Découverte d’un médicament pouvant soigner le syndrome de Cloves

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Jeudi 14 Juin 2018 : 12h02

Des médecins français ont découvert un traitement capable de cibler les symptômes du syndrome de Cloves. Cette maladie génétique rare provoque des malformations parfois sévères pouvant être mortelles.

© AFP
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Leurs corps étaient déformés, mis au supplice par des excroissances composées de vaisseaux sanguins, de tissus graisseux, parfois même de muscles. En cause, le syndrome de Cloves, une maladie génétique rare dont la cause n'a été découverte qu'en 2012. Et aucun espoir de traitement.

Mais ce 13 juin, une équipe française se fait la voix de l'espoir pour les quelques milliers de patients atteints de ce syndrome. Des médecins de l'hôpital Necker-Enfants-Malades (Paris, AP-HP) ont trouvé un premier traitement efficace contre les nombreux symptômes de la maladie.

Des excroissances dangereuses

Le médicament était, à l'origine, développé à des fins oncologiques, explique l'étude publiée dans Nature. Car le syndrome de Cloves présente un point commun avec certains cancers : le même gène subit des mutations (PIK3CA).

Dans le premier cas, cela se traduit par le développement anarchique de multiples cellules – vasculaires, adipeuses, osseuses, musculaires… – provoquant des déformations parfois sévères.

Le syndrome de Cloves est la manifestation la plus sévère de la mutation qui se produit sur PIK3CA, mais des syndromes apparentés existent. Selon l'ampleur du trouble, les patients peuvent présenter des doigts anormalement longs, une scoliose mais aussi des déformations sur certains organes.

Lorsqu'elles sont situées sur le torse, les excroissances vasculaires ou adipeuses peuvent s'avérer particulièrement dangereuses. C'est le cas des deux premiers patients à avoir bénéficié du traitement expérimental, BYL719.

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Une amélioration rapide

L'un souffrait de paralysie à cause d'une compression de sa moelle épinière et avait développé une insuffisance cardiaque provoquée par une pression excessive sur son cœur. La seconde souffrait aussi de malformations vasculaires qui affectaient sa santé rénale et digestive.

En inhibant la protéine exprimée par la mutation génétique, BYL719 est censé mettre fin à cette prolifération cellulaire anarchique. Ce que les médecins ont rapidement observé chez les 19 patients qui ont pris part à l'essai clinique.

La fatigue extrême est le premier symptôme à s'être amélioré. Progressivement, les membres déformés ont repris un volume normal, tout comme les muscles et les vaisseaux sanguins. Les tumeurs vasculaires ont disparu. Le tout sans menacer la croissance des enfants.

Grâce à ces améliorations, la plupart des patients ont pu cesser de prendre les antalgiques qui leur étaient nécessaires – de la morphine la plupart du temps. Les plus jeunes sont même retournés à l'école.

© Service de presse

Un comprimé par jour

"Ce traitement va changer l'avenir des patients qui souffrent de syndromes associés à une mutation sur PIK3CA, se félicite dans un communiqué le Dr Guillaume Canaud, qui a coordonné les recherches. Ce médicament a fourni des résultats qui dépassent de loin nos attentes, en faisant régresser des malformations qui existaient depuis plusieurs années."

Les bénéfices ne sont pas seulement médicaux : les symptômes provoqués par le syndrome avaient aussi de lourdes répercussions sur la vie sociale des patients et sur leur qualité de vie.

A raison d'un seul comprimé par jour, le traitement s'avère peu contraignant. Une amélioration majeure quand on sait que, jusqu'ici, seules des chirurgies mutilantes et des interventions consistant à "asphyxier" les excroissances, étaient proposées.

Après 18 mois d'essai clinique, les effets secondaires restent assez modérés. Un patient a développé un diabète, contrôlé par un régime alimentaire strict. Quelques aphtes se sont également développés.

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