La dépression abîme le cerveau

Publié par Dr Philippe Presles le Lundi 17 Novembre 2014 : 11h30
Mis à jour le Lundi 17 Novembre 2014 : 13h11
© Istock

Les épisodes dépressifs majeurs peuvent porter atteinte aux performances du cerveau et s’avérer neurotoxiques. À la longue un véritable ralentissement peut être observé constituant un handicap pour retourner à une vie normale. Cette atteinte du cerveau pourrait aussi contribuer à expliquer le risque de rechute très élevé après un épisode dépressif majeur. D’où l’importance de bien se soigner et de tout faire pour prévenir les rechutes.

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La dépression n’est pas une maladie psychique banale et ses conséquences peuvent être importantes. La première est qu’elle peut participer à la mise en place d’une fragilité psychique responsable de rechutes. À la longue, ces rechutes peuvent entraîner un véritable ralentissement du fonctionnement du cerveau, ce qui est très préjudiciable pour ceux qui en sont victimes. C’est ainsi qu’il a été observé que les personnes ayant déjà eu plusieurs épisodes de dépression semblent être anormalement lentes pour exécuter des tâches cognitives banales, nécessitant attention, concentration et rapidité. Mais si cette notion était connue, elle n’avait pas fait l’objet d’une véritable confirmation scientifique. C’est maintenant chose faite depuis la publication des derniers travaux de l’Inserm sur le sujet.

Un ralentissement aux tests cognitifs

Dans cette étude, les chercheurs du Centre de psychiatrie et neurosciences du Centre Hospitalier Sainte-Anne (Paris) ont recruté 2048 patients ayant déjà présenté des épisodes dépressifs majeurs. Ils leur ont fait faire des tests cognitifs, dont le "trail making test" (TMT). Ce test consiste à relier le plus rapidement possible des cercles numérotés et placés dans le désordre sur une feuille. Ce test était réalisé en cours de dépression et 6 à 8 semaines après, une fois qu’une rémission complète avait été obtenue (suite à un traitement antidépresseur par Agomélatine). Alors qu’après une première dépression, la réalisation de ce test prenait 35 secondes en moyenne, ce temps était plus que doublé après 2 épisodes ou davantage. Ce constat d’un ralentissement du fonctionnement cérébral était fait même chez les sujets rétablis après plusieurs épisodes dépressifs. Autrement dit, la dépression pourrait laisser des séquelles au niveau cérébral.

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Bien prévenir la rechute dans la prise en charge de la dépression

Ces travaux confirment l’importance de bien traiter tous les épisodes dépressifs majeurs survenant dans la vie d’un patient. Ils confirment aussi qu’il est tout aussi essentiel de tout faire pour prévenir les rechutes. Et dans ce but, il convient de ne rien négliger. Sachant que le mécanisme intellectuel qui caractérise la dépression est la rumination, ou répétition en boucle des mêmes problématiques, il s’agit d’entraîner le patient à s’en prémunir. Trois méthodes ont fait la preuve de leur efficacité dans ce but :

  • La pratique d’une activité sportive régulière, qui a l’avantage d’éliminer les ruminations directement. D’une manière générale, la pratique du sport est efficace pour réduire toute surcharge mentale et de ce fait prévenir tant le stress que la dépression.
  • La remédiation cognitive qui est effectuée par des psychologues ou psychiatres formés aux thérapies comportementales et cognitives. L’objectif est d’entraîner le patient à repérer les pensées « toxiques » qui le font souffrir, et à les remplacer par des pensées positives.
  • La pratique de la méditation enfin, qui constitue aujourd’hui la base des thérapies cognitives dites de 3ème vague. Il a en effet été montré que cette pratique régulière avait un effet très positif sur le fonctionnement du cerveau.

Source : Gorwood P et al. Psychomotor retardation is a scar of past depressive episodes, revealed by simple cognitive tests. Eur Neuropsychopharmacol. 2014 Oct;24(10):1630-40. PMID: 25129432

Publié par Dr Philippe Presles le Lundi 17 Novembre 2014 : 11h30
Mis à jour le Lundi 17 Novembre 2014 : 13h11
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