Maladie des gencives et Alzheimer : quel lien selon la science ?
La santé de la bouche pourrait influencer celle du cerveau. Plusieurs études associent la parodontite à un risque accru de déclin cognitif, sans toutefois prouver qu’une bactérie buccale puisse, à elle seule, provoquer la maladie d’Alzheimer.
Une association entre parodontite et déclin cognitif
La parodontite est une inflammation chronique des tissus qui soutiennent les dents. Elle apparaît lorsque certaines bactéries prolifèrent sous la gencive, provoquant des saignements, une mauvaise haleine persistante et, dans les cas avancés, un déchaussement dentaire.
Une hygiène dentaire insuffisante favorise son apparition, mais d’autres facteurs interviennent également : tabagisme, diabète mal équilibré, âge ou prédispositions individuelles.
Plusieurs études observationnelles montrent que les personnes souffrant de parodontite présentent davantage de troubles cognitifs. Une méta-analyse publiée en 2025 conclut notamment à une association plus marquée en cas de parodontite sévère. Ces résultats ne permettent cependant pas d’affirmer que la maladie des gencives provoque directement Alzheimer. L’âge, le diabète, le tabac ou la situation sociale peuvent influencer simultanément la santé bucco-dentaire et cérébrale. La méta-analyse évoque donc un facteur de risque potentiel, et non une cause établie.
Pourquoi la bactérie Porphyromonas gingivalis intéresse les chercheurs
Les scientifiques étudient particulièrement Porphyromonas gingivalis, l’une des bactéries impliquées dans les formes chroniques de parodontite. Celle-ci produit des enzymes appelées gingipaïnes, capables de dégrader des protéines et d’entretenir l’inflammation.
Une étude publiée en 2019 dans Science Advances a identifié des gingipaïnes ainsi que de l’ADN de cette bactérie dans certains échantillons cérébraux de patients atteints d’Alzheimer. Du matériel génétique bactérien a également été détecté dans le liquide céphalo-rachidien de plusieurs participants.
Chez la souris, une exposition répétée à P. gingivalis a entraîné une colonisation du cerveau, une réaction inflammatoire et une augmentation de la production de bêta-amyloïde. Ces résultats ont renforcé l’hypothèse infectieuse, mais ils ne suffisent pas à démontrer que le même mécanisme déclenche la maladie chez l’être humain. L’étude originale présente cette piste comme une hypothèse thérapeutique, pas comme une preuve définitive.
Comment une inflammation buccale pourrait-elle atteindre le cerveau ?
Une parodontite sévère fragilise les tissus gingivaux. Lors du brossage ou de la mastication, des bactéries ou des molécules inflammatoires peuvent alors passer temporairement dans la circulation sanguine.
Les chercheurs envisagent plusieurs mécanismes susceptibles d’influencer le cerveau :
- une inflammation chronique dans l’ensemble de l’organisme ;
- le passage de composants bactériens dans la circulation ;
- une altération progressive des vaisseaux sanguins ;
- l’activation prolongée des défenses immunitaires cérébrales.
Cette inflammation pourrait contribuer à fragiliser les neurones chez certaines personnes déjà exposées à d’autres facteurs de risque. Elle ne constitue toutefois qu’une piste parmi de nombreuses autres, aux côtés de l’âge, de la génétique et de la santé cardiovasculaire.
Pour cette raison, il est recommandé de consulter un dentiste en cas de saignements réguliers des gencives, sans attendre l’apparition de douleurs ou d’un déchaussement.
Le COR388 n’a pas confirmé les espoirs initiaux
La découverte des gingipaïnes avait conduit au développement de l’atuzaginstat, anciennement appelé COR388. Cette molécule expérimentale devait neutraliser les enzymes produites par P. gingivalis et ralentir la dégradation cognitive.
Les premiers résultats obtenus en laboratoire et chez l’animal semblaient encourageants. Un important essai clinique de phase 2/3, nommé GAIN, a ensuite réuni plus de 640 patients atteints d’une forme légère à modérée d’Alzheimer.
Contrairement aux affirmations du texte initial, cet essai n’a pas démontré de bénéfice significatif sur les principaux critères cognitifs et fonctionnels dans l’ensemble de la population étudiée. Le résumé officiel de l’essai indique que les deux doses évaluées n’ont pas apporté d’amélioration par rapport au placebo.
L’atuzaginstat n’est donc pas un traitement validé contre Alzheimer. Cette voie de recherche reste intéressante, mais elle devra être explorée avec d’autres molécules et de nouveaux essais cliniques rigoureux.
Protéger ses gencives reste essentiel
Il n’existe actuellement aucun test salivaire permettant de prédire de manière fiable une future maladie d’Alzheimer. En revanche, traiter une parodontite permet de préserver les dents, de réduire l’inflammation locale et d’améliorer la santé générale.
Les gestes indispensables restent simples :
- se brosser les dents deux fois par jour avec un dentifrice fluoré ;
- nettoyer les espaces interdentaires ;
- limiter le tabac ;
- faire contrôler régulièrement ses dents et ses gencives ;
- consulter rapidement en cas de saignement, de mobilité dentaire ou de mauvaise haleine persistante.
Ces habitudes ne garantissent pas d’éviter Alzheimer, mais elles participent à la prévention globale, au même titre que l’activité physique, le sommeil, les relations sociales et le contrôle des facteurs cardiovasculaires.