EFT : ces tapotements peuvent-ils vraiment calmer nos anxiétés et nos phobies ?
À la fin des années 1970, le psychologue américain Roger Callahan raconte avoir aidé une patiente souffrant d’une phobie intense de l’eau en lui demandant de tapoter un point situé sous son œil. Cette histoire, devenue fondatrice dans le milieu de la psychologie énergétique, reste toutefois un récit clinique et non une preuve scientifique.
En 1995, l’ingénieur Gary Craig simplifie cette approche pour créer l’Emotional Freedom Technique, plus connue sous le sigle EFT. La méthode associe l’évocation d’une émotion, une phrase d’acceptation et le tapotement de plusieurs zones du visage et du haut du corps. Elle constitue aujourd’hui une technique accessible de gestion du stress, mais ses effets et ses limites doivent être correctement compris.
Que dit réellement la science sur l’EFT ?
Certaines études observent une diminution de l’anxiété, du stress ou des symptômes post-traumatiques après des séances d’EFT. Une revue systématique publiée en 2025 a analysé sept essais randomisés réunissant 506 participants. Tous les essais comparant l’EFT à l’absence d’intervention rapportaient une amélioration de l’anxiété.
Face à des méthodes actives comme la respiration, la relaxation musculaire ou la thérapie cognitivo-comportementale, les résultats étaient plus contrastés. Les auteurs considèrent l’EFT comme une approche complémentaire prometteuse, mais soulignent l’hétérogénéité des protocoles et plusieurs risques de biais. Ils demandent donc des essais indépendants de meilleure qualité avant de tirer des conclusions définitives. Étude référencée sur PubMed
Une étude menée en 2020 par la chercheuse Peta Stapleton auprès de 53 participants a également relevé une baisse moyenne de 43,24 % du cortisol salivaire après une séance collective d’une heure. La diminution atteignait 19,67 % dans le groupe bénéficiant d’une séance de psychoéducation.
Ces chiffres doivent néanmoins être replacés dans leur contexte. L’échantillon était réduit et la baisse du cortisol ne s’accompagnait pas d’une amélioration aussi nette de la détresse psychologique déclarée par les participants. Une seule étude ne permet donc pas d’affirmer que l’EFT fait systématiquement chuter le stress de 43 %. Essai clinique sur PubMed
Comment ces tapotements pourraient-ils agir ?
Les partisans de l’EFT estiment que la stimulation de points inspirés de l’acupuncture envoie un signal apaisant au système nerveux. L’hypothèse d’une action directe et spécifique sur l’amygdale cérébrale reste cependant discutée.
La méthode associe plusieurs composantes déjà utilisées en psychologie : porter son attention sur une peur, mettre des mots sur son ressenti, répéter une phrase d’acceptation et effectuer un geste rythmique. Cette combinaison peut favoriser l’ancrage dans le présent et diminuer momentanément l’activation émotionnelle.
Il demeure difficile de déterminer quelle part de l’effet provient précisément du tapotement des points d’acupuncture, de l’exposition progressive à la peur, de la respiration ou de l’attention portée par le thérapeute.
Les quatre étapes d’une ronde d’EFT
L’exercice peut être testé comme une méthode de détente lorsque l’émotion reste modérée. Installez-vous dans un environnement calme et procédez sans rechercher de résultat immédiat.
- Identifier l’émotion : décrivez précisément votre ressenti, par exemple : « Ma gorge se serre lorsque je dois parler en public. » Évaluez son intensité entre 0 et 10.
- Formuler une phrase de préparation : tapotez doucement le tranchant de votre main en répétant : « Même si je ressens cette peur, j’accepte ce que je ressens maintenant. » Cette phrase vise à reconnaître l’émotion, sans prétendre la faire disparaître de force.
- Effectuer la ronde : tapotez doucement chaque zone entre cinq et dix fois : sommet du crâne, début du sourcil, coin externe de l’œil, sous l’œil, sous le nez, menton, clavicule et sous le bras. Conservez une respiration naturelle.
- Réévaluer le ressenti : faites une pause, respirez normalement et notez à nouveau l’intensité de l’émotion. Vous pouvez recommencer si l’exercice reste confortable, sans chercher obligatoirement à atteindre zéro.
Les tapotements ne doivent provoquer ni douleur ni irritation. Évitez toute pression forte sur les yeux, une zone lésée ou une peau récemment opérée.
Peut-on utiliser l’EFT pendant une crise de panique ?
L’EFT peut servir de technique d’ancrage lorsque les premiers signes d’angoisse apparaissent. Le rythme répétitif et la concentration sur les sensations peuvent aider certaines personnes à retrouver un sentiment de contrôle lorsque la crise survient.
Elle ne garantit cependant pas l’arrêt d’une crise de panique et ne doit pas remplacer une prise en charge médicale. Si l’immersion dans l’émotion augmente la peur, interrompez immédiatement l’exercice et revenez à une respiration naturelle.
Une douleur thoracique inhabituelle, une perte de connaissance, une difficulté respiratoire majeure ou des symptômes jamais ressentis auparavant imposent de contacter le 15 ou le 112. Il est important de ne pas attribuer automatiquement ces manifestations à l’anxiété.
Une approche complémentaire, pas un traitement universel
Les études consacrées au trouble de stress post-traumatique rapportent des résultats encourageants, mais l’EFT ne figure pas parmi les traitements de première intention recommandés à la place des psychothérapies validées. Les autorités britanniques NICE estiment notamment que des recherches supplémentaires sont nécessaires.
La prudence s’impose également face aux traumatismes sévères. Faire remonter seul un souvenir douloureux peut intensifier la détresse ou provoquer une dissociation. Dans ce contexte, la technique doit être encadrée par un professionnel de santé mentale formé au psychotraumatisme.
Enfin, les données disponibles ne permettent pas de présenter l’EFT comme un traitement démontré de la douleur chronique. Elle peut éventuellement compléter une stratégie médicale globale, mais ne doit jamais conduire à arrêter un traitement prescrit ou à retarder une consultation.