Baisse de l'audition : faites un bilan sans tarder !

Publié le 05 Juin 2001 à 2h00 par Dr Sylvie Coulomb
La presbyacousie est une baisse progressive de l'audition qui survient chez les personnes de plus de 50 ans. Elle est liée au vieillissement normal de l'appareil auditif et peut entraîner une gêne importante dans le bruit ainsi que des difficultés à suivre les conversations. Elle nécessite un diagnostic précoce, reposant essentiellement sur l'audiogramme, afin de garantir le succès de sa prise en charge.
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Les problèmes de l'audition en rapport avec l'âge sont en augmentation constante en raison du vieillissement de la population. En France, on estime à 6 millions le nombre de personnes sourdes ou malentendantes et les deux tiers d'entre elles ont plus de 65 ans. Plus du tiers des personnes âgées de plus de 65 ans ont des troubles auditifs qui gênent leur vie relationnelle. Cette perte d'audition liée au vieillissement est appelée presbyacousie et nécessite d'être dépistée et prise en charge le plus précocement possible afin d'en assurer l'efficacité et d'éviter ainsi l'isolement et le repli sur soi-même.

L'audition : comment ça marche ?

L'oreille est divisée en trois parties : l'oreille externe capte les sons ; l'oreille moyenne les amplifie et les transmet à l'oreille interne, par la vibration du tympan et des osselets (petits os situés dans la caisse du tympan, appelés marteau, étrier et enclume) ; l'oreille interne traduit les sons, en les transformant en énergie électrique qui est alors transmise au nerf auditif, avant que les informations sonores soient elles-mêmes acheminées au cerveau. L'oreille humaine peut percevoir des fréquences comprises entre 20 et 20 000 Hertz. Le seuil auditif représente l'intensité minimum (en décibels ou dB) que l'oreille peut entendre.

La presbyacousie est la principale cause de malentendance après 55 ans

La presbyacousie, forme la plus fréquente de surdité bilatérale, correspond au vieillissement normal des éléments neuro-sensoriels de l'oreille interne et du cerveau et se traduit par une surdité dite de perception touchant les deux oreilles avec la même intensité. Elle touche au début les fréquences aiguës, qui se trouvent être celles nécessaires à la compréhension, puis s'étend progressivement à l'ensemble du spectre sonore. Elle survient chez les sujets de plus de 50 ans entraînant une baisse progressive de l'audition, qui se manifeste par une gêne de plus en plus importante dans le bruit et des difficultés croissantes à suivre les conversations. Très souvent, les personnes atteintes se plaignent également de bourdonnements d'oreille ou acouphènes.

Bien souvent, c'est l'entourage familial qui remarque le déficit auditif, devant la nécessité d'augmenter l'intensité sonore de la télévision ou de devoir répéter plusieurs fois les mêmes phrases. L'évolution est variable selon les individus, sachant que certaines formes sont familiales et que la cause exacte de cette affection reste encore mal connue. Certaines presbyacousies ont une évolution accélérée et on peut alors retrouver des facteurs d'aggravation tels que des troubles vasculaires, métaboliques, la prise de médicaments toxiques pour l'oreille, un tabagisme ou des traumatismes survenus antérieurement.

Une exploration de l'appareil auditif s'impose sans délai

L'audiométrie constitue la base des examens complémentaires et est effectuée selon une double analyse, tonale et vocale. L'audiogramme tonal évalue la perte auditive en stimulant successivement les deux oreilles. Cet examen se fait dans une cabine insonorisée et permet l'étude des seuils de perception des sons, en testant différentes fréquences : en présence d'une presbyacousie, il montre une surdité de perception bilatérale et symétrique, avec une perte auditive prédominant sur les fréquences aiguës.

L'audiométrie vocale explore la capacité de compréhension de la parole et permet de mettre en évidence la gêne liée à la surdité. Elle se pratique au moyen de listes de mots, faisant appel à tous les phonèmes de la langue : un enregistrement demande au patient de répéter des séries de dix mots, prononcés à différentes intensités. Le pourcentage de mots compris est reporté sur un diagramme.

$$Le traitement de la presbyacousie doit être le plus précoce possible, dès une gêne réelle constatée$

Il repose sur l'appareillage auditif, éventuellement associé à une prise en charge orthophonique. Après l'audiométrie tonale et vocale, le médecin ORL prescrit une prothèse auditive, si possible en stéréophonie, dès lors que le déficit auditif entraîne des troubles de la compréhension. Le choix du type de prothèse est sous la responsabilité de l'audioprothésiste, qui doit proposer la solution la plus adaptée, satisfaisant à la fois les désirs esthétiques et de confort du patient et le meilleur résultat auditif possible. Les prothèses auditives consistent en des amplificateurs électroniques, se présentant sous la forme de contours d'oreille, d'appareils intra-auriculaires ou d'aides auditives numériques.

Il est nécessaire d'expliquer au patient qu'une phase d'adaptation est nécessaire et que le bénéfice ressenti par le port de la prothèse n'est pas immédiat.

Signalons également que le niveau de remboursement de l'appareillage auditif par la Sécurité sociale constitue encore malheureusement un frein pour bon nombre de personnes. En effet, une prothèse auditive est remboursée à 60% sur la base de 199,71 €, soit 119 € par oreille, sachant qu'un contour d'oreille coûte à partir de 444 €, et que les appareils les plus chers vont jusqu’à 2.000 € par oreille.

La rééducation orthophonique peut être associée à l'appareillage et comprend l'apprentissage de la lecture sur les lèvres ainsi qu'une éducation auditive, facilitant la discrimination dans le bruit.