Quelle sexualité après un cancer du sein ?

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 16 Juin 2008 : 02h00
Mis à jour le Jeudi 03 Décembre 2015 : 18h19
-A +A
Après un cancer du sein, la sexualité est le plus souvent très bouleversée. Généralement, en plus des traitements du cancer lui-même (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie), les femmes ont à subir les symptômes d'une ménopause artificielle, peu compatible avec une vie sexuelle de qualité. Explications du Dr David Elia*, vice-président de l'Association pour l'après cancer du sein (AFSACS).

Quelles sont les répercussions du cancer du sein sur la sexualité ?

Dr David Elia : Nous médecins avons tendance à ne pas assez considérer chez les femmes ayant eu un cancer du sein la qualité de leur vie sexuelle, qui est souvent mise à rude épreuve pour de nombreuses raisons. Le sein est un organe sexuel érotique qui fait partie de la séduction féminine. Lorsqu'il est attaqué par une maladie risquant d'être mortelle, il est normal que la sexualité d'un certain nombre de femmes soit démobilisée. Cette démobilisation touche aussi malheureusement de nombreux compagnons qui eux-mêmes ont parfois peur du cancer. Ils sont d'autant plus inhibés que le cancer réside dans cet organe symbole. Un cancer, c'est aussi l'entrée dans un monde terrorisant qui s'appelle la cancérologie, et où l'on va rencontrer d'autres personnes dans des situations dramatiques. Lorsqu'on a un cancer du sein, on ne pense plus qu'à sa vie et à sa mort, des notions extrêmement anti-sexe.

Par ailleurs, le sein est martyrisé par les traitements (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie). Il va peut-être souffrir de cicatrices, être défiguré, changer de forme, voire même disparaître et nécessiter une reconstruction. Il risque aussi de perdre de sa sensibilité. Ainsi, la qualité de la vie sexuelle est fortement diminuée chez certaines femmes. Quant à la chimiothérapie, elle attaque tout le corps : on ne se sent pas bien du tout et la sexualité risque d'être particulièrement agressée par la fatigue et la peur.

Bien entendu, tous ces évènements ne surviennent pas forcément ni de concert. Un nombre conséquent de femmes résistent à cette morosité, à cette frayeur, et continuent à avoir un appétit sexuel peu perturbé par toutes ces agressions. Tout dépend de la façon dont on perçoit sa maladie et de ce qu'elle provoque mentalement. Mais globalement chez toutes les femmes, le cancer du sein a quelque chose de particulièrement délétère sur le plan de la sexualité, en raison de la carence en estrogène, laquelle se traduit par une ménopause.

Pourquoi une carence en estrogène chez les femmes ayant eu un cancer du sein ?

Dr David Elia : Chez les femmes jeunes (35-45 ans), les traitements contre le cancer comme la chimiothérapie par exemple, provoquent une ménopause artificielle ou une ménopause précoce. Les femmes plus âgées qui étaient déjà ménopausées, elles, doivent stopper leur traitement hormonal substitutif de la ménopause. Au final, en plus des désagréments inhérents aux traitements du cancer, ces femmes subissent les symptômes de la ménopause. Quant aux femmes ménopausées qui ne prenaient pas de traitement hormonal substitutif car elles vivaient bien leur ménopause, elles ne seront pas forcément épargnées puisqu'on prescrit de plus en plus des anti-aromatases. Ce sont des médicaments très efficaces après un cancer du sein pour lutter contre les récidives et les métastases. Or ces inhibiteurs de l'aromatase sont des anti-estrogènes puissants qui vont induire une carence estrogénique profonde avec des symptômes classiques de la ménopause très intenses : bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, chute de libido, douleurs articulaires, etc.

Encore une fois la réalité n'est pas aussi caricaturale, les protocoles, les réactions aux traitements et les symptômes sont individuels. La prise en charge d'un cancer du sein sera très éprouvante pour certaines femmes, tandis qu'elle sera supportable pour d'autres. En cas de problème de qualité de vie sexuelle, il faut en discuter avec son médecin afin de trouver de l'aide et des solutions. Celles-ci existent, avec notamment les infiltrations d’acide hyaluronique et le laser vaginal, deux techniques capables de redonner souplesse et lubrification à la muqueuse vaginale.

* Le Dr David Elia est gynécologue, rédacteur en chef du magazine GENESIS, leader de la presse gynécologique, publie régulièrement dans les revues scientifiques et est l'auteur de plus de 35 livres grand public. Il a également créé un site internet à destination des femmes : www.docteurdavidelia.com.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 16 Juin 2008 : 02h00
Mis à jour le Jeudi 03 Décembre 2015 : 18h19
A lire aussi
Plus d'articles