Traitement hormonal de la ménopause : les Françaises n'ont rien à craindre

Les résultats de l'étude américaine annonçant une augmentation du risque cardiovasculaire et de cancer du sein chez les femmes sous traitement hormonal substitutif (THS), se sont transformés en scoop médiatique. Comparativement, l'étude française est passée inaperçue. Pourtant, elle démontre que le THS majoritairement prescrit aux Françaises n'augmente pas le risque de cancer du sein. Explications du Dr Christian Jamin*.
PUB

e-sante : Quelles sont les principales différences entre l'étude WHI américaine et l'étude E3N française ?

Dr Christian Jamin : Les différences sont nombreuses. L'étude américaine est un essai de niveau I, c'est-à-dire très rigoureux du point de vue méthodologique, mais qui présente le défaut de ne pas correspondre à la vraie vie. C'est une expérimentation éloignée de la médecine traditionnelle comportant un côté souple et adaptatif en fonction des patientes. On est donc loin de la réalité, mais proche de la crédibilité. Toutefois, plus on est sûr des résultats, moins ils sont applicables dans la vie quotidienne. A l'inverse, l'analyse française est une étude d'observation dans la vraie vie. Les médecins ont prescrit des traitements qu'ils ont choisis en fonction de chaque femme. Les résultats sont donc plus sujets à des biais, mais plus proches de la vérité. Deuxième différence : les populations étudiées ne sont pas du tout les mêmes. Dans l'étude américaine, les femmes sont plutôt âgées, 63 ans en moyenne, et présentent beaucoup de facteurs cardiovasculaires. En revanche, les sujets de l'étude E3N sont des femmes ménopausées d'une cinquantaine d'années, qui reflètent bien la vie quotidienne française.La troisième grande différence concerne les traitements. L'étude américaine porte sur des traitements qui ne sont pas du tout utilisés en France et qui sont très rigides, c'est-à-dire que toutes les femmes ont reçu rigoureusement les mêmes médicaments. Le fait de n'avoir testé qu'un seul traitement apporte la qualité scientifique de cette étude, mais les résultats obtenus sont donc très éloignés de la réalité. A l'inverse, dans l'étude française, on peut dire qu' « il y a presque autant de traitements que de femmes ». En effet, chaque femme a reçu un traitement adapté : gel, patch, comprimé. Certes, c'est difficile à interpréter, mais en les regroupant on arrive à avoir des idées sur ce qui se passe vraiment, ici en France. Donc pour résumer, pas la même technique, pas les mêmes femmes et pas les mêmes traitements.

PUB
PUB

e-sante : Aujourd'hui, en tenant compte des résultats de l'étude E3N, à quelles femmes peut-on conseiller un THS ?

Dr Christian Jamin : Commençons par les femmes à qui le THS est déconseillé. Se sont celles qui souffrent d'une maladie, d'un problème cardiaque ou d'un cancer, surtout hormonodépendant comme le cancer du sein.Ensuite, il peut être donné, sans arrière-pensée, à toutes les femmes souffrant du syndrome climatérique (bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, déprime, insomnie, sècheresse vaginale ).Et enfin à des femmes ayant une ostéopénie, c'est-à-dire des os peu solides, en prévention de l'ostéoporose. Je dis bien en prévention et non pour traiter l'ostéoporose car on dispose aujourd'hui de médicaments très spécifiques et efficaces. En bref, si une femme ne souffre pas de symptôme climatérique de la ménopause, il n'y a aucune raison de lui prescrire un THS, excepté si elle présente de grand risque d'ostéoporose, c'est-à-dire une ostéopénie.

Publié le 08 Décembre 2004
Auteur(s) : Rédaction E-sante.fr