Dépendre du désir des autres

Publié le 11 Décembre 2006 à 1h00 par Dr Catherine Solano
Le plus important dans la vie est de se sentir aimé, apprécié, de sentir que l'on compte pour quelqu'un. Quand on n'est pas dans ce cas, quand on pense : « personne ne m'aime », l'envie de vivre disparaît. Et l'on peut même avoir des idées suicidaires.
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Amour extérieur et reconnaissance

Le problème, c'est que certains d'entre nous dépendent tellement de cet amour extérieur, de cette appréciation, de cette reconnaissance, qu'ils la recherchent à tout moment. Ils vont alors agir systématiquement, en tous domaines et en toutes circonstances, pour être aimé et apprécié. Le résultat, c'est qu'ils vont toujours chercher à répondre aux désirs des autres. Dans leur tête, tout se passe comme s'ils se demandaient « comment dois-je être, comment dois-je me comporter pour que l'on m'apprécie ? ». La nourriture affective est si importante pour eux qu'ils la recherchent en permanence.

L'avantage de ce comportement est que cela vous met à l'écoute des autres, que cela développe une empathie et une écoute extraordinaires. C'est donc une merveilleuse qualité et ces personnes réussissent parfaitement à se faire aimer.

Une nourriture affective

Pourtant, il existe un grave problème. À force d'écouter le désir des autres, à force d'y répondre, de le mettre en avant comme le principal élément qui donne une direction à votre vie, vous pouvez finir par en oublier votre désir à vous.

Juliane est ainsi restée célibataire parce que sa mère voulait garder sa fille près d'elle. Elle se met systématiquement au service de ses frères et soeurs, puisqu'elle est « si gentille, si serviable » et toujours disponible. Juliane a fini par oublier, qu'elle aussi avait des désirs. Et elle a oublié de vivre sa vie de femme. Elle n'a jamais eu d'amoureux ni de projet de départ.

Tout le monde ne se laisse pas entraîner aussi loin que Juliane. Cependant, il faut parfois aller relativement loin pour finir par réagir et réaliser que ce comportement est pathologique.

Quand le piège se referme

Seulement, les désirs personnels ne se font, heureusement, pas oublier si facilement. Si vous dépendez trop du désir des autres, un beau jour, vous vous apercevez que vous êtes en colère contre toutes ces personnes qui vous en demandent tant, et c'est une colère énorme qui vous semble démesurée. C'est simplement un appel au secours de vos désirs qui cherchent à se faire entendre. Vous pouvez ainsi vous fâcher contre votre entourage. Pourtant, la réalité, c'est que s'ils vous demandent beaucoup, c'est parce que vous répondez toujours présent et non parce qu'ils sont réellement esclavagistes ou méprisants de vos désirs à vous. Dans le fond, c'est vous qui vous êtes mis dans cette situation.

Deux réactions sont donc à encourager. La première, de toute évidence, est de se traiter aussi bien que l'on traite les autres. Commencer à écouter son désir à soi. Ce n'est pas facile, car quand vous avez braqué vos écouteurs de désirs vers le monde extérieur, changer leur orientation vers votre intériorité ne se fait pas en un coup de baguette magique. Pourtant, lorsque vous avez pris conscience que vous restez sourd à ces désirs, il suffit de prendre le temps de les écouter. Et cela se fait progressivement.

La deuxième réaction est bien sûr d'affirmer vos désirs. Parfois, c'est facile, particulièrement quand ils n'entrent pas en conflit avec ceux des autres. C'est déjà un pas important que de se faire plaisir à soi. Mais la vraie libération vient quand vous devenez capable d'écouter vos désirs, ceux des autres, puis de décider, cette fois, que votre désir à vous est prioritaire.

C'est ce que Juliane a fini par faire en partant seule en vacances à un moment où sa famille voulait lui faire garder des enfants, puis en prenant seule un appartement à distance de sa mère pour vivre sa vie. À 38 ans, il était temps !