Grippe aviaire : jusqu'où ira-t-elle ?

Au 3 février, le bilan est alarmant : douze personnes sont mortes de la grippe aviaire en Asie (neuf au Vietnam, trois en Thaïlande) et 33 millions de poulets ont été abattus. Encore pire, les premiers cas de transmission humaine du virus de la grippe aviaire se seraient produits au Vietnam entre trois frère et sœurs aujourd'hui décédés.
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Les craintes concernant une possible contamination inter-humaine étant ravivée, l'OMS prie la communauté internationale de porter une attention toute particulière à cette épidémie qui pourrait prendre un tournant pandémique si le virus de la grippe aviaire (influenza A H5N1) venait à se combiner à celui de la grippe humaine (grippe commune influenza A H3N2). Dans ces conditions de projection catastrophique, puisque dix pays d'Asie sont déjà touchés, l'Australie pourrait être la prochaine victime avant de toucher probablement le monde entier (le nombre de victimes serait bien supérieur à celui provoqué par le SRAS).

Mais jusqu'à preuve du contraire, la grippe aviaire chez l'être humain ne se limite qu'aux personnes exposées par contact ou inhalation, aux fientes de volailles ou aux sécrétions de mucus des volailles ou des oiseaux. Ce qui explique la flambée épidémique en Asie, où la promiscuité homme/animal est forte.Soulignons qu'en Allemagne, la femme un temps soupçonnée d'avoir contracté la grippe aviaire lors d'un récent voyage en Thaïlande n'est en fait pas porteuse du germe mortel.

Quels sont les risques alimentaires ?

La baisse observée en France de la consommation de viande de poulet est un indicateur préoccupant de l'état de l'opinion. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) assure que le risque d'une contamination de l'homme par des viandes infectées doit être considérée comme faible, voire négligeable. A ce sujet, les propos de Philippe Vanier, directeur du laboratoire d'études et de recherches avicoles et porcines du Plougrangan en Côte-d'Armor, ont été récemment rapportés dans le Quotidien du médecin du 30 janvier : « le virus H5N1 se transmet en respirant dans les atmosphères contaminées. S'agissant de la viande d'un poulet infecté, elle est de toute manière visiblement atteinte avec des lésions hémorragiques. Quant bien même on la consommerait, les virus influenza aviaires ne résisteraient pas à une température de 60°C pendant cinq minutes. La cuisson détruit donc le virus. Et s'il existe des amateurs de tartare de poulet, là encore, pas de risque, car les virus seront détruits par le pH acide de l'estomac. Quant aux oeufs de poule, les résultats sont attendus, mais il n'y a aucune importation en France. »Quoi qu'il en soit, en critiquant le manque de transparence de la Thaïlande, la Commission européenne a décidé un embargo sur les volailles en provenance de ce pays, le seul à en exporter sur le marché européen.

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Quel vaccin ?

Les industriels du médicament déclarent avoir livré gratuitement en Asie 220.000 doses de vaccin anti-grippe contre la grippe commune humaine en réponse à l'aide demandée par l'OMS. Ce vaccin n'est pas efficace contre la grippe aviaire, mais pourrait éviter les co-infections grippe commune-grippe aviaire, susceptibles de favoriser une humanisation du virus.Pour l'instant, il n'existe donc pas de vaccin contre ce nouveau virus, mais les recherches sont en cours et devraient prendre plusieurs mois. En effet, la mise au point classique des vaccins anti-grippe passe par des cultures d'oeufs de poule. Or le virus H5N1 est particulièrement létal pour les embryons de poulet. Une nouvelle technique dite de génétique inverse doit donc être testée avant toute production vaccinale. Celle-ci consiste à fabriquer par génie génétique la souche semence directement en mettant bout à bout les gènes viraux les plus immunogènes. Toutefois, aucun vaccin mis au point avec cette technique n'a encore bénéficié de toutes les phases d'essai clinique humain. Parallèlement, cette technique bénéficie d'un brevet mondial déposé par une société américaine de biotechnologies, MedImmune, qui peut représenter un frein.

Publié par Rédaction E-sante.fr le Mercredi 04 Février 2004 : 01h00