PMA : une éthique de santé à 2 vitesses

Publié le 11 Février 2013 | Mis à jour le 11 Février 2013
Auteur(s) : Dr Philippe Presles
© Istock

Alors que la loi sur le mariage pour tous vient d’être votée, la question de la procréation médicalement assistée (PMA) va très logiquement suivre. En attendant, le Ministère de la Santé menace les gynécologues de poursuites pénales s’ils envoient leurs patientes vers des cliniques étrangères contre des « rétrocommissions ».

C’est qu’en France il existe une éthique de santé à deux vitesses, l’une pour les riches, l’autre pour les pauvres.

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Vous ne le saviez peut-être pas, mais nous sommes un pays kantien. Pourquoi ? Tout simplement parce que le principe éthique dominant en France est celui de la dignité. Se référant au grand philosophe dont la maxime était : « Traite toujours autrui comme une fin et jamais seulement comme un moyen », il est interdit d’utiliser toute personne, y compris soi-même, comme un moyen. C’est ainsi qu’il est impossible en France de vendre ou d’acheter tout organe, y compris du sperme ou des ovocytes.

Principe de dignité contre principe de liberté

A première vue, cela paraît hautement moral. Pourtant, il existe d’autres principes éthiques tout aussi valables moralement. Le principe de liberté domine en Belgique ou en Espagne, chacun étant davantage libre de faire ce qu’il veut de lui-même, comme de vendre son sperme ou ses ovocytes ou d’en acheter.

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Le principe de dignité est-il supérieur à celui de liberté ?

Ne cherchez pas : il n’y a pas de réponse universelle à cette question qui correspond à un choix de société. Tout choix éthique doit ainsi correspondre à une démarche collective.

Mais il existe d ’autres principes éthiques comme celui de la justice. Je pense que vous serez d’accord avec moi pour considérer que le fait d’être riche et de pouvoir aller à l’étranger pour s’offrir une PMA interdite en France est injuste pour les plus pauvres. Aux riches la liberté et aux pauvres la dignité ?

L’argent, les voyages et les offres sur internet, bousculent ainsi nos traditions éthiques. Du reste, pour « équilibrer » cette injustice, la Sécurité sociale prend en charge, et c’est tout à son honneur, jusqu’à 1600 € les dons d’ovocytes lorsqu’ils sont effectués en Europe…

Qu’aurait dit Kant lui-même ?

Avec le mariage pour tous, la demande va augmenter de manière considérable et Kant va être très chahuté. S’agissant d’une logique collective, il sera naturellement demandé au Comité national d’éthique, donc aux Sages, de se prononcer. Qu’aurait dit Kant lui-même ?

La première hypothèse serait de l’imaginer droit dans ses bottes et intraitable.

Mais la seconde serait de l’imaginer évoluer et s’adapter à son temps, ce dont il était parfaitement capable. Par exemple, dans son Projet de paix perpétuelle, il prédit parfaitement la domination européenne et le colonialisme. Il explique aussi que le plus grand des pouvoirs est celui de l’argent et que c’est par l’enrichissement que la paix pourra devenir universelle. Autrement dit, c’est en s’appuyant sur les penchants naturels humains, et non pas en s’y opposant, que l’on dirige au mieux une société vers la paix et, j’ajouterai, vers toute aspiration socialement élevée.

Soumis par la Rédaction le
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