Ce médicament qu’on prend tous régulièrement serait interdit à la vente s’il sortait aujourd’hui, affirme ce toxicologue réputé
Omniprésent dans les armoires à pharmacie, le paracétamol paraît souvent plus anodin qu’il ne l’est réellement. Disponible sans ordonnance, il constitue pourtant la première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse en France. Ce constat concerne avant tout les surdosages et ne remet pas en cause son utilisation ponctuelle aux doses recommandées.
Comment le paracétamol peut-il endommager le foie ?
À dose normale, la majeure partie du paracétamol est transformée par le foie puis éliminée. Une petite fraction produit toutefois un métabolite réactif appelé NAPQI. Celui-ci est normalement neutralisé par le glutathion, une substance protectrice naturellement présente dans l’organisme.
En cas de dose excessive ou de prises cumulées trop rapprochées, les réserves de glutathion s’épuisent. Le NAPQI s’accumule alors et détruit progressivement les cellules hépatiques. L’intoxication peut évoluer vers une insuffisance aiguë du foie nécessitant une transplantation.
Le danger tient également au caractère trompeur des premières heures : une personne intoxiquée peut ne ressentir que des nausées, une fatigue ou une douleur abdominale modérée, voire aucun symptôme. Les atteintes graves peuvent n’apparaître que plusieurs jours plus tard.
Le paracétamol possède donc une marge de sécurité qui impose le respect strict des doses. En revanche, affirmer qu’il « ne pourrait plus être autorisé aujourd’hui » relève d’une opinion d’expert et non d’une conclusion formulée par une agence sanitaire.
Une prise quotidienne peut augmenter la tension
L’essai clinique PATH-BP, publié en 2022 dans la revue Circulation, a étudié 110 personnes souffrant d’hypertension. Pendant deux semaines, les participants ont reçu alternativement un placebo et 4 grammes de paracétamol par jour, soit la dose maximale alors couramment prescrite au Royaume-Uni.
Chez les 103 personnes ayant achevé l’étude, le paracétamol a provoqué une augmentation moyenne de 4,7 mmHg de la pression artérielle systolique diurne par rapport au placebo. Cette observation invite à surveiller la tension chez les personnes hypertendues prenant quotidiennement du paracétamol.
L’étude n’a cependant mesuré ni infarctus ni accident vasculaire cérébral. Elle ne permet donc pas d’affirmer directement que le médicament augmente de 20 % le nombre de ces événements. Elle ne concerne pas non plus les prises occasionnelles de 500 mg ou 1 gramme.
Quel est le risque pour les reins ?
Plusieurs études observationnelles ont relevé une association entre une consommation importante et prolongée de paracétamol et une diminution de la fonction rénale. Leur interprétation reste délicate : les patients traités souffrent souvent de maladies chroniques qui peuvent elles-mêmes altérer les reins.
À ce jour, ces travaux ne prouvent pas qu’une prise ponctuelle aux doses recommandées provoque une maladie rénale. Les personnes atteintes d’insuffisance rénale sévère doivent néanmoins espacer les prises d’au moins huit heures et demander conseil à leur médecin ou à leur pharmacien.
Le surdosage involontaire reste le principal piège
Le paracétamol entre dans la composition de nombreuses spécialités contre la douleur, le rhume ou les états grippaux. Il peut également être associé à des opioïdes comme la codéine ou le tramadol. Lors de l’instauration des messages d’alerte en 2019, les autorités recensaient plus de 200 spécialités en contenant en France.
Le risque apparaît lorsqu’une personne prend simultanément plusieurs produits sans remarquer qu’ils comportent le même principe actif. Un comprimé contre le mal de tête, un sachet contre le rhume et un antalgique sur ordonnance peuvent ainsi conduire à dépasser la dose quotidienne autorisée.
Avant chaque prise, il faut rechercher sur la boîte ou la notice les mots « paracétamol » ou « acetaminophen », notamment pour les produits achetés à l’étranger.
Depuis janvier 2020, les médicaments contenant du paracétamol ne sont plus présentés en libre accès dans les pharmacies françaises. Ils restent disponibles sans ordonnance, mais doivent être remis depuis l’espace situé derrière le comptoir afin de favoriser le conseil du pharmacien.
Les cinq règles pour limiter les risques
Pour un adulte pesant au moins 50 kg et en l’absence de consigne médicale différente, l’Assurance maladie recommande de :
- commencer par 500 mg par prise lorsque cette dose suffit ;
- ne jamais dépasser 1 gramme en une seule prise ;
- respecter un intervalle d’au moins quatre à six heures ;
- ne pas dépasser 3 grammes par jour en automédication ;
- limiter le traitement à trois jours en cas de fièvre et à cinq jours en cas de douleur.
La dose doit être adaptée chez les personnes pesant moins de 50 kg. Une prudence particulière s’impose également en cas de maladie du foie, de dénutrition, de déshydratation, de consommation excessive d’alcool ou de maladie rénale.
Le principe reste de prendre la dose efficace la plus faible pendant la durée la plus courte possible. Une prise quotidienne durable doit être réévaluée avec un professionnel de santé, notamment si elle ne soulage plus correctement la douleur.
Que faire en cas de dépassement ?
Toute prise excessive ou incertaine nécessite une réaction immédiate, même en l’absence de symptômes. Il ne faut pas attendre l’apparition d’une coloration jaune de la peau, de vomissements ou d’une douleur abdominale.
Contactez immédiatement un centre antipoison, le 15 ou le 112, en précisant le nom des médicaments, les quantités absorbées et l’heure approximative des prises. L’antidote, la N-acétylcystéine, protège d’autant mieux le foie qu’il est administré rapidement.
Sources