Le vin, ami ou ennemi ?

Publié le 02 Juin 2014 à 10h00 par Aude Dion, journaliste santé
On l’entend souvent : « le vin, c’est plein de bonnes choses, c'est bon pour le  cœur ! ». Mais, entre les vertus supposées du vin et ses potentiels dangers pour la santé, comment savoir ce qui pèse le plus lourd dans la balance ?
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Le vin et ses antioxydants

Parmi les points forts de cette boisson tant prisée : les polyphénols, ces substances antioxydantes présentes en quantités notables dans le vin.

Nombreuses sont les études qui ont investigué leurs effets potentiellement anti-inflammatoires et leur possible action protectrice sur le système cardio-vasculaire.

De tous les alcools, le vin serait-il alors le meilleur ?

Pas si sûr… Si certaines études mettent effectivement en avant les bienfaits potentiels des antioxydants contenus dans le vin, d’autres recherches tendent à relativiser cet aspect.

Le véritable « atout » du vin, selon ces chercheurs, résiderait plutôt dans… sa teneur en alcool !

Il semblerait en effet que la longévité, toutes causes de décès confondues, soit légèrement supérieure chez les faibles consommateurs de boissons alcoolisées par rapport aux abstinents complets. À petites doses (1 à 2 verres par jour), l’alcool aurait une action anti-inflammatoire et exercerait un effet favorable sur la tension artérielle.

Bonne nouvelle pour ceux qui préfèrent la bière ou les alcools plus forts : la consommation modérée d’autres boissons alcoolisées que le vin entraînerait aussi cet effet protecteur.

La fameuse « petite goutte » quotidienne des centenaires qui célèbrent leur âge à trois chiffres sous le regard admiratif des médias trouverait donc ici son fondement scientifique.

Malgré tout, le vin et l’alcool ne sont pas des aliments santé…

Il faut cependant garder à l’esprit qu’une consommation abusive de boissons alcoolisées inverse la tendance. Passé un certain cap, les effets néfastes de l’alcool se mettent à peser plus lourds dans la balance que ses bienfaits.

Avec les conséquences que l’on connaît : élévation de la tension artérielle, augmentation du risque de maladies cardiovasculaires et de troubles hépatiques (du foie), prise de poids consécutive à la quantité élevée de calories que renferme l’alcool… Sans parler du risque de dépendance et des accidents (au travail ou sur la route) liés à une diminution de la vigilance.

Boissons alcoolisées et cancers ne font pas non plus bon ménage

En cause : la dégradation de l’éthanol dans le foie, qui forme une molécule reconnue cancérogène.

Les cancers les plus fortement associés à une consommation élevée d'alcool sont :

  • Les cancers oro-pharyngés (de la bouche, du larynx, du pharynx et de l’œsophage).
  • Le cancer colorectal.
  • Le cancer du sein.

« Le patrimoine génétique joue aussi un rôle et certaines personnes sont plus sensibles aux effets néfastes de l’alcool que d’autres », ajoute le Dr Anne Boucquiau, médecin nutritionniste et manager du Département Prévention à la Fondation contre le Cancer.

Mais, dans tous les cas, le risque de cancer augmente de façon exponentielle quand le tabac vient s’ajouter à l’équation. Et ni le vin, ni la bière ne sont moins dangereux que les autres alcools... « On observe une augmentation significative du risque de cancer dès un verre par jour », indique le Dr Boucquiau.

Vin : en quelles quantités ?

Entre bénéfices et dangers, comment savoir quelles quantités de vin consommer si l'on veut en maximiser les effets sur sa santé ?

Rappelons d’abord qu’il n’est jamais conseillé de boire de l’alcool. Et qu’il n’est pas possible de calculer exactement « la » dose qui conviendra, parce qu’il faudrait pour cela connaître tous les autres facteurs qui influencent la santé d’une personne : c’est inimaginable.

Concrètement, les médecins pensent qu’un verre d’alcool par jour ne fera pas de mal. « Attention ! Un verre par jour ne signifie pas 7 verres sur une soirée à la fin de la semaine ! », s'empresse d'ajouter le Dr Boucquiau.

« Une faible consommation quotidienne pourrait être bénéfique pour la longévité mais ingérer de grandes quantités en une fois reste néfaste pour la santé.

Par ailleurs, l'abstinence totale est requise pour les enfants jusqu'à 16 ans minimum et les femmes enceintes. »

Certaines études enfin, suggèrent qu'il serait très avantageux de respecter au moins un jour d'abstinence totale dans la semaine (1). Au final, la dose à ne pas dépasser pourrait être de 6 verres par semaine, sans jamais dépasser 2-3 verres en une seule fois. Quant aux abstinents, aucune donnée ne justifie qu'ils devraient se forcer à boire de l'alcool...

Source : Interview du Dr Anne Boucquiau, médecin nutritionniste et manager du Département Prévention à la Fondation contre le Cancer.
"To Drink or Not to Drink, That is the Question", Robert A. Kloner, Shereif H. Rezkalla, Circulation, 2008.