : Les solutions sont à choisir en fonction du type de surdité, allant de la mal audition, avec une surdité légère, à la surdité profonde.

Les surdités légères bénéficient de dispositifs très discrets et faciles à mettre en œuvre. En revanche, en cas de forte surdité, on recourt à un dispositif implantable à l'intérieur de l'oreille, c'est l'implant cochléaire.

En effet, comme personne n'aime montrer sa surdité, les premières prothèses auditives implantables ont été mises au point à la fin des années 90. Elles ont l'avantage d'être dissimulées, même si elles comportent malgré tout une petite partie à l'extérieur. Ces prothèses sont mises en place dans l'oreille grâce à la chirurgie. Elles sont implantées après un essai d'une prothèse dite conventionnelle, c'est-à-dire d'une prothèse dite essayable et amovible.

Quel est le meilleur moment pour bénéficier d'une prothèse auditive ?

Pr Bruno Frachet : La problématique est que, dans la vie de tous les jours, il y a des situations dans lesquelles on entend correctement, comme lorsqu'on discute avec une personne bien placée en face de soi et qu'il n'y a pas beaucoup de bruits. Et d'autres, dans lesquelles on entend moins bien, essentiellement en présence d'un bruit de fond, comme dans un hall de gare ou dans un restaurant. Ainsi, lorsque vous faites votre bilan auditif, vous vous dites que vous entendez ' quand même bien '.

C'est ainsi que la plupart des gens repoussent la date de l'appareillage parce qu'ils ont la sensation que ce n'est pas tellement le moment de se faire appareiller. En fait, ils perçoivent essentiellement les inconvénients de la prothèse auditive : ça vieillit, c'est cher, ce n'est peut-être pas très confortable à porter, il va falloir la changer, y faire attention, ne pas la perdre, etc.

Inversement, ils n'ont pas idée de l'aide que peut leur apporter un appareillage dans de très nombreuses situations.

Il est donc important d'engager les personnes qui ont le sentiment de ne pas entendre parfaitement bien dans certaines conditions de faire l'essai d'une prothèse auditive. De cette façon, ils pourront vérifier s'ils ont besoin ou non de cette technique pour compenser leur mauvaise audition.

Quels sont les premiers signes de gêne auditive ?

Pr Bruno Frachet : Le premier signe de la mal audition est la difficulté de comprendre la parole dans le bruit, comme par exemple de suivre une conversation dans un café ou un restaurant.

C'est pour cette raison que nous avons mis au point un dépistage par téléphone, qui propose de décrypter des séries de 4 chiffres derrière un bruit de fond plus ou moins important, censé gêner la compréhension de ces chiffres.

Lorsque la personne perçoit les 4 chiffres, elle les compose sur le clavier de son téléphone.

Selon l'exactitude des chiffres tapés, on peut déterminer si l'audition dans le bruit de cette personne est bonne, moyenne ou mauvaise.

On espère ainsi pousser certaines personnes à reconnaître qu'elles devraient peut-être passer un test plus sérieux, c'est-à-dire entreprendre un diagnostic chez leur médecin ou chez un ORL, afin de décider avec lui de la suite à donner.

Quels sont les risques d'un appareillage tardif ?

Pr Bruno Frachet : Le problème est qu'à force d'entendre mal, le cerveau apprend à travailler avec des sons détériorés. Il ne faut donc pas trop attendre le moment de s'appareiller, au risque d'accentuer le décalage entre les nouveaux signaux restaurés par la prothèse et ce que le cerveau a pris l'habitude d'entendre. C'est pour qu'il n'y ait pas un écart trop important qu'il est recommandé d'essayer assez tôt un appareil auditif. Et bien entendu parce qu'il est très agréable de bien entendre dans toutes les situations.

La presbyacousie, ou difficulté auditive liée au vieillissement, débute vers 65 ans. Ce trouble est l'équivalent auditif de la presbytie. Or si l'on achète aisément une paire de lunettes pour corriger un trouble visuel, en revanche, acquérir une prothèse auditive n'est pas encore entré dans les mœurs, à tort.

A qui s'adresser pour bénéficier d'une aide auditive ?

Pr Bruno Frachet : Les métiers de la surdité sont au nombre de trois.

Le médecin ORL, qui diagnostique la surdité et la mesure. L'audioprothésiste, qui adapte l'appareil à chaque personne. L'orthophoniste, qui propose éventuellement une rééducation auditive afin d'obtenir les meilleurs résultats avec la prothèse. Mais toute la démarche est orchestrée par le médecin généraliste, lequel repère les troubles auditifs en amont.

L'audition est un véritable bijou qu'il faut protéger. Elle est menacée par le vieillissement qui touche tout un chacun, mais il est extrêmement dommage de surajouter des facteurs dangereux comme le bruit, qui abîme l'audition et aggrave le vieillissement de l'audition.

Interview du Pr Bruno Frachet.

* Le Pr Bruno Frachet est chef du service d'oto-rhino-laryngologie de l'Hôpital Avicenne à Bobigny et Président de l'association France Presbyacousie.