Une prise sang capable de détecter le cancer précocement

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Vendredi 19 Janvier 2018 : 12h08

Huit types de cancers peuvent être repérés à l'aide d'une prise de sang avant même qu'ils ne se manifestent. Pour cela, des marqueurs spécifiques sont analysés. 

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Palpation, mammographie, examen des selles… A chaque cancer sa méthode de dépistage. Pas toujours plaisantes, elles peinent parfois à être adoptées par les personnes à risque. Et s'il était possible de simplifier cette détection ? C'est ce que propose une équipe du centre de lutte contre le cancer de l'université Johns-Hopkins (Etats-Unis).

Les chercheurs américains ont mis au point un système capable de repérer huit types de cancer… avec une simple prise de sang. Les premiers tests, publiés dans la revue spécialisée Science, livrent des résultats plutôt concluants.

Les cancers les plus mortels

Lorsqu'une tumeur se développe dans l'organisme, elle exprime certaines protéines. Des mutations génétiques peuvent également survenir au niveau de l'ADN qui circule dans le sang. Les scientifiques se sont donc appuyés sur ces marqueurs biologiques – aussi appelés biomarqueurs – pour repérer un cancer avant qu'il ne se répande à d'autres organes.

Partant d'une base large (100 gènes et 40 protéines), l'équipe a restreint son analyse à 16 mutations génétiques et 8 protéines spécifiques à certaines tumeurs. "Restreindre le nombre de marqueurs est important si l'on souhaite limiter les résultats faussement positifs et avoir des systèmes de dépistages abordables", explique Joshua Cohen, co-auteur de ces travaux.

Au terme de la phase de développement, le test sanguin devait être capable de détecter huit cancers différents : ovaire, foie, estomac, pancréas, œsophage, côlon-rectum, poumon, sein. Ils sont les principaux responsables de la mortalité liée à cette maladie dans le monde. Mais encore fallait-il prouver que le système est efficace.

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Très efficace pour le cancer de l'ovaire

812 personnes en bonne santé ont donc été recrutées et ont fourni des échantillons de leur sang. Le test a passé la première étape avec succès : il n'a donné que 7 résultats faussement positifs. Le taux de spécificité – qui évalue la capacité à éliminer les personnes en bonne santé – est donc fixé à 99 %.

"Il est crucial d'obtenir une spécificité très élevée, car les résultats faussement négatifs exposent les patients à des tests diagnostiques invasifs et inutiles", souligne Kenneth Kinzler, également auteur de l'étude.

Reste maintenant à savoir si le test peut aussi repérer les cancers. Pour cela, les prises de sang de 1 005 malades en stade précoce ont été examinées. En moyenne, 70 % des cas de cancers ont été repérés à l'aide du test sanguin. Ce score grimpe à 98 % dans le cancer de l'ovaire mais n'atteint que 33 % pour celui du sein.

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500 dollars environ le test

La bonne nouvelle, c'est que le test sanguin se montre particulièrement efficace pour repérer les cancers qui ne disposent pas de méthode de dépistage à l'heure actuelle. C'est le cas pour le foie, le pancréas mais aussi l'ovaire. Or, "la majorité de ces cancers peuvent être traités par chirurgie uniquement", soulignent les auteurs de leur étude.

Ce test pourrait donc permettre de repérer des tumeurs au moment où elles peuvent encore être prises en charge, et quand le pronostic pour le malade est encore bon. Cela pourrait, en outre, leur éviter des traitements lourds.

"Le recours à un ensemble de biomarqueurs pour une détection précoce pourrait changer la façon dont nous dépistons le cancer, se félicite Nickolas Papadopoulos, dernier auteur des travaux. Le principe est le même que lorsqu'on utilise des combinaisons de médicaments pour traiter les cancers." D'autant que le test pourrait bien aider les médecins à trouver l'organe touché : un algorithme est capable de restreindre le nombre de localisations possibles.

Pour l'heure, le coût d'un tel dispositif est évalué à moins de 500 dollars – soit un peu plus de 400 euros. Mais une production à grande échelle pourrait le réduire. L'autre argument en sa faveur, c'est qu'il peut être pratiqué par les soignants de premier recours. Les personnes à risque n'auraient donc pas à allonger leur parcours de soins pour bénéficier des techniques de dépistage.

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Vendredi 19 Janvier 2018 : 12h08
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