Insuffisance cardiaque des seniors : pas facile à maîtriser

Publié le 10 Avril 2002 à 2h00 par Dr Stéphanie Lehmann, gérontologue
Le coeur est, comme chacun le sait, la pompe indispensable au bon fonctionnement du système circulatoire et l'organisme est très sensible à ses moindres difficultés. Lorsque son activité est perturbée et que le débit optimum n'est plus maintenu, quelles qu'en soient les raisons, on se trouve en état d'insuffisance cardiaque (IC). Cette affection est très fréquente chez les seniors et sa prise en charge est particulièrement délicate.
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L'insuffisance cardiaque n'est pas rare et augmente avec l'âge

La fréquence de l'insuffisance cardiaque double à chaque décennie entre 40 et 80 ans.

Au-delà de cet âge, c'est plus de 10 % de la population qui est touchée. Aujourd'hui, on meurt moins des accidents cardiaques aigus, mais les séquelles sont plus fréquentes. C'est une des explications de la progression de cette pathologie chez le senior.

Si les progrès thérapeutiques sont incontestables, il n'en reste pas moins que le traitement d'un cœur malade est difficile, comme en témoigne le nombre de rechutes après le premier épisode, estimé à plus d'un cas sur trois.

Qu'est-ce qui fatigue le cœur ?

  • L'âge et le vieillissement normal modifient le fonctionnement du muscle cardiaque.

    Les fibres contractiles qui le constituent se rigidifient, les adaptations du rythme ou du débit lors des efforts ne se font plus aussi facilement et le rendent plus fragile.

    Pourtant, ce sont principalement certaines maladies aiguës ou chroniques qui favorisent l'apparition de l'insuffisance cardiaque.

  • L'hypertension artérielle systolique : ennemi public n°1

    Souvent associée à l'athérome (dépôts de graisse sur les parois des artères), l'hypertension a tendance à diminuer le calibre des artères.

    Le cœur doit alors fournir un travail plus important pour garder un débit convenable.

  • La maladie coronaire : parfois silencieuse

    Les artères coronaires qui alimentent le muscle cardiaque en oxygène peuvent se boucher partiellement ou totalement (provoquant alors un infarctus).

    Les fibres contractiles des zones mal irriguées peuvent souffrir ou mourir.

    Une fois détruites, les cellules musculaires sont remplacées par d'autres, qui n'ont plus la capacité de contraction.

    La force globale du cœur diminue donc en fonction des zones lésées.

  • Les troubles du rythme cardiaque ou arythmies

    Ils sont rapidement délétères. Un cœur qui perd le rythme ne peut plus être aussi efficace : il y a quand même 4 cavités (deux oreillettes et deux ventricules) à remplir et à vider convenablement, ce qui ne laisse pas de place à la désorganisation...

  • Les pathologies des valves cardiaques

    Elles sont fréquemment responsables d'insuffisance cardiaque.

    Dans certains cas, elles ne jouent plus leur rôle de " portes étanches " entre les cavités du cœur.

    Dans d'autres, elles empêchent la bonne circulation du sang en " encombrant le passage ".

  • Et beaucoup d'autres maladies...

    Le cœur peut prendre un volume anormal (myocardiopathie), être perturbé par des anémies ou des dysfonctionnements de la glande thyroïde, etc.

Chez le senior, le challenge est de débusquer les formes atypiques

Autour de la cinquantaine, on peut devenir insuffisant cardiaque après un infarctus du myocarde, par exemple. Dans ce cas, la cause initiale est bien déterminée, le diagnostic et le pronostic sont précis.

Au-delà de 75 ans, les formes d'installation sournoises ou atypiques sont les plus courantes :

  • L'asthme d'apparition tardive

    L'asthme est typiquement une maladie du jeune âge. L'apparition de signes identiques chez la personne âgée est toujours suspecte et doit faire supposer une cause cardiaque.
  • Les bronchites traînantes, avec toux incessante, gêne respiratoire au moindre effort, signes auscultatoires spécifiques doivent faire évoquer ce qu'on appelle un poumon cardiaque.
  • Une grosse fatigue, d'installation brutale

    Elle oblige à garder le fauteuil, parfois le lit.

    Elle est la conséquence de la baisse d'irrigation des muscles par une pompe cardiaque trop peu puissante.

    Le problème est que l'immobilisation aggrave cet état…

  • Des douleurs de l'estomac ou de l'abdomen

    La pompe cardiaque, qui ne « ramène » pas le sang en quantité suffisante, laisse le foie s'engorger de sang.

    Cette congestion hépatique peut passer inaperçue si l'examen clinique n'est pas minutieux, faisant souvent errer le diagnostic vers des causes intestinales ou gastriques.

Les examens complémentaires utiles

  • La radiographie pulmonaire

    Toujours utile, mais pas toujours facile à interpréter et assez peu précise.

    On recherche une silhouette cardiaque agrandie et une diminution de la transparence pulmonaire.

  • L'électrocardiogramme

    Anormal dans 90 % des cas lorsqu'on est en présence d'une insuffisance cardiaque.

    Il renseigne beaucoup sur les troubles du rythme, les séquelles d'infarctus, les troubles de la contraction.

  • L'échographie

    C'est l'examen clef du diagnostic, même si le grand âge la rend plus délicate à interpréter.

    Elle permet de déterminer le mécanisme de l'insuffisance cardiaque, les capacités de contraction, l'état des valves, etc.

Le traitement de l'insuffisance cardiaque du sujet âgé

Il est particulièrement délicat, puisqu'il faut le plus souvent associer plusieurs familles médicamenteuses (souvent 4 et plus), pour arriver à un équilibre précaire.

Sachant que la personne âgée devient extrêmement sensible aux effets indésirables, au surdosage, et que l'insuffisance cardiaque est rarement une pathologie isolée, les ordonnances s'allongent… et on risque très vite le cocktail explosif.

…De plus, les médicaments seuls ne suffisent pas à stabiliser la situation : régime peu salé, surveillance pondérale, maintien d'une activité physique adaptée...… Tout est nécessaire pour non pas empêcher, mais limiter le nombre de récidives.

Une bonne compréhension de cette maladie, une coopération étroite entre le médecin généraliste, le cardiologue, le patient et son entourage sont donc indispensables au maintien d'une activité cardiaque acceptable, gage de qualité de vie.