Radiothérapie : un patient sur deux dit ne pas avoir été associé aux décisions
La radiothérapie constitue l’un des piliers du traitement des cancers. Plus d’un patient sur deux y a recours au cours de son parcours. La précision croissante des appareils permet de mieux cibler les tumeurs tout en protégeant davantage les tissus sains. Mais cette sophistication technique ne garantit pas, à elle seule, une expérience de soins satisfaisante.
Dans l’enquête publiée en septembre 2026 par la Ligue contre le cancer, 50,6 % des répondants déclarent ne pas avoir été associés aux décisions concernant leur radiothérapie. Plus d’un quart, soit 28,5 %, indiquent que leur consentement n’a pas été sollicité avant le traitement.
Ces résultats ne signifient pas nécessairement qu’aucune explication médicale n’a été donnée. Ils montrent toutefois qu’une partie importante des personnes interrogées n’a pas eu le sentiment de participer réellement à la décision.
Ce que la loi prévoit pour le consentement du patient
L’article L. 1111-4 du Code de la santé publique précise qu’aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne. Le patient doit pouvoir recevoir une information compréhensible, poser ses questions et exprimer ses préférences après avoir pris connaissance des bénéfices, des risques et des solutions envisageables.
Le consentement n’exige pas toujours la signature d’un document : il peut être recueilli oralement. Il ne se limite cependant pas à une absence de refus. Le professionnel doit s’assurer que la personne comprend le traitement qui lui est proposé et qu’elle peut participer à la décision, dans la mesure de ses souhaits.
L’enquête soulève donc des interrogations sur l’application concrète du consentement éclairé. Un protocole peut être médicalement justifié tout en étant mal vécu lorsque ses objectifs et ses contraintes paraissent imposés.
Des femmes beaucoup moins associées aux décisions
L’écart entre les sexes constitue l’un des résultats les plus marquants. Parmi les répondants, 64 % des femmes disent que leur avis sur le traitement n’a pas été demandé, contre 33 % des hommes. Concernant le recueil du consentement, les proportions atteignent respectivement 37,3 % et 17,1 %.
Les cancers du sein et les tumeurs gynécologiques donnent souvent lieu à des parcours très protocolisés. Cette organisation ne suffit toutefois pas à expliquer une telle différence. L’enquête constate l’inégalité, mais ne démontre pas précisément si elle résulte du type de cancer, de l’organisation des centres, des pratiques professionnelles ou d’autres facteurs.
La Ligue demande donc de mieux documenter l’expérience des patientes et de corriger les écarts observés, notamment dans la prise en charge des tumeurs du sein.
Les effets secondaires restent insuffisamment expliqués
La qualité de l’information apparaît également insuffisante avant et après les séances. Près de 27 % des patients interrogés affirment ne pas avoir été informés des effets indésirables et des risques possibles, alors que 88 % rapportent en avoir ressenti au moins un pendant leur traitement.
Les réactions varient selon la zone irradiée, la dose administrée, les autres traitements reçus et l’état général de la personne. Elles peuvent comprendre :
- une réaction cutanée localisée ;
- une fatigue parfois importante ;
- des troubles digestifs ou urinaires ;
- des difficultés bucco-dentaires ;
- des douleurs ou des troubles de la sexualité.
Certains effets disparaissent après l’arrêt des séances, tandis que d’autres persistent ou apparaissent plus tard. Selon l’enquête, 83 % des répondants déclarent encore au moins un effet indésirable après la fin de la radiothérapie.
Un patient sur quatre manque d’informations sur l’après-traitement
La fin des séances peut être vécue comme une rupture. Après plusieurs semaines rythmées par des rendez-vous réguliers, les contacts avec l’établissement s’espacent soudainement.
Dans l’étude, 24,4 % des patients disent ne pas avoir reçu d’information suffisante sur l’après-traitement. Par ailleurs, 35 % déclarent ne pas avoir bénéficié de soins de support, comme un accompagnement psychologique, des conseils nutritionnels, une activité physique adaptée ou une prise en charge de la douleur.
Au total, 23,4 % des personnes interrogées estiment avoir mal vécu leur parcours de radiothérapie. La Ligue réclame donc un suivi structuré à long terme, avec un interlocuteur clairement identifié et des informations précises sur les symptômes qui doivent conduire à consulter.
La Ligue réclame une radiothérapie plus personnalisée
L’association formule plusieurs propositions pour rapprocher les performances techniques de la qualité humaine du parcours :
- financer le temps consacré à l’information et à l’accompagnement ;
- mesurer nationalement l’expérience vécue par les patients ;
- renforcer le suivi après la fin des traitements ;
- mieux prendre en compte les inégalités entre les femmes et les hommes ;
- moderniser les équipements et soutenir les métiers de la radiothérapie ;
- développer l’évaluation individuelle de la radiosensibilité.
Ce dernier point doit être présenté avec prudence. Il ne s’agit pas encore de généraliser un simple « test sanguin » capable de prévoir avec certitude les effets secondaires. La Ligue souhaite soutenir la recherche et l’accès aux outils permettant de mieux estimer la sensibilité personnelle aux rayonnements, lorsque leur utilité clinique est validée.
L’enquête repose par ailleurs sur les déclarations des participants. Elle ne permet pas d’affirmer que tous les services français fonctionnent de la même manière. Elle révèle néanmoins un signal fort : une radiothérapie techniquement réussie peut laisser un souvenir douloureux lorsque le patient ne se sent ni informé, ni entendu, ni accompagné.
Sources