Tabac, l’échec, la honte et le crime...

Publié le 05 Mars 2012 à 11h30 par Dr Philippe Presles
Il faut que je me dépêche d’écrire cet article car 7 personnes meurent toutes les heures en France du tabac. Le temps presse ! 164 morts par jour, 60.000 morts par an. Mon frère l’an dernier. Peut-être mon fils qui a commencé à fumer depuis un an malgré toutes mes recommandations. Sommes-nous impuissants face à cet empire du crime qu’est l’industrie du tabac ? Le député Yves Bur nous rappelle, avec ses 10 propositions, que le combat ne doit pas cesser et qu’il doit s’amplifier. Il faut tout faire pour éviter la honte de baisser les bras face au tabac.
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Tabac : comment diviser par deux le nombre de fumeurs ?

Yves Bur veut diviser par deux lenombre de fumeursen France et il propose que l’Etat s’en donne les moyens : interdiction de fumer dans tous les lieux publics où des enfants pourraient se retrouver, c’est-à-dire pratiquement partout, à la plage, comme en voiture… Taxe sur lesindustriels du tabac de 50 millions d’euros, soins gratuits pour ceux qui veulent arrêter de fumer, paquets neutres, changement du statut des buralistes.

En effet, malgré la loi anti-tabac qu’Yves Bur a déjà fait voter, 30 % de personnes continuent de fumer en France...

Faut-il engager la police contre le tabac ?

Il faut croire en cette lutte. Dans certains états américains où elle est particulièrement sévère, le nombre des fumeurs est passé sous le nombre des 20 %. Idem en Suède.

C’est donc possible, mais il faut des policiers et des gendarmes pour verbaliser. Si la police française avait pour mission de débusquer les fumeurs illégaux avec la même énergie qu’elle traque les chauffards du 51 km à l’heure sur les quais de Seine, alors on pourrait espérer.

Rappelons que les morts sur la route sont 15 fois moins nombreux que ceux du tabac en France.

Engager l’opinion publique contre les industriels du tabac

Autre événement notable dans l’actualité dutabac : la publication de Golden holocaust une somme des principaux extraits des documents internes de l’industrie du tabac depuis 50 ans.

Au total 13 millions de documents ont été passés en revue par Robert Proctor qui y consacre toute sa vie depuis que les industriels du tabac ont été condamnés aux Etats-Unis à rendre publiques toutes leurs notes internes. Quand on sait que cette industrie a tué plus de 50 millions de personnes depuis la dernière Guerre Mondiale (soit plus que toutes les guerres du XXème siècle), on est atterré de constater à quel point la recherche scientifique, le marketing et le lobbying ont été dévoyé pour cette cause infâme.

  • Saviez-vous que grâce à ce lobbying, pour 2 euros de nourriture envoyés en Europe après guerre au cours du plan Marshall, 1 euro de tabac prenait le même chemin ?

  • Saviez-vous que grâce à cette recherche, on fume des cigarettes qui ne s’éteignent jamais (elles sont responsables d’un incendie sur deux dans le monde), ou encore que leur fumée est si adoucie que nous pouvons l’inhaler profondément et être encore plus dépendants ?

  • Saviez-vous que le marketing a toujours obtenu de ne jamais faire la moindre allusion au polonium qui se concentre dans les feuilles du tabac et qu’il a fait stopper les recherches visant à diminuer cette radioactivité.

    Pourquoi dépenser de l’argent à satisfaire une demande non exprimée… D’autant plus que des cigarettes sans polonium attireraient l’attention des fumeurs. Ah bon, nos cigarettes sont radioactives ?

A force de se battre pour son essor, l’industrie du tabac a réussi à retarder de 50 ans la prise de conscience collective du grave danger du tabagisme. Elle a retardé d’autant la publication des lois anti-tabac dans nombre de pays et le député Yves Bur a bien raison de rappeler qu’il n’y a plus de temps à perdre.

Comme Robert Proctor a bien raison de souligner que nous ne nous battons pas contre une fatalité, mais contre une industrie malsaine prête à tout pour nous amener à une mort atroce.

Je me souviendrai toute ma vie de cette nuit en réanimation, en plein été, où le bip n’arrêtait pas de sonner dans la salle 2, car un malade n’arrêtait pas d’arracher les tuyaux de son respirateur artificiel. Les infirmières se mettaient à trois pour le rattacher et rebrancher le respirateur. Il voulait mourir car il souffrait trop. Il était encore jeune, à peine soixante ans. J’ai décidé ce jour-là que je ne mourrai jamais d’une insuffisance respiratoire et j’ai arrêté de fumer. C’est trop atroce. On se voit mourir dans d’affreuses souffrances, et dans une condition inhumaine. Et je ne parle pas de ceux que j’ai vu pleurer parce qu’ils allaient abandonner leurs familles à leur sort : « Docteur, si j’avais su ! »

Autant que ces souffrances et que ces morts ne soient pas inutiles à ceux qui suivent : évitons la honte d’échouer encore face à cet empire du crime que sont les industriels du tabac.

Sources : Le Monde culture des idées 25/02/2012 et Le rapport du Député Yves Bur pour sortir du tabac.