Santé oculaire : quand un virus de crevette menace l'homme

Publié par Freya Yophy
le 24/04/2026
oeil gonflé
Istock
Photo d'illustration
Pour la première fois, un virus aquatique, le CMNV, a franchi la barrière des espèces pour infecter l'humain, provoquant des inflammations oculaires graves.

La publication récente dans la revue Nature Microbiology bouleverse notre compréhension des maladies infectieuses. Jusqu'à présent cantonnées aux animaux terrestres, les zoonoses s'étendent désormais aux océans, avec l'identification d'un pathogène marin capable d'attaquer directement notre système visuel.

Un saut d'espèce documenté depuis les océans

Le Covert Mortality Nodavirus (CMNV) ravage les élevages de crevettes depuis 2014. Ce pathogène silencieux décime les bassins sans symptômes apparents, les crustacés coulant simplement au fond de l'eau. Une équipe du laboratoire Laoshan a analysé 70 patients humains souffrant de troubles oculaires inexpliqués. 

Les résultats affichent une similitude génétique de 99 % entre les particules virales humaines et marines. Le danger ne vient plus seulement des chauves-souris ou des oiseaux. Fait surprenant, des traces du virus voyagent via les courants marins jusque dans le krill antarctique.

Une nouvelle pathologie oculaire sévère

Ce virus marin provoque une uvéite antérieure avec hypertension oculaire persistante (POH-VAU). Cette inflammation de la partie avant de l'œil entraîne des douleurs intenses et imite les signes d'un glaucome. Les cas étudiés révèlent une atteinte grave : un tiers des patients a subi une opération chirurgicale pour éviter une cécité irréversible. 

Les médecins ont isolé le CMNV en constatant que ces malades testaient systématiquement négatifs aux herpès ou zonas habituels. L'œil constitue l'unique porte d'entrée connue chez l'humain pour ce nodavirus.

Les modes de transmission identifiés

Le passage de ce virus marin à l'humain s'effectue selon deux axes principaux. Les travailleurs de la filière halieutique s'exposent lors de la manipulation de crustacés non protégés. Chez les consommateurs, 71,4 % des malades avaient mangé des produits de la mer crus, comme des sushis ou des sashimis. 

Le changement climatique favorise la propagation du CMNV. Actuellement, les chercheurs n'ont recensé aucune transmission d'humain à humain, limitant le risque d'une épidémie classique.

Adoptez les bons gestes de prévention

Pour se protéger efficacement contre ce nouveau risque sanitaire, des habitudes simples s'imposent face aux produits de la mer :

  • Cuisez systématiquement vos poissons et crustacés pour inactiver les agents pathogènes.
  • Portez des gants et des lunettes de protection si vous nettoyez des produits de la mer bruts.
  • Consultez immédiatement en cas de douleur oculaire inexpliquée après avoir consommé des fruits de mer crus.
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