La maladie de Bouveret : des palpitations intermittentes

Publié le 16 Février 2009 à 1h00 par Dr Philippe Presles
La maladie de Bouveret se manifeste par des crises de tachycardie, accélération intense du coeur. Brusquement et par intermittence, le coeur se met à battre très vite, provoquant de fortes palpitations. C'est grave docteur ?
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Les symptômes de la maladie de Bouveret

La crise de tachycardie survient très brutalement, spontanément (sans élément déclenchant), et s'achève d'elle-même tout aussi brusquement. Le cœur peut s'accélérer jusqu'à 150, voire 200 battements par minute, alors que la fréquence est normalement de 70 à 80 battements par minute.

Sensation d'angoisse et d'étouffement

La crise peut durer quelques secondes, quelques minutes, voire aussi parfois plusieurs jours. La tachycardie s'accompagne d'une sensation d'angoisse, d'étouffement, de douleurs dans la poitrine ou d'un malaise. Certaines personnes peuvent poursuivre leurs activités, d'autres doivent s'allonger ou font une syncope. La fin de la crise s'accompagne d'une fatigue et d'une lassitude, ainsi que d'une émission d'urine.

Qui sont les personnes concernées par la maladie de Bouveret ?

Ce trouble du rythme cardiaque est très fréquent, particulièrement chez les personnes jeunes. Il peut survenir chez des sujets qui présentent une cardiopathie, avec un risque majeur de décompensation qui impose une hospitalisation.

Aussi des personnes en bonne santé

Mais la maladie de Bouveret peut aussi toucher des personnes en bonne santé, indépendamment de toute autre maladie cardiaque. Dans ce dernier cas, en l'absence de pathologie cardiaque associée, la maladie de Bouveret n'est pas grave et s'améliore souvent après la cinquantaine.

Thyroïde

Un dérèglement de la glande thyroïde (hyperthyroïdie) peut aussi entraîner une maladie de Bouveret (le rythme cardiaque est aussi contrôlé par des hormones.)

A quoi est due cette maladie de Bouveret ?

La cause est une anomalie de la conduction de l'influx nerveux dans le cœur. 
Rappelons que les battements du cœur sont contrôlés par une petite zone composée de cellules nerveuses situées dans le cœur droit, au niveau de l’oreillette (nœud sinusal). C'est elle qui, en envoyant des impulsions électriques, provoque la contraction du muscle cardiaque.

Anomalie nerveuse

Dans le cas de la maladie de Bouveret, il existe une anomalie nerveuse qui induit des contractions cardiaques additionnelles. Cette anomalie se situe soit directement dans le nœud sinusal (anomalie intranodale), soit au niveau d’un faisceau nerveux accessoire entre l’oreillette et le ventricule (faisceau de Kent dans le cadre d’un syndrome de Wolf-Parkinson-White).


Diagnostic

Le diagnostic repose sur l'électrocardiogramme (enregistrement de l'activité électrique du cœur). Comme celui-ci est le plus souvent normal entre les crises, il est nécessaire de réaliser cet examen en période de crise (sauf quand on retrouve des signes du syndrome de Wolf-Parkinson-White au repos).

Que faire en cas de crise et quels sont les traitements ?

Généralement, la crise cesse d'elle-même avec du repos. En prévention, on recommande aussi d'éviter les excitants tels que le café, le tabac et l'alcool.

Gestes pour interrompre la tachycardie

La tachycardie peut être interrompue par des manipulations dites vagales qui consistent par exemple à :

  • Masser l'artère carotide située à la base du cou, doucement et progressivement (sauf s’il existe un antécédent d’attaque cérébrale ou de souffle carotidien).
  • Souffler dans son nez après l’avoir bouché de manière à entraîner une surpression dans le nez et les sinus. On appelle ce geste la manœuvre de Valsalva.
  • Boire rapidement un verre d'eau froide,
  • Faire des efforts de vomissements,
  • S’immerger la face dans l'eau,
  • Se comprimer fortement les globes oculaires (à éviter si on ne connaît pas la manœuvre).

Traitement médical et chirurgie

En cas de crise sévère, on recourt à des médicaments en perfusion pour stopper la tachycardie (des antiarythmiques notamment). Des anxiolytiques sont parfois proposés pour accélérer la fin de la crise. Lorsque la maladie est mal supportée, un traitement de fond est prescrit pour diminuer la fréquence des crises et augmenter la sensibilité des manipulations vagales. Enfin, il existe un traitement radical qui repose sur l'ablation du tissu nerveux responsable des tachycardies (ablation chirurgicale du faisceau supplémentaire ou destruction par électrocoagulation).