L'héroïne et les Français : deux mondes face à face

L'Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT), vient de publier une étude sur l'attitude des Français face aux héroïnomanes. Il ressort globalement que la discrimination est majoritaire en France et que seuls les jeunes la refusent.
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L'attitude des Français face aux héroïnomanes est essentielle à connaître pour aider à la définition d'une politique de prévention efficace. Elle aide aussi à comprendre le phénomène d'exclusion qui touche cette population en détresse.

Comme l'on pouvait si attendre, 3 cas de figure sont rencontrés: ceux qui demeurent indécis (43%), ceux qui perçoivent un danger ou sont favorable à une discrimination (45%) et ceux qui refusent la stigmatisation (12%). La majorité des Français ont ainsi un jugement plutôt sévère vis à vis des héroïnomanes: ils sont 55% à penser qu'ils manquent de volonté, que ce sont des malades (51%), qu'ils sont dangereux pour leur entourage (73%), qu'ils cherchent à entraîner les jeunes (66%), et qu'ils ne trouvent pas leur place dans la société (57%).

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Il est intéressant de constater que ces jugements sont peu influencés par le niveau de revenus, le sexe ou le type d'habitat. En revanche les avis les plus tranchés sont liés à l'âge, les jeunes (inférieurs à 35 ans) étant plus compréhensifs face à un phénomène qu'ils rencontrent plus souvent.

En terme de santé publique, le groupe qui refuse la stigmatisation des héroïnomanes est minoritaire (12%) et est globalement favorable à une politique de l'Etat plus tolérante: mise en vente libre des seringues, prescription de produits de substitution, libéralisation du cannabis. La politique de l'Etat est donc délicate face à une opinion qui rejette massivement le phénomène de drogue. Le mix entre répression et prévention est toujours au centre du débat.

Reste que pour aider les jeunes qui se trouvent entraînés dans cette spirale, il est indispensable qu'ils puissent bénéficier de l'écoute de leurs aînés et de leur entourage. Il existe donc un champ d'action important pour favoriser le dialogue qui doit être à la base de toute politique de prévention.

Publié par Dr Philippe Presles le Mercredi 02 Août 2000 : 02h00
Source : OFDT N°8 juin 2000