Alcool : des recommandations trop laxistes dans la plupart des pays

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La majorité des pays se montrent trop complaisants vis-à-vis de l'alcool. Les repères de consommation ne sont pas assez stricts, au vu des risques auxquels s'exposent les consommateurs.

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La France est l'un des bons élèves de la lutte contre l'abus d'alcool. Et c'est l'un des rares pays à y parvenir, si l'on en croit la dernière méta-analyse sur le sujet, parue dans The Lancet. La plupart des Etats adoptent une politique trop laxiste, au vu des résultats obtenus par l'Université de Cambridge (Royaume-Uni).

En France, la limite maximale recommandée est fixée à 10 verres par semaine depuis mai 2017. Une recommandation plus raisonnable, si on la compare à celle de nos voisins. La Belgique recommande de ne pas dépasser 21 verres par semaine pour les hommes, 14pour les femmes.

Portugal, Italie et Espagne ne font guère mieux et font pâle figure à côté du Royaume-Uni, qui conseille de ne pas boire plus de 6 verres par semaine. Mais le record incombe sans doute aux Etats-Unis. La limite y est fixée à 196 grammes d'alcool hebdomadaires pour les hommes… soit presque 20 verres !

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Hypertension, AVC, anévrisme…

Ces repères de consommation sont censés fixer à la limite à partir de laquelle des risques pour la santé commencent à se manifester. Mais, hormis la France et le Royaume-Uni, les pays ont fixé des seuils inadaptés.

D'après cette méta-analyse, l'alcool commence à faire des dégâts à partir de 100 grammes par semaine – soit l'équivalent de 10 verres. Au-delà de cette limite, le risque de décès prématuré, de maladie du foie ou encore de maladie cardiovasculaire ne fait qu'augmenter.

Une ingestion 100 à 200 grammes d'alcool pur par semaine est ainsi associée à une réduction de six mois de l'espérance de vie à 40 ans. Une diminution qui peut aller jusqu'à 5 ans, lorsque la consommation excède 350 grammes.

Dans le détail, les personnes qui ont la main trop lourde sur la bouteille sont plus à risque d'AVC, d'insuffisance cardiaque ou encore d'hypertension et d'anévrisme. Des pathologies plus souvent mortelles que chez les abstinent.e.s.

Un débat à venir ?

"Cette étude démontre clairement qu'il faut réduire les limites recommandées de consommation d'alcool dans l'ensemble des pays", tranche le Pr Edoardo Casiglia, chercheur à l'université de Padoue (Italie) et co-auteur de ces travaux.

De fait, sur les 600 000 individus inclus dans cette méta-analyse, la moitié buvaient plus de 10 verres d'alcool par semaine. 8 % dépassaient même 350 grammes sur cette période.

Dans un commentaire associé à ces travaux, les Pr Jason Connor et Wayne Hall – de l'université du Queensland (Australie) – saluent ces travaux mais ne se leurrent pas : de telles conclusions risquent de soulever une levée de boucliers de la part des professionnels du secteur de l'alcool.

"Les niveaux de consommation recommandés dans cette étude seront, sans aucun doute, considérés comme inatteignables et peu crédibles par les producteurs d'alcool et les autres opposants à une politique plus stricte, écrivent-ils. Cependant, ces résultats devraient être largement communiqués et devraient susciter un débat entre le public et les professionnels du secteur."

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