Cancer du sein : peut-on avoir un enfant après les traitements ?

Publié par Freya Yophy
le 28/10/2026
grossesse et cancer du sein
Istock
Un cancer du sein ne signifie pas forcément renoncer à une maternité. Préservation des ovocytes, accompagnement en oncofertilité et, dans certaines situations, pause encadrée de l’hormonothérapie ouvrent des possibilités. Les résultats actualisés de l’essai POSITIVE sont encourageants, sans permettre de promettre une grossesse ni une absence de risque.

Le diagnostic d’un cancer du sein chez une femme jeune soulève rapidement la question des enfants à venir. En France, une étude publiée en 2025 estime que l’incidence à 30 ans est passée de 16,1 à 26,3 cas pour 100 000 femmes par an entre 1990 et 2023, soit une hausse d’environ 63 %.[^1] Préserver les possibilités de maternité fait donc pleinement partie de l’accompagnement.

Parler de fertilité avant le début des traitements

Certains traitements peuvent altérer le fonctionnement des ovaires, temporairement ou durablement. Le risque dépend notamment de l’âge, des médicaments utilisés et de leurs doses.

La discussion doit commencer dès l’annonce du diagnostic, même sans projet d’enfant immédiat : les souhaits peuvent évoluer. L’Institut national du cancer recommande une information précoce et une orientation vers une consultation spécialisée d’oncofertilité.[^2]

Le bilan peut comprendre un dosage de l’hormone antimüllérienne, ou AMH, et un comptage échographique des follicules. Ces examens aident à organiser la préservation, mais ne permettent pas, à eux seuls, de prédire une future grossesse. Le choix doit s’intégrer aux traitements personnalisés du cancer du sein, en concertation avec l’oncologue.[^3][^4]

Quelles solutions pour préserver ses chances de maternité ?

La congélation des ovocytes, généralement par vitrification, constitue une option reconnue. Elle nécessite une stimulation hormonale puis une ponction. Il faut habituellement prévoir environ deux semaines pour cette démarche. Les protocoles dits « random start » permettent de débuter la stimulation sans attendre les prochaines règles, lorsque l’équipe médicale le juge approprié.[^3][^5]

Pour les cancers sensibles aux œstrogènes, un médicament comme le létrozole peut être associé afin de limiter l’élévation de ces hormones. Il ne faut pas présenter cette précaution comme une garantie absolue contre une progression tumorale.[^4]

D’autres possibilités existent :

  • La conservation de tissu ovarien, notamment lorsque le délai ne permet pas une stimulation. Une éventuelle réimplantation ultérieure exige une évaluation spécialisée de ses bénéfices et de ses risques.
  • La maturation d’ovocytes en laboratoire, dans certaines situations et dans des centres disposant de cette expertise.
  • Les agonistes de la GnRH pendant la chimiothérapie, qui peuvent être proposés pour protéger la fonction ovarienne dans le cancer du sein. Ils ne remplacent pas les techniques de conservation des ovocytes ou du tissu ovarien.[^2][^4]

Aucune de ces méthodes ne garantit une naissance.

Peut-on suspendre l’hormonothérapie pour une grossesse ?

L’hormonothérapie adjuvante peut durer cinq à dix ans. Pour certaines patientes, attendre sa fin compromettrait les possibilités de conception liées à l’âge.

L’essai international POSITIVE a étudié une interruption temporaire chez des femmes de 42 ans ou moins, traitées pour un cancer du sein non métastatique à récepteurs hormonaux positifs, après 18 à 30 mois d’hormonothérapie.

Le protocole prévoyait une pause pouvant aller jusqu’à deux ans pour les essais de conception, la grossesse et un éventuel allaitement, puis une reprise du traitement afin de compléter la durée prévue.[^6]

Ce schéma n’est pas une autorisation générale d’arrêter son traitement. L’oncologue doit évaluer la situation individuelle et fixer notamment le délai à respecter entre l’arrêt des médicaments et les tentatives de grossesse.

POSITIVE : des résultats rassurants avec près de six ans de recul

Après les premiers résultats publiés en 2023, une actualisation parue dans Annals of Oncology en 2026 apporte un suivi médian de 71 mois.

Parmi les 497 participantes suivies pour les résultats reproductifs :

  • 76 % ont eu au moins une grossesse ;
  • 69 % ont eu au moins une naissance vivante.

À cinq ans, la fréquence des événements liés au cancer du sein — récidives ou nouveaux cancers invasifs du sein opposé — était de 12,3 %, contre 13,2 % dans le groupe de comparaison externe.[^7]

Ces observations ne montrent pas d’excès de risque détecté avec cette interruption encadrée. Mais l’étude n’était pas randomisée, concernait des patientes sélectionnées et ne permet pas d’exclure un effet tardif. Le risque de récidive du cancer du sein justifie donc la poursuite du suivi et la reprise planifiée de l’hormonothérapie.

Une grossesse spontanée reste parfois possible

La cohorte française FEERIC, publiée en 2025, apporte un autre éclairage. Dans le sous-groupe de 61 femmes ayant eu un cancer du sein et essayant de concevoir sans assistance médicale, le délai médian de conception était de trois mois, comparable à celui des femmes sans antécédent de cancer.[^8]

Ce résultat ne s’applique pas à toutes les patientes et ne signifie pas qu’il suffit d’attendre trois mois après les traitements. Il montre qu’une conception spontanée reste possible dans certaines situations.

L’essentiel est de construire un calendrier avec les équipes d’oncologie et de reproduction, en tenant compte de la santé, des chances de conception et des souhaits de chaque femme.

Sources

Institut national du cancer et sociétés savantes partenaires, Préservation de la fertilité et cancer : synthèse des recommandations, janvier 2021.
Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie, Recommandations sur la préservation de la fertilité féminine, Human Reproduction Open, 2020.
CHRU de Tours, Plateforme de préservation de la fertilité : techniques proposées.
 

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