Deuil d’un nouveau-né, comment le surmonter ?

Perdre son petit enfant est un événement terrible. Tellement terrible qu’il semble impossible de s’en remettre. Et il est vrai qu’après cela, rien ne sera plus jamais comme avant. Pourtant, la vie doit continuer et il faut savoir que notre esprit, tout comme notre corps possède des capacités de réparation émotionnelles. Alors comment activer ces capacités pour que le tunnel inévitable ne soit pas sans fin ?

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Faire son deuil, est-ce que c’est vraiment possible ?

Tout dépend ce que l’on entend par « Faire son deuil ». Bien des personnes vous diront qu’il est impossible de faire son deuil, car on ne peut pas oublier un enfant décédé. Et d’ailleurs quand bien même se serait possible, on ne veut surtout pas l’oublier. Et ils ont raison. Une déchirure s’est produite dans l’existence et l’on vit ensuite avec. A jamais.

Faire son deuil, si tant est que cela soit possible, ce n’est donc pas oublier, c’est apprendre à vivre avec. Et pouvoir vivre sa vie malgré la mort de cet enfant. Ainsi Alice explique qu’un beau jour, elle s’est sentie heureuse de voir la pluie tomber. « C’est un sentiment que j’avais oublié depuis la mort de mon fils de 3 jours. Me sentir heureuse. » Et j’ai su que j’avais passé un cap. Même si je ne l’oublierai jamais.

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Accepter ce que l’on ressent lors du deuil de son enfantLa mort d’un enfant est un traumatisme pour son entourage et bien sûr en particulier pour ses parents. Ils passent par des sentiments violents d’abattement, de colère, de culpabilité, de désespoir, de jalousie envers d’autres parents, de rancœur envers l’entourage… Il ne faut pas chercher à repousser ces émotions, mais les accueillir, les accepter. Quand on les repousse, en tentant par exemple de faire croire que tout va bien malgré tout, ces émotions forment des abcès qui auront besoin d’être crevés un jour ou l’autre. Alors, autant laisser sortir les émotions, car leur rôle est de drainer la peine. Et le plus tôt est le mieux.Accepter qu’il faille du temps à surmonter le deuil de son enfantUne plaie très profonde ne peut cicatriser en un jour. Le traumatisme d’un deuil est une plaie psychique. Notre psychisme cicatrise, et pour cela, il a besoin de temps. Il restera forcément une cicatrice. Autrefois, un deuil durait un an, pendant lequel on portait des vêtements noirs de deuil. C’était un signe très soutenant pour beaucoup de personnes endeuillées, car il rappelait à l’entourage ce que ces personnes vivaient, même sans avoir besoin d’en parler. Même si la tenue de deuil ne se fait plus, ce temps de deuil, lui est toujours nécessaire. Attention, même s’il faut du temps, la cicatrisation n’a rien de linéaire. Après le deuil d’un enfant, on ne peut pas dire que tout va de mieux en mieux petit à petit. Un moment de grâce où la vie est là et où le sourire revient peut surgir, mais une vague de tristesse violente peut revenir. La souffrance est comme les vagues et non comme une force mécanique qui s’épuiserait progressivement et régulièrement.Ne pas alimenter les émotions négatives pendant que l’on traverse la période du deuilDans les périodes suivant un traumatisme, les pensées, les émotions douloureuses vous assaillent. Elles sont normales et elles doivent être respectées, et non alimentées. Cela signifie, autant que c’est possible (et c’est impossible au début), qu’il faut s’entraîner à détourner les pensées des ruminations néfastes. Ne pas alimenter la culpabilité, la colère, la jalousie, la tristesse, mais chercher à ouvrir son cœur. Quand on a perdu un enfant, si l’on est triste, c’est que l’on porte un poids terrible, celui de l’amour que l’on ne peut plus donner à cet enfant. Et le poids de cet amour est écrasant. Ce serait dommage de le transformer en négatif, il vaut mieux l’accueillir. Réaliser que si l’on souffre c’est que l’on est un être aimant. Et choisir de rester un être aimant. Se faire aider à faire son deuil, c’est importantClaudine a perdu un enfant il y a 7 ans. C’est seulement maintenant qu’elle se rend à des réunions de parents ayant vécu la même situation. « C’est seulement là que j’ai senti que j’étais comprise. Je me suis sentie accueillie. Enfin, je ne me sentais plus anormale. Tout ce que j’ai ressenti, nous le partagions. C’est dommage que je ne les aie pas connus plus tôt, cela m’aurait beaucoup aidé à ne pas faire une dépression si profonde… » Il existe aussi des forums sur Internet pouvant être source d’une aide et d’un partage importants. Si Claudine s’est rendue à cette réunion, c’est qu’elle a consulté un psy, Christophe Fauré, après avoir lu son livre « Vivre le deuil au jour le jour »… Un soutien psychologique peut se révéler précieux, non parce qu’un deuil déclenche une maladie mentale, mais parce qu’il entraîne une souffrance terrible. Et le travail des psys est de soulager la souffrance. En couple parvenir à rester indulgent pour l’autreChacun ressentant différemment ses émotions et s’exprimant aussi différemment, un deuil peut rapprocher… ou éloigner les deux parents. On peut avoir l’impression que l’on souffre davantage parce que l’autre parle moins par exemple. C’est dommage, car chacun réagit comme il le peut. Et puis, la sexualité est souvent très atteinte lors du deuil d’un enfant. C’est parfois comme si l’élan sexuel s’éteignait. Comme si notre corps se disait : « A quoi bon faire l’amour si c’est pour faire un enfant et que cela se termine ainsi ? » Alors, il faut de la patience et parfois ici aussi l’aide d’un psy pour avancer.Penser aux autres enfants qui traversent le deuil avec vousOn peut se sentir très seul dans sa souffrance, même en couple, même en famille. Il est important de chercher à rester ouvert aux autres, sa femme ou son mari, ses enfants. Car eux aussi souffrent. Et les enfants ne savent pas toujours comment réagir. Ils ont besoin de davantage d’aide encore, car ils ne sont pas mâtures. Il ne faut surtout jamais hésiter à les emmener voir un psy… à condition que le lien s’établisse.Mettre en place des rituels

