Docteurs juniors : qui sont ces nouveaux médecins que vous pouvez désormais consulter ?
Votre cabinet vous propose un rendez-vous avec un « docteur junior ». Faut-il comprendre que vous allez rencontrer un étudiant débutant ? Certainement pas. Ce professionnel arrive au terme d’un long parcours de formation et peut déjà prendre en charge de nombreuses situations médicales.
Son arrivée s’inscrit dans la réforme des études de médecine générale, mais aussi dans la recherche de solutions face aux déserts médicaux. L’objectif : consolider ses compétences tout en renforçant l’offre de consultations là où les besoins sont importants.
« Junior » ne signifie pas débutant
Le docteur junior de médecine générale entre dans sa dixième année d’études, qui correspond désormais à la quatrième année d’internat. Avant cela, il a déjà effectué plusieurs stages, à l’hôpital comme en médecine de ville, et appris à examiner, diagnostiquer et suivre des patients.
Cette année supplémentaire, instaurée par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023, constitue une phase de consolidation. Le statut existait déjà dans d’autres spécialités : c’est son application à la médecine générale qui est nouvelle.
En principe, la thèse d’exercice doit avoir été soutenue avant cette étape. Une dérogation peut néanmoins permettre aux premières promotions de la soutenir pendant l’année, dans les conditions prévues par les textes. Le docteur junior reste rattaché à un CHU, qui assure notamment sa rémunération. Ces modalités sont précisées dans l’instruction ministérielle du 21 mai 2026.
Peut-il vraiment vous examiner et vous prescrire un traitement ?
Oui. Le docteur junior conduit des consultations, prend des décisions diagnostiques et thérapeutiques et participe au suivi des patients. Il peut notamment prescrire des médicaments, demander des examens complémentaires et établir des arrêts de travail lorsque la situation médicale le justifie.
Il exerce toutefois en autonomie supervisée. Cela signifie qu’il peut vous recevoir seul, tout en bénéficiant de l’encadrement d’un médecin généraliste maître de stage. Un référent doit pouvoir être joint pour discuter d’une situation ou apporter un avis. Cette organisation est notamment détaillée par la coordination du DES de médecine générale d’Île-de-France.
L’idée n’est donc pas de laisser un jeune praticien gérer seul toutes les difficultés. Son autonomie progresse avec ses compétences, et les échanges avec son superviseur font partie de la formation.
Sa semaine ne se limite d’ailleurs pas aux consultations : elle comprend aussi du temps consacré aux enseignements et à l’approfondissement de ses connaissances. Certaines activités peuvent se dérouler dans d’autres structures, selon son projet pédagogique.
Un renfort attendu, mais pas uniquement dans les campagnes
Dans son annonce du 14 octobre 2026, le ministère de la Santé prévoyait plus de 3 000 docteurs juniors de médecine générale pour l’année 2026-2027, dont 80 % dans des territoires rencontrant des difficultés d’accès aux soins.
Attention à la nuance : ce chiffre ne concerne pas uniquement les zones d’intervention prioritaire, dites ZIP. Il englobe également les zones d’action complémentaire et les quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Les difficultés pour consulter ne se résument donc pas aux communes rurales isolées. Certains territoires urbains sont eux aussi concernés.
À plus long terme, cette immersion doit également donner envie aux jeunes médecins de s’installer dans les territoires qui les accueillent. Il s’agit toutefois d’un objectif, pas d’une garantie d’installation définitive.
La consultation coûte-t-elle plus cher ?
Le statut de docteur junior ne justifie aucun supplément. Les consultations réalisées dans le cadre de son stage sont facturées aux tarifs opposables, sans dépassement d’honoraires. Un point utile à connaître lorsque l’on cherche à limiter son reste à charge chez le médecin.
Le tiers payant est obligatoire sur la part prise en charge par l’Assurance maladie. Vous n’avez donc pas à avancer cette part.
Cela ne signifie pas que la consultation est automatiquement gratuite. Le ticket modérateur peut rester à régler ou être couvert par votre complémentaire santé. La participation forfaitaire reste également applicable aux personnes qui n’en sont pas exonérées. L’Assurance maladie rappelle cette distinction dans ses explications sur le tiers payant.
Peut-il devenir votre médecin traitant ?
Pendant cette phase de formation, le docteur junior ne peut pas être déclaré comme votre médecin traitant. Il peut néanmoins participer à votre suivi au sein du cabinet.
Le ministère précise par ailleurs que consulter un docteur junior ne doit pas entraîner de pénalisation liée au parcours de soins. Cette règle particulière est à distinguer des conditions habituelles pour consulter sans passer par son médecin traitant.
Avant le rendez-vous, vous pouvez simplement demander au secrétariat qui vous recevra et comment le suivi sera organisé. Apportez vos ordonnances en cours, vos derniers résultats utiles et signalez vos antécédents importants.
L’essentiel reste le même : savoir à qui adresser vos questions, qui prendra connaissance des examens prescrits et comment recontacter le cabinet si votre état évolue.
Sources
- Ministère de la Santé, Internat de médecine générale : tout savoir sur la quatrième année.
- Ministère de la Santé, Démographie des professionnels de santé et déploiement des docteurs juniors, 14 octobre 2026.
- DGOS et DGESIP, Instruction du 21 mai 2026 sur la quatrième année de médecine générale.
- DES de médecine générale d’Île-de-France, Phase de consolidation.
- Assurance maladie, Le tiers payant.