Comment faire croire à une cellule cancéreuse qu’elle meurt de chaud, et la tuer ?

© Istock

Une équipe parisienne est parvenue à augmenter la sensibilité à la chaleur de cellules de cancer du côlon, et ainsi à améliorer l’effet de la radiofréquence, une technique qui permet de détruire les cellules tumorales sous l’effet de la chaleur.

PUB

Brûler les cellules tumorales pour les détruire

La radiofréquence est une technique utilisée en alternative à la chirurgie, notamment pour détruire des métastases de cancers du côlon logées dans le foie. Le principe est d’exposer ces tumeurs à un courant alternatif de haute fréquence qui génère une chaleur importante, suffisante pour détruire les cellules tumorales. Le courant est appliqué grâce à une aiguille, au cœur de la tumeur. Lorsque le volume de la tumeur est important, la chaleur réduit en se diffusant et elle n’est plus suffisante pour « brûler » les cellules situées à la périphérie.

Comment faire, alors, pour que la chaleur modérée devienne fatale à toutes les cellules cancéreuses ?

Les molécules Dbait potentialisent l’effet de la chaleur

Si elle ne permet pas de les brûler, cette chaleur n’est pas pour autant sans effet : des expériences ont montré qu’elle induisait dans les cellules le blocage d’un des deux mécanismes de réparation de l’ADN. Les chercheurs de l’Institut Curie (Paris) se sont alors tournés vers les molécules « Dbait », capables de bloquer l’autre mécanisme de réparation de l’ADN existant dans les cellules.

PUB
PUB

Utilisées conjointement dans un modèle préclinique, radiofréquence et molécules Dbait ont fait régresser des tumeurs, alors même que chacun des deux traitements dispensé isolément était presque sans effet. De plus les chercheurs ont observé de nombreuses anomalies dans le matériel génétique des cellules situées dans la périphérie de la tumeur, preuve que les mécanismes de réparation de l’ADN étaient bien inhibés.

Les molécules Dbait sont de courts fragments d’ADN qui accaparent le système de réparation en se faisant passer pour des fragments d’ADN à réparer. Lorsque de réelles anomalies surviennent dans l’ADN de la cellule, le système est déjà saturé par les Dbait. Les deux systèmes de réparation étant bloqués, l’ADN détérioré s’accumule dans les cellules… Face à ce constat d’échec, les cellules cancéreuses entrent dans une voie sans issue, de destruction, alors même que la température à laquelle elles ont été exposées n’aurait causé que de légers dommages.

Déjà en phase d’essai clinique précoce, associées à un protocole de radiothérapie, les molécules Dbait montrent des résultats très encourageants auprès des 20 patients atteints de mélanomes métastatiques résistant à la chimiothérapie. Les chercheurs espèrent ouvrir rapidement des essais cliniques pour évaluer cette nouvelle association radiofréquence/Dbait, afin d’offrir une alternative efficace à la chirurgie.

Publié par La Fondation ARC le Lundi 30 Juin 2014 : 09h00
Mis à jour le Lundi 30 Juin 2014 : 09h38
Source : Fondation ARC - Devun et al ; The DNA Repair Inhibitor Dbait increases sensitivity to hyperthermia and improves efficacy of radiofrequency ablation ; Radiology ; mars 2014.
PUB
PUB

Contenus sponsorisés