Une prière du soir avant de dormir pour adresser quelques mots à cet enfant qui est parti. Allumer une bougie à date fixe. Parler de ce tout petit chaque jour de Noël, juste pour demander une minute et penser à lui. Planter un arbre. Faire un don à une œuvre humanitaire pour lui. Ou un tout autre rituel. Il s’agit de savoir qu’il a sa place dans notre histoire et que personne ne pourra la lui enlever. Pour cela il est aussi possible d’avoir une photo, un objet qui rappelle son existence, qui montre qu’il reste présent pour toujours dans notre cœur.

Que dire à quelqu’un qui a perdu un enfant ?

Il n’existe aucune parole magique. Le plus important est de dire simplement la vérité, par exemple : « Ce que tu viens de vivre, c’est horrible. Je ne sais pas si je peux faire quelque chose pour toi. Mais sache que si tu as besoin de moi, à tout moment, je serai là pour toi… »

Faire savoir que vous êtes disponible est la meilleure chose que vous pouvez offrir.

Et vous pouvez lire notre article sur la méthode Elfe qui permet de trouver que dire à une personne venant de vivre un traumatisme quel qu’il soit : Soutenir quelqu'un en 10 minutes !

A lire :

- Vivre le deuil au jour le jour. Christophe Fauré. Le livre d’un psy sur le deuil.

- Comment te dire d’Edwige Planchin et Anne Cresci (Fleur de ville)

- Un petit frère pour toujours de Marie-Hélène Delval (Bayard)

Mots-clés : Deuil, Enfant, Famille, Grossesse
Publié le 08 Octobre 2015 | Mis à jour le 08 Octobre 2015
Auteur(s) : Dr Catherine Solano