Après un AVC, la musique peut-elle vraiment aider à remarcher ?
Des capteurs placés sur les chaussures adaptent le rythme musical à la démarche du patient. Les premiers résultats sont encourageants, mais ce dispositif américain ne convient pas à toutes les personnes victimes d’un AVC.
La rééducation après un accident vasculaire cérébral représente un défi physique et neurologique majeur. Plusieurs mois ou années après l’accident, certains patients conservent une démarche lente, asymétrique ou instable, limitant leur autonomie.
Un dispositif nommé InTandem utilise la stimulation auditive rythmée pour accompagner la marche. Autorisé aux États-Unis pour certains adultes en phase chronique après un AVC, il permet de prolonger les exercices de récupération fonctionnelle à domicile.
Adapter le tempo à chaque pas
InTandem se compose de capteurs portés sur les chaussures, d’un casque audio et d’une unité numérique contenant le programme de rééducation. Les capteurs enregistrent en temps réel différentes informations sur la marche du patient.
Un algorithme analyse ces données et adapte progressivement le tempo de la musique. L’objectif consiste à encourager le patient à synchroniser naturellement ses pas avec les pulsations sonores, sans devoir réfléchir consciemment à chaque mouvement.
Ce principe, appelé entraînement auditivo-moteur, est déjà utilisé dans certaines formes de rééducation neurologique. La répétition d’un rythme régulier peut contribuer à améliorer la cadence, la longueur des pas et leur coordination.
Que montrent réellement les résultats cliniques ?
Un essai clinique randomisé multicentrique a évalué le dispositif auprès de 87 adultes présentant des troubles chroniques de la marche après un AVC. Les participants ont suivi pendant cinq semaines des séances de marche d’environ 30 minutes, trois fois par semaine.
Le groupe utilisant InTandem a enregistré une augmentation moyenne de la vitesse de marche de 0,14 mètre par seconde, contre 0,06 mètre par seconde dans le groupe pratiquant la marche sans stimulation musicale personnalisée.
Parmi les patients évalués, 40 % des utilisateurs d’InTandem ont obtenu une amélioration considérée comme cliniquement significative, contre 12,5 % dans le groupe témoin. Ils avaient donc environ trois fois plus de chances d’atteindre le seuil de progression retenu par les chercheurs.
Ces chiffres ne signifient cependant pas que 40 % des patients retrouvent une autonomie complète. Ils indiquent qu’une partie d’entre eux a amélioré suffisamment sa vitesse de marche pour que le changement soit considéré comme pertinent sur le plan clinique.
Le chiffre de 26 mètres supplémentaires au test de marche de six minutes, présent dans la première version, ne figure pas parmi les principaux résultats de cet essai et doit donc être retiré sans source précise.
Pourquoi le rythme peut-il faciliter la marche ?
Le cerveau humain possède une capacité spontanée à coordonner ses mouvements avec une pulsation régulière. Il suffit d’écouter une musique entraînante pour modifier inconsciemment la vitesse de ses pas.
Après un AVC ayant endommagé certaines régions cérébrales, cette stimulation peut fournir un repère temporel externe. Celui-ci aide le système moteur à organiser plus régulièrement l’enchaînement des mouvements.
La répétition des exercices participe aussi à la neuroplasticité, c’est-à-dire à la capacité du cerveau à réorganiser certaines connexions après une lésion. Il reste toutefois excessif d’affirmer que la musique « contourne » systématiquement la zone lésée ou crée à elle seule de nouvelles voies neuronales.
La musique peut également rendre les séances plus agréables et favoriser l’engagement du patient. Cet effet motivationnel compte beaucoup dans une rééducation nécessitant des exercices répétés pendant plusieurs semaines.
Un dispositif réservé à certains patients
InTandem a été étudié chez des adultes capables de marcher sans assistance physique directe et se trouvant dans la phase chronique de récupération. L’essai excluait notamment les personnes :
- incapables de suivre les séances sans canne ni déambulateur ;
- ayant subi plus de deux chutes durant le mois précédent ;
- présentant une déficience auditive incompatible avec le dispositif ;
- souffrant d’une aphasie sévère empêchant la compréhension des consignes ;
- présentant certaines maladies susceptibles de rendre l’exercice dangereux.
Il est donc inexact d’affirmer que l’appareil convient à la majorité des patients victimes d’un AVC, qu’il soit ischémique ou hémorragique.
Une utilisation à domicile qui reste encadrée
Durant l’essai, le nombre d’événements indésirables était comparable dans les deux groupes. Ce résultat est rassurant, mais ne permet pas de parler de « sécurité absolue ».
Le fabricant recommande d’éviter les terrains humides, irréguliers ou encombrés, ainsi que l’utilisation sur un tapis roulant. La séance doit être interrompue en cas de douleur anormale, d’essoufflement, de nausées ou de fatigue excessive afin de limiter les risques de chute.
Disponible sur prescription aux États-Unis, InTandem ne remplace pas le travail du kinésithérapeute. Son intérêt réside dans la possibilité d’augmenter la fréquence des exercices à domicile, à condition qu’un professionnel ait préalablement évalué les capacités et les risques propres au patient. Sa disponibilité et son statut réglementaire en France doivent par ailleurs être vérifiés avant de le présenter comme une solution accessible aux patients français.
Sources externes
- Nature Communications — essai clinique randomisé sur InTandem
- National Library of Medicine — fiche du dispositif InTandem
- Étude d’utilisation à domicile chez les patients après un AVC