La dénutrition, une cause d'infections nosocomiales

Publié le 10 Mai 2005 à 2h00 par Rédaction E-sante.fr
En France, 600.000 personnes hospitalisées sont victimes d'une infection nosocomiale. Parallèlement, 30 à 50% des patients hospitalisés ou institutionnalisés présentent une dénutrition. Quel rapport entre ces deux constatations ? La dénutrition est un facteur de risque de la survenue d'infections nosocomiales. Selon une étude française, un patient dénutri a cinq fois plus de risque de contracter une maladie nosocomiale. Interview du Pr Xavier Hébuterne*, coordinateur de cette étude.
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e-sante : Quelle est la relation entre dénutrition et infections nosocomiales ?

Pr Xavier Hébuterne : Dans cette étude (1), réalisée au cours de la journée nationale de dépistage des infections nosocomiales, nous avons montré que le risque relatif de développer une infection nosocomiale était multiplié par cinq chez les malades présentant une dénutrition sévère. Autrement dit, un malade dénutri à qui on a placé un cathéter, a cinq fois plus de risques de faire une infection au niveau de ce cathéter, qu'un autre malade dans le même service mais non dénutri.D'autres travaux ont suggéré la même chose, en montrant par exemple une augmentation de la durée d'hospitalisation, de la consommation d'antibiotiques ou des infections post-opératoires chez les patients dénutris. L'originalité de notre étude vient du fait qu'elle a porté pour la première fois sur une population tout-venant, non sélectionnée et hospitalisée un jour donné dans un centre hospitalier (CHU).

e-sante : Comment déterminer le risque nutritionnel du patient ?

Pr Xavier Hébuterne : L'état nutritionnel d'un malade est simple à déterminer. On peut facilement l'évaluer à partir de la perte de poids et du taux d'albumine (protéine sanguine). Il existe beaucoup de marqueurs de l'état nutritionnel. Mais, le principe est avant tout de connaître le poids actuel et le poids habituel, afin de calculer la perte de poids. Celle-ci est significative si elle est supérieure à 2% en une semaine, 5% en un mois et 10% en six mois. Ensuite, il faut calculer l'indice de masse corporelle (IMC = poids / taille au carré). Ces données, associées à un marqueur biologique comme l'albumine et/ou la transthyrétine, permettent d'obtenir une bonne évaluation de l'état nutritionnel. Quant au risque nutritionnel, il est évalué en fonction de l'âge, de la pathologie et de la consommation alimentaire.

e-sante : Quel programme peut-on proposer ?

Pr Xavier Hébuterne : Il faudrait un dépistage systématique et simple de tout malade hospitalisé. On vient de le voir, le poids et l'albumine peuvent suffire. En fonction de cet état nutritionnel de départ, une stratégie peut être mise en place grâce aux diététiciennes. L'important, c'est donc d'y penser ! Mais à l'heure de la réforme de la tarification à l'activité dans les hôpitaux et les cliniques (T2A), une autre dimension importante est à souligner : la dénutrition a un coût. En effet, elle augmente le coût des soins et donc le remboursement, d'où l'intérêt de pouvoir la coter. Cet argument devrait sensibiliser nos directeurs d'hôpitaux. Nous pensons que des Unités transversales de nutrition devraient voir le jour, afin de s'occuper de manière transversale de la dénutrition des malades dans toutes les unités d'un gros hôpital, mais aussi dans celles des hôpitaux voisins plus petits. C'est précisément le thème d'un des symposiums du congrès de nutrition clinique qui aura lieu à Bordeaux début décembre 2005.

e-sante : A quel moment faut-il initier ce dépistage ?

Pr Xavier Hébuterne : Dès les urgences, avec une réévaluation une fois par semaine, couplée à une évaluation des aliments ingérés. Pour cela, il existe des méthodes simples qui consistent à dire, pour chaque plat, si le malade a consommé 0, 1/4, 1/2, 3/4 ou tout ce qu'il y avait dans son assiette. On peut ainsi prédire les apports énergétiques et protéiques avec une précision de 10%, ce qui est largement suffisant.

* Pr Xavier Hébuterne, chef de service, coordonnateur, Fédération d'hépato-gastroentérologie et de nutrition clinique, Hôpital de l'Archet 2.

(1) Schneider S.M. et coll., « Malnutrition is an independent factor associated with nosocomial infections », British Journal of Nutrition, 92 : 105-111, 2004.

Source : Schneider S.M. et coll., " Malnutrition is an independent factor associated with nosocomial infections ", British Journal of Nutrition, 92 : 105-111, 2004.