Addiction aux drogues : le rôle de l’entourage

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mercredi 02 Décembre 2015 : 17h39
Mis à jour le Jeudi 03 Décembre 2015 : 12h11

Plus d’un adolescent âgé de 17 ans sur deux a déjà expérimenté le cannabis. 10% présentent une problématique addictive, c’est à dire d’abus et de dépendance au cannabis. Addiction ou consommation problématique de drogues, et parce que la confrontation directe et l’interdiction sont contre-productives, quelle attitude adopter en tant que parents ?

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Mon enfant a-t-il un problème avec les drogues ?

On peut définir un usage de drogues comme problématique quand la vie de l’adolescent se centre sur la consommation et que des conséquences négatives sont observables sur une ou plusieurs sphères de sa vie. Les parents d’adolescents et de jeunes adultes sont le plus souvent les premiers témoins des conséquences liées à la consommation de drogues. Ces changements sont plutôt négatifs et touchent particulièrement :

- La fréquentation d’amis, avec un changement dans son entourage habituel.

- La scolarité, avec des résultats scolaires en baisse, des absences, des problèmes de discipline.

- Le climat à la maison, avec des conflits plus récurrents, des règles moins respectées, une volonté de sortir encore plus souvent.

- Le comportement, avec un changement notable. Il devient plus irritable, profère plus de mensonges, etc.

Muriel Lascaux, psychologue clinicienne à la consultation « Jeunes consommateurs » du Csapa Pierre Nicole, de la Croix Rouge Française (Paris 5ème) : « Attention, des conflits, des difficultés à gérer les relations avec son enfant à la période de l’adolescence… tout cela est normal, tout l’enjeu est d’évaluer le niveau de gravité. Une chose est sûre : plus on intervient tôt, moins la conduite addictive est ancrée. Le travail en sera facilité ».

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Drogues : Quelle attitude les parents doivent-ils adopter ?

En préalable, les échanges sur la question de la consommation de drogues sont essentiels entre parents et adolescents, qu’il y ait usage ou non. Mais lorsque les parents ont repéré des changements négatifs dans la vie ou dans le comportement de leur enfant, voici ce qu’il faut et ne faut pas faire :

-Il ne s’agit pas alors de fouiller à la recherche de marijuana, de surveiller ses faits et gestes ou d’obtenir des informations sans son accord… Ce type de conduite n’encourage pas le dialogue autour de l’addiction.

-Attention aux punitions systématiques sans échange et sans explication si l’adolescent révèle ses consommations. Cela risquerait de rompre la communication. Or c’est à travers elle que les parents peuvent avoir un impact positif sur leur adolescent. Une bonne relation parents-adolescent est précieuse.

-L’échange sera le levier le plus influent. Contrairement à ce que les parents peuvent penser, ce sont eux qui ont le plus d’influence sur leur adolescent. Se braquer et imposer l’interdiction de la consommation de drogues, refuser le dialogue… produira l’effet inverse.

-Ajuster ses pratiques parentales plutôt que de les réduire à une approche binaire oui/non. L’objectif est de développer chez l’adolescent un sens de l’autocontrôle, ses capacités d’autogestion par l’intégration de limites et de règles. Ce processus d’appropriation est progressif.

Muriel Lascaux : « Le message clé est le suivant : "Comprendre n’est pas accepter". Les parents peuvent désapprouver la conduite de leur enfant mais cela ne les empêche pas d’échanger avec lui, sur le cannabis, sa consommation, ni d’exprimer leur position en tant que parents détenteurs de l’autorité parentale et représentants de la loi. Comme "on écoute mieux quand on se sent compris", les parents doivent poser à leur enfant des questions ouvertes, le laisser parler, car accéder à son vécu permet d’avoir plus d’impact. L’idée est aussi qu’ils puissent renvoyer leurs inquiétudes quant aux conséquences négatives observées pour échanger avec l’adolescent sur sa gestion, ses limites ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mercredi 02 Décembre 2015 : 17h39
Mis à jour le Jeudi 03 Décembre 2015 : 12h11
Source : D’après un entretien avec Muriel Lascaux, psychologue clinicienne à la consultation « Jeunes consommateurs » du Csapa Pierre Nicole de la Croix Rouge Française (Paris 5ème)
